Le vodun est préoccupé des rapports de l'humain avec d'autres plans ; on peut l'admettre au rang des religions. Mais cette religion-là a ses caractéristiques et ses ambitions propres. Tout d'abord, elle prend appui sur une connaissance extrêmement minutieuse de l'environnement en général. On y connaît les vertus thérapeutiques des plantes On n'y ignore pas les incompatibilités ; ceci permet d'y manipuler le poison avec une extrême dextérité. On sait, dans le vodun, augmenter ou abaisser le taux vibratoire des corps. La profonde intuition des inventeurs de ce système leur permet de fonder leurs actions sur des observations précises des moeurs et coutumes des occupants de la nature dont tous les éléments peuvent servir : parties d'animaux, feuilles, écorces, racines d'un arbre, etc. Par-dessus tout, le vodun est essentiellement fondé sur la parole et les sons qui lui ressemblent, émis sur divers registres autant par des voix d'hommes que les instruments de percussion. Ce son, semblable à la vibration primordiale dont parlent tant de religions du livre, peut prendre l'aspect d'incantations ou d'affirmations qui créent de nouvelles conditions ou de nouveaux êtres. Le monde pour l'adepte du vodun est un immense champ de possibles dont l'homme reste le seul maître après les dieux avec qui on renouvelle, de façon régulière, le pacte par des fêtes fastueuses réglées par les récoltes. Le vodun a donc besoin de l'homme pour se dire et c'est ce dernier qui perpétue le souvenir de ses hauts faits et en maintient la présence au coeur de la cité. Sans le renouvellement de ce pacte, un vodun peut mourir et perdre de son efficacité.
Les adeptes du vodun visent un but : le bien-être physique, moral et spirituel immédiat de l'homme. La philosophie a beau signifier sa connaissance d'un au-delà, l'adepte du vodun préfère mettre les habitants d'un tel lieu, ancêtres et autres héros divinisés, à son service ici et maintenant. Cette obstination à obtenir un résultat fait penser que le vodun est un ensemble de pratiques magiques condamnées du reste par les "autres" religions qui feignent d'oublier que l'orthodoxie absolue est chose rare et que la magie est consubstantielle à l'homme puisqu'on en voit les trace dans son entourage depuis la préhistoire. Et n'est-ce pas un acte presque magique que de célébrer les éléments fondamentaux du Feu qui réchauffe et éloigne le danger, de l'eau qui fertilise, désaltère et purifie ? L'Homme jamais n'a su appréhender ces éléments premiers de la civilisation qu'à travers des mythes qui parlent à son subconscient.
De même qu'il est difficile de définir le vodun, de même il est malaisé de décrire les composantes des panthéons. Dans le pays fon, les ethnologues s'accordent à classer les vodun en deux grandes catégories : les "Tovodun" ou vodun de vénération collective, et les "hennuvodun" ou vodun familiaux. Cette bipartisation ne permet pas la connaissance des panthéons, et l'on est obligé d'admettre que la structuration de ceux-ci varie d'une région à une autre, et peut comprendre un seul dieu ou un nombre plus important.
De Façon générale, on peut admettre l'existence de deux types de panthéons dont les manifestations ne sont pas identiques. Il y a les "vodun de la terre" comme Sapkata par exemple, les "vodun du ciel" comme le Ségbo Lissa, vodun créateur du ciel et de la terre. Les premiers sont théoriquement de polarité féminine tandis que les seconds sont théoriquement de polarité masculine. Entre les uns et les autres, souvent, un système divinatoire géomantique comme le "FA" peut servir d'intermédiaire efficace. Certaines de ces divinités sont des "TA VODUN" ou vodun de la tête. Ils se portent obligatoirement sur la tête et leurs adeptes peuvent entrer en transe de possession par leur action. D'autres se portent sur les épaules comme les "ACHINAN". Ils n'induisent pas de transe chez leurs adeptes.
