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Pour les textiles traditionnels du Bénin

Pourquoi le Prix

La Toile ajourée Lokpa



Première édition

Allocution du
Pdt du CG du CIBAKO


les Sponsors du prix

Délibération du jury

Cette toile est un témoin
vivant d'une tradition textile
des peuples du Bénin

 

 



Le second aniversaire du centre international Basile kossou est marqué par l'exposition des toiles ajourées lokpa de Djougou et l'institution du prix Basile Kossou.

Pourquoi le Prix basile kosou ?   
L’idée du Prix Basile KOSSOU est partie d’un constat, d’un appel et des convictions personnelles de Feu Basile KOSSOU.
Le constat est que les arts textiles ancestraux sont en voie d’abandon et de disparition, d’où la nécessité d’une action de relance.
Par ailleurs, en 1999, l’UNESCO a lancé un appel pour la promotion des cultures traditionnelles des tisserands d’Afrique. Ce qui cadre parfaitement avec l’un des objectifs essentiels du CIBAKO.
Enfin et surtout, toute sa vie durant, Basile KOSSOU par son engagement personnel, ses idées et par sa carrière, a apporté au plan international, une contribution réelle et de qualité à l’enracinement de l’homme dans sa culture pour la paix et le développement.
C’est pourquoi le Prix Basile KOSSOU a été créé pour sauvegarder et promouvoir les traditions textiles du Bénin.
D’après l’avis du public, les appréciations du Jury, celles des médias et des membres du Conseil de Gestion du CIBAKO, la toile ajourée Lokpa de Djougou est déclarée :Textile Traditionnel de la Première Edition du Prix Basile Kossou.

Première Edition
Convaincu que le Bénin regorge d’une multitudes de talents et de ressources en la matière, le CIBAKO a constitué un Fonds de soutien à la promotion des traditions textiles du Bénin à travers la création du Prix Basile KOSSOU Grâce à ce Fonds, des enquêtes de terrain ont permis d’identifier cette année le châle ajouré des localités de Djougou, un tissage d’une grande finesse et d’un design tout à fait méconnu, fait avec du coton brut filé à la main. Il va sans dire que pour la première édition du Prix Basile KOSSOU, le septentrion est à l’honneur.
Un Jury composé de personnes ressources permettra de dégager parmi les tisserandes en pleine activités les meilleures. Cette démarche d’ordre culturel vise entre autre à susciter et à encourager la collaboration entre créateurs de textiles artisanaux et créateurs de mode. La preuve est que des stylistes créateurs de mode s’associent à cette manifestation pour présenter des modèles créés à partir de la toile ajourée Lokpa. C’est dire que outre les usages coutumiers de cette toile, elle peut être ou elle fait déjà l’objet d’usage contemporain.
L’authenticité de cette toile tissée à la main avec du coton filé, sa valeur esthétique ainsi que les fonctions sociales et économiques qu’elle remplit au sein de ce groupe socioculturel font d’elle, un patrimoine national qu’il faut à tout prix sauvegarder et promouvoir.
Le CIBAKO qui a des ambitions pour ce pays ne demande qu’à être soutenu pour que ses initiatives soient pérennes. Ainsi, d’autres localités pourraient-elles bénéficier de cette action de promotion pour le bonheur de tous.
Enfin, il est bon de noter que l’un des objectifs essentiels du CIBAKO est de donner une chance aux arts textiles ancestraux en voie d’abandon .

