L'excision dans les sociétés ...africaines : le cas du Bénin
Le Matinal, mercredi 4 novembre 1998, p.6-7
Aujourd'hui, la pratique de l'excision en Afrique fait partie de ces survivances traditionnelles Inexplicables, dont les nuisances pour la santé de la femme et de l'enfant ont été largement établies. Dans notre pays, la pratique perdure. Et pendant longtemps on a cru que le mal était circonscrit au Nord du Bénin. Mais une enquête réalisée en 1993 a révélé le contraire. Qu'est ce que l'excision ? Quelles sont les raisons qui motivent la survivance de cette pratique ? Et quelles sont les actions menées sur le terrain pour éradiquer le fléau ? Autant de questions qui
justifient ce dossier réalisé avec la collaboration de Mme Odounlami Victorine du Comité Inter Africain (CI-AF) sur les pratiques traditionnelles ayant effet sur la santé des femmes et des enfants.
Définition et considérations générales Selon une enquête réalisée par: CI-AF/Bénin en 1992 c'est l'importance de la tradition et la persévérance de nombreux préjugés qui expliquent la survivance de cette pratique.
L'excision souvent appelée circoncision féminine est employée pour désigner la pratique traditionnelle qui consiste à supprimer de la partie génitale de la femme, le clitoris, les petites et grandes lèvres.
Soit par ablation simple du capuchon, soit du clitoris entier, soit par infubilation.
Ainsi selon les témoignages que rapportent les enquêteurs du CI-AF/Bénin, il parait que la femme qui n'est pas excisée avant d'aller chez son mari n'a pas de valeur ".
Dans la communauté peulh de la sous-préfecture de Gogounou, les enquêteurs ont remarqué qu'au moins 70% des personnes interrogées reconnaissent qu'il s'agit d'une opération permettant aux filles d'être à la mode. A Kétou, un homme interrogé trouve que " les femmes non excisées sont des malheureuses qui se promènent avec un escargot au sexe ! ! ! ,.
A Bantè les femmes non excisées sont le plus souvent injuriées par leurs co-épouses. Dans certains milieux Bariba traditionalistes on rapporte qu'on se moque de l'homme qui a des rapports sexuels avec une femme non-excisée.
A Toucountouna, plusieurs raisons justifient et expliquent la pratique du phénomène.
On dit par exemple que le fétiche du clan ne peut-être gardé que par un circoncis ou à défaut, une excisée. Que l'épreuve de l'excision constitue un changement de classe d'âge. Cette épreuve est aussi et avant tout une formation au " stoïcisme ".
C'est à dire une idéologie qui professe le courage, l'endurance qui permet à la victime de supporter toutes les souffrances. L'excision facilite la création de l'enthousiasme familial, les liens familiaux et sociaux
A Sègbana, pour le chef d'un village, - une femme non excisée ne peut pas accomplir certaines cérémonies et ne peut même pas se présenter devant certaines divinités -.
Dans la région de Bantè, la pratique trouve son fondement dans les avantages économiques qu'elle procure directement à l'excisée qui, pour son mariage se voit offrir une dot plus importante Outre les préjugés d'ordre socioculturels qui varient d'une région à une autre et qui révèlent l'absence de fondement rationnel à la pratique de l'excision, nous avons les préjugés d'ordre sexuel ou médical.
Chez les peulhs de Gogounou, on pense que le clitoris est un organe dangereux à plusieurs égards. En le laissant se développer rapporte un enquêteur, les peuls trouvent , qu'il pourrait être si long, qu'il risquerait d'obstruer l'entrée du vagin et la pénétration masculine pourrait en être affectée. La conclusion, vous la tirez-vous même : Il faut alors le dégager pour élargir la voie. Dans la sous-préfecture de Kétou, on argue le fait que le clitoris est un organe de trop qui recouvre les narines du bébé lors de l'accouchement, l'empêchant ainsi de respirer et pouvant, de ce fait provoquer la mort du nouveau-né.
A Kouandé et Péhunco, il est dit que l'ablation du clitoris facilite l'accouchement, et que le contact du clitoris peut être mortel pour le bébé. Une autre raison on croit selon certaines personnes à Sègbana qu'un clitoris trop grand peut déformer le nouveau-né. Mais la plupart des opinions sont unanimes dans toutes les régions enquêtées sur un point : l'excision est un moyen d'amener la jeune fille à résister à ses instincts et pulsions sexuels. A tous ces préjugés il faut ajouter le rôle de la religion pendant longtemps on a argué que l'excision était une recommandation de l'islam, alors qu'il n'en est rien. Et nul part selon les islamologues avertis, des versets du Coran ne le recommande. Même si des Imams ne la désapprouvent pas de manière explicite. Nous laissons le soin aux lecteurs d'apporter leur appréciation sur ces raisons qui tentent de justifier la pratique de l'excision. Mais puisqu'il s'agit d'un débat d'actualité et que l'hypocrisie collective dans certaines régions fait semblant d'ignorer, toutes les actions doivent être conjuguées pour recueillir les témoignages pour l'étaler à la place du monde, Ce sera alors un début pour l'éradication de la pratique.