La structure des panthéons tient souvent compte de l'histoire du peuplement ; elle peut subir sous la pression de l'appareil politique, des réamenagements plus ou moins importants. Ouidah en offre un exemple que rapporte Merlo (1940 : 4).
Dans cette ville peuplée à l'origine de hwéda, on connaissait essentiellement quatre grands dignitaires du culte Vodun que sont : le Dangbénon ou le grand dignitaire du vodun de la mer ; le Houéssinon, le grand prêtre du vodun Sapkata, dieu de la variole ; et le Zonon grand maître de la flamme. Les rois d'Abomey, pour des raisons probables d'allégeance, donnèrent la prééminence au Hounon, sans pour autant supprimer les autres dignitaires.
L'extrême tolérance et la grande flexibilité du système Vodun permet dans un même espace, la cohabitation de plusieurs vodun à un point tel que l'on peut parler d'une accumulation ou d'un agrégat dont le seul but reste l'accumulation de force au service de l'homme ; il peur ainsi se protéger contre un plus grand nombre de dangers fictifs ou réels.
Voilà l'histoire que raconte ces photographies dont il n'a été possible de retenir qu'un nombre limité. La sélection en a été faite en fonction de l'importance du sujet, de la force et de la beauté de l'image, de sa lisibilité et de son actualité.
Ces photographies constituent des documents historiques de très grande valeur. Elles concernent d'abord l'histoire des religions, mais la religion étant potentiellement un creuset de ce qu'il y a de meilleur dans une culture, ces images sont aussi un témoin privilégié de lieux comme les bois sacrés où se déroulaient les initiations et dont certains, sous la pression démographique sont devenus de simples champs de culture. Elles nous racontent aussi un geste, celles de personnes réactualisant des rites ; certaines d'entre elles ont disparu, d'autres, en petit nombre certes vivent encore et peuvent être identifiées, comme DAAGBO Hounon, le chef des cultes vodun de Ouidah, qu'on a aucune peine à reconnaître malgré les ans.
Ces photographies nous retracent aussi l'histoire de certains couvents d'initiation dont la plupart, sous la menace de l'idéologie marxiste-léniniste qui déclencha dans les années 1976 la "lutte contre l'obscurantisme et les pratiques rétrogrades", ont ralenti leur activité. Ceux qui se sont maintenus, ont pu le faire à la faveur de leur éloignement des centres de décision et à l'acceptation d'une autarcie dont elles commencent à peine à se relever. Le dernier festival des cultures Vodun "Ouidah 92" à sonné la fin de ces heures de refus des valeurs traditionnelles véhiculées par le Vodun.
L'architecture, l'art de l'habillement et de la parure, les différentes toiles de fabrication locale ou d'importation utilisées par les adeptes de vodun ou les hommes du commun sont autant de sujets dont on peut retracer la permanence et l'évolution à travers ces photographies. Elles ont le bonheur du reste d'avoir été prises aussi bien chez les fon que chez les yoruba et si ces deux groupes socioculturels ont la même origine migratoire, le temps leur a permis d'élaborer une civilisation typique qui tient compte de leur environnement et de leurs préoccupations propres sans jamais interdire les échanges qui font que le "Ogu" yoruba devienne le "Gu" des fon et que le Hevioso des fon partage des affinités avec le Shango des yoruba.
Notre siècle est celui des images. Celles-ci tout en étant le témoin d'un passé récent constituent le support sur lequel nous pourrions prendre appui pour mieux nous connaître et nous faire connaître. Peut être n'attend-il que ce signe pour mieux s'assurer des ressemblances et des complémentarités. Dans tous les cas, elles portent l'empreinte de la chaleureuse ambiance des tropiques où la joie de vivre et la fête font partie de la vie de tous les jours. Cela, P.F. VERGER l'a bien compris
Joseph Codjovi E. ADANDE
Maître-assistant d'Histoire de l'Art
Département d'Histoire d'Archéologie
UNIVERSITE NATIONALE DU BENIN
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