Mot à l’endroit des Sponsors
La matière première constituée en fil de tissage retors et tous les frais de réalisation de l’exposition et d’organisation de la remise des lots ont été pris en charge par Madame Tania LUCIANI, Responsable de la Communication à la Direction de l’Information de France 3 et co-créatrice de la Maison des Cultures du Monde à Paris, amie de Victorine et de Basile KOSSOU. Elle a promis de continuer à contribuer financièrement et moralement à la réussite de cette action ; par ailleurs elle s’engage à diffuser à Paris, avec tout le respect dû à ce travail artisanal de très haute qualité, les tissages ajourés Lokpa de Djougou et ceux d’autres régions du Bénin, nous l’espérons très vivement.
La somme de 1.500.000FCFA, mise à la disposition des trois lauréates, a été offerte par le Bureau d’Appui aux Artisans du Bénin qui a également promis son soutien pour la promotion de la toile ajourée Lokpa.
Les lots de serviettes de bain et de draps ont été offerts par le COTEB, Complexe Textile du Bénin, qui a promis sa contribution à l’amélioration de la mise en œuvre technique de filage du coton brut.
Les lots de pagne ont été offerts par les Sociétés DIHANNAH et AVICO du Bénin qui ont généreusement apporté leur soutien à la réalisation de la manifestation.
La Direction Nationale de l’Artisanat qui a soutenu le Centre International Basile KOSSOU dans l’organisation de cette manifestation a promis son soutien pour la promotion effective du produit tissé Lokpa.
Les stylistes Pépita D et Didier Fabrice se sont spontanément associés à l’action en présentant des modèles créés à partir de la toile ajourée Lokpa.

Le CIBAKO réitère ses sincères remerciements à tous ces généreux donateurs.


Discours du Président du Conseil de Gestion du CIBAKO
(En intégralité)

COTONOU LE 16 SEPTEMBRE 2000

 CIBAKO
REMISE DE PRIX AUX TISSERANDES
MOT DU PRESIDENT DU CONSEIL DE GESTION

Monsieur le Ministre
Mmes et MM les membres du Conseil de gestion
Généreux donateurs
Honorables invités et participants
Chers amis

Il y a de cela trois années, un destin cruel enlevait de ce monde Basile Kossou, l’époux, le père, le frère, l’ami, le compatriote. A travers le CIBAKO, centre international Basile Kossou pour la culture, la paix et le développement, voulu par l’UNESCO, sa famille et ses amis et soutenu un peu par le gouvernement de notre pays, Basile Kossou a survécu à sa disparition physique. En ce moment où nous posont un acte qui l’aurait sûrement enchanté, je vous prie de vous lever pour observer une minute de silence en sa mémoire …

Le Centre Basile Kossou à travers son programme allie la culture à la paix et au développement. Il vise aussi la sauvegarde, la valorisation et la promotion des savoirs endogènes dont regorge notre pays. Les manifestations de ce jour consacrent la toile ajourée Lokpa, objet d’une exposition au CIBAKO depuis le mardi 12 septembre 2000. Souvenons –nous qu’en septembre 1999, l’UNESCO a lancé un appel en faveur de la promotion des cultures traditionnelles des tisserands en Afrique. Ce qui se passe ici aujourd’hui s’inscrit parfaitement dans ce cadre. D’autres que moi en parleront avec aisance et compétence.

Je voudrais avec votre permission remercier en premier lieu le gouvernement de notre pays ici représenté par le Ministre de l’industrie des petites et moyennes entreprises. Bien que pris par ses multiples obligations et aussi par ses éminentes recherches, le Ministre John IGUE a bien voulu se déplacer pour l’occasion. Merci cher ami. Je voudrais ensuite exprimer ma profonde gratitude aux généreux donateurs qui ont permis l’attribution de ces prix. Spécialement Mme Tania Luciani , première donatrice sans laquelle l’idée n'aurait pas connu un début de réalisation. Ces chaleureux remerciements vont aussi au Bureau d’Appui aux artisans à travers Mr Cyr Davodoun, son responsable ici présent, qui a cru à notre rêve comme Mme Tania.

Pour finir, je me permettrai de sortir un peu des entiers battus pour lancer un appel direct à notre gouvernement. Le CIBAKO perpétue la mémoire de Basile Kossou, un digne fils du Bénin et de l’Afrique. Il rend service à de nombreuses catégories de personnes. Ce Centre, l’un des seuls centres culturels béninois à Cotonou, à vocations multiples, peut rendre davantage de service s’il rencontre moins d’indifférence et s’il se heurte à moins de bureaucratie.

Nous avons toujours reçu un accueil chaleureux dans beaucoup de Ministères spécialement auprès du Ministre de l’éducation nationale et du Ministre de la culture. Mais au-delà de la volonté d’appui qu’exprime ces responsables ministériels, les obstacles à la poursuite de nos objectifs sont légion. Il y la lourdeur de l’administration, l’indifférence ou l’incurie de bon nombre de cadres, la froideur des procédures qui font que deux ans après sa création pratiquement rien n’est encore venu du gouvernement pour le soutenir et l’encourager. Le CIBAKO ne vit que grâce à l’UNESCO et aux soins constants de son conseil de gestion et de son maigre personnel. Il n’arrive à faire des activités du genre de celle d’aujourd’hui que grâce à des donateurs comme Mme Luciani .Je me dois de mentionner ici pour mémoire le profond dévouement et le grand dynamisme de Mme Victorine Kossou, vice-présidente du Conseil de gestion du Centre.

Ayant fait longtemps l’expérience de la gestion des affaires de l’Etat, je serai le dernier à donner une leçon a qui que ce soit . Mais le patriote qui est en moi interpelle les princes qui nous dirigent aujourd’hui pour leur rappeler que les individus passent, les gouvernements passent, mais les peuples et leurs cultures demeurent. Le gouvernement de notre pays devrait mieux comprendre qu’une initiative comme celle-ci peut être un facteur de progrès et d’épanouissement pour le Bénin et que la centralisation administrative excessive constitue beaucoup plus un frein qu’un facteur de développement.

Merci aux uns et aux autres, merci à tous et à chacun pour la contribution au succès de cette manifestation et surtout félicitations à toutes celles qui ont exposé et à celles qui seront bientôt primées .

RICHARD ADJAHO





 Délibération du Jury

  
 Introduction
Le Jury national chargé par le Conseil de Gestion du Centre International Basile KOSSOU d’attribuer le prix du textile traditionnel de l’année 2000 était composé comme suit : -Madame Jeanne Marie HOUESSOU, Directrice Nationale Adjointe de l’Artisanat, Présidente
-Monsieur KOUMBA Roger, Maître tisserand, concepteur de métier à tisser, Président du Conseil d’Administration de la COTEXCOM ,Membre
- Monsieur Hervé AGOSSA, assistant au Bureau d’Appui aux Artisans (BAA), Membre
Le travail du jury a porté sur les trois œuvres réalisées par les trois créatrices de toile ajourée Lokpa que sont : Mesdames

Le Jury a retenu les critères suivants :
-Contexture
-Variété de motifs
-Esthétique et finition

Les Prix
Après plusieurs heures de visite des œuvres et de discussion avec les lauréates, le Jury s’est réuni le vendredi 15 septembre 2000 à 11h pour délibérer. Après discussion et dernier examen des œuvres, le jury a décidé de récompenser les lauréates dont les créations répondent aux critères définis
1er Prix :

Décerné à l’unanimité à madame Salmata TAIROU pour avoir réuni en très peu de temps le maximum de points ajourés et pour avoir su maîtriser l’utilisation du fil industriel retors dont le tissage présente plus de difficulté que celui du coton filé à la main.
2e prix :

Décerné à Madame Zinatou AROUNA , pour sa sérénité qu’elle transmet par son tissage harmonieux et à motifs doucement répétitif.
3e Prix :

Décerné à Madame Déhanatou TAIROU pour les motifs " pattes d’éléphant " qui sont bien le signe de l’ambition de cette dernière, digne héritière de ses aînés . Egalement pour son dynamisme et son affection pour le travail de tissage


.




TOILE AJOUREE LOKPA




Historique des écharpes ajourées

Les châles ajourés, un produit du tissage à la main, est une spécificité des Lokpa ,un groupe socioculturel vivant dans une localité de Djougou au nord du Bénin.

L’authenticité de cette toile tissée à la main avec du coton filé, sa valeur esthétique ainsi que les fonctions sociales et économiques qu’elle remplit au sein de ce groupe socioculturel font d’elle un patrimoine culturel national qu’il faut à tout prix sauvegarder et promouvoir.

L’organisation du travail

A l’origine, le tissage des châles ajourés se faisait individuellement par des femmes d’un âge plus ou moins avancé. De nos jours, les jeunes générations sont associées à ce métier qui prend une allure collective. Le travail se fait en groupe.

De la matière première

Le coton naturel est la matière première indispensable au tissage de ces toiles. Le coton est d'abord filé à la main d'une manière un peu spécial que nous décrit ici Jocelyne Etienne-Nugue, un chercheur dans le domaine de l'artisanat En Afrique

     Technique de filage du coton

"La génération des écheveaux de fils industriels locaux ou d’importation entraîne évidement la raréfaction du fil de coton filé à la main qui reste toutefois utilisé et produit dans les régions du nord, par les femmes peules, Dendi ou Bariba.

Ce sont le plus souvent des femmes de tisserands- pas obligatoirement- qui fournissent à leurs époux la matière première et vendent le surplus à d’autres artisans, à des revendeuses, ou directement sur les marchés par petites quantités : pelotes, bobineaux ou fuseaux.

Le coton brut est acheté au marché, à moins qu’il ne soit récolté sur leur propre champ et successivement décortiqué, égrené sur une pierre plate au moyen d’une tige en fer, puis cardé avec un arc sommaire ou avec des peignes à carder fabriqués sur le modèle des peignes d’importation. Il se présente alors en plaques fibreuses que la fileuse enroule en mèches sur la quenouille, simple tige de bois tenu dans la main gauche tandis que la main droite tord et bobine le fil sur le fuseau. Les gestes de la fileuse béninoise sont de tous les temps, de tous les pays : assise à même le sol, sur une natte, une corbeille ou une calebasse peine de mèches cardées posées à côté d’elle, elle place un nuage de coton sur la tige-quenouille, en étire une petite touffe entre le pouce et l’index de la main droite, en accroche l’extrémité à la tige-fuseau lestée d’un " peson " en terre cuite (grosse bille perforée dans laquelle est plantée une pointe inférieure du fuseau), puis de la main droite, elle lance le fuseau pour le faire tourner comme une toupie dans une coupelle placée contre sa cuisse. Le fil se forme en torsion entre les extrémités des doigts enduits de kaolin, tandis que la main gauche le maintient tendu à l’origine de la mèche. De l’épaisseur de la mèche étirée et de la tortion plus ou moins serrée dépend le calibre du fil obtenu. Les fuseaux bien remplis sont épais de 10 à 12cm de diamètre. Ils sont souvent renvidés sur une tige plus grande pour être commercialisés, mais pour être utilisés par le tisserand ils devront être enroulés sur des "canettes", petites bobines de 10 à 20cm, que l’on encastre dans les "navettes" pour tisser."

Source: Artisanats traditionnels en Afrique Noire : Bénin

                                                                                  

Description du métier

* Les outils de travail

Comme outils de travail nous avons : 2 bois (Kpalandagne) ; 2 bambous (Kpatê) ; 1 couteau (Akpassa) ; 1 grande règle (Koloussou) ; 1 lisse (Amon) ; 2 petites règles (Kpassantchimassi) ; 1 support (Kpadaha-Kcama) ; 1 corde pour attacher les bambous contre le bois (Kpissi) ; 1 petit couteau (cèssè) ; 1 quenouille (Tolaha) ; 1 arc (Toou). Tous ces noms sont traduits en LOKPA.

* Durée effectuée pour le tissage d’une écharpe

Le tissage d’une écharpe ajourée dure environ 10 jours.

* Le nom et la signification des pagnes tissés

1 – ACHOROKENDI : Pagne présentant des trous (jours) distants de7 cm.
2 – BARABARAFOOU ou AKPAGNARA / Pagne à forme d’Achorokendi avec des trous moins larges.
3 – MPEPONOUN ou SESSI-POHOUN : Pagne à trou à l’aide du doigt.
4 – PAPAOU : Serviette
5 – KOTCHOSSI : Pagne à plusieurs trous sous forme de mouche.
6 – BACHABACHA : Pagne à différents trous sur une même écharpe.
7 – SIOU-SAHATTA : Pagne trempé dans l’indigo.

* Les différentes fonctions sociales et économiques

Sur le plan social, le pagne BARABARAFOOU ou AKPAGNARA est utilisé pour les cérémonies coutumières et les mariages.

Le SIOU-SAHATTA : Pagne trempé dans l’indigo est utilisé d’une part pour enterrer les personnes très âgées dans la région des PILAPILA et d’autre part pour la beauté africaine.

Sur le plan économique, cette activité génératrice de revenu crée des emplois et peut permettre le développement de la localité suite à une action de valorisation, d’organisation des femmes et un soutien à la promotion.