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| Le point au quotidien, n° 314, mercredi 9 décembre 1998, p.10
Chaque culture, chaque peuple a des us et coutumes qui lui sont propres. Mais nous soutenons de toute notre force et nous sommes prêts à lutter pour que certains droits, absolument Inaliénables, et particulièrement ceux qui concernent la santé et le bien-être de nos enfants, soient respectés
Les Nations-Unies ont établi des normes précises en vue de la protection de la dignité humaine dans toutes les sphères de la vie . Parmi elles la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée en 1948 est incontournable. La Déclaration comporte 30 articles définissant les droits humains élémentaires et les libertés fondamentales auxquelles ont droit tous les hommes et toutes les femmes de par le monde sans distinction. Cette déclaration affirme que " tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne " et que " nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, Inhumains ou dégradants "
D'un point de vue féministe de défense des droits de la femme, la circoncision féminine est une négation de l'intégrité sexuelle et corporelle de la femme et de la Jeune fille. L'excision viole la sexualité, le droit de la femme à contrôler son propre corps. L'excision altère et dégrade de façon permanente les organes sexuels de la femme. Et l'on se demande pourquoi le désir sexuel de la femme, plus que celui de l'homme, doit être considéré comme immoral ou nocif à la société.
La Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples stipule tout individu a droit au respect de la dignité Inhérente à Inhérente à la personne humaine et à la reconnaissance de sa personnalité juridique. Toute forme d'exploitation et d'avilissement de l'homme notamment l'esclavage, la traite des personnes, la torture physique ou morale, et les peines ou les traitements cruels, inhumains ou dégradants sont Interdits. " L'article 18 de la Charte déclare que :
" L'Etat a le devoir de veiller à l'élimination de toute discrimination contre la femme et d'assurer la protection des droits de la femme et de l'enfant tels que stipulés dans les déclarations et conventions Internationales. "' L'article 16 affirme que
" Toute personne a le droit de jouir du meilleur état de santé physique mentale qu'elle soit capable d'atteindre ". Et " les Etats partie à la présente Charte s'engagent à prendre les mesures nécessaires en vue de protéger la santé de leurs populations... "
L'excision est une violation du droit à la Santé. Les femmes et les fillettes sont soumises à l'Opération dans des conditions peu hygiéniques; les conséquences qui s'en suivent peuvent être sévères et chroniques, à la fois pour la femme et pour ses futurs enfants.
Outre les préoccupations des droits de l'homme en général, droits de la femme ou droit à la santé, l'excision peut être particulièrement considérée comme une atteinte aux droits des enfants. En 1959, l'Assemblée Générale des Nations Unies a adopté la Déclaration des Droits de L'Enfant. Ces droits accordent la possibilité de se développer physiquement dans des conditions saines et normales. en toute liberté et en toute dignité. L'enfant doit donc bénéficier de soins médicaux appropriés et être à l'abri de toute forme de cruauté.
La difficulté de considérer l'excision en ce qu'elle touche aux droits de l'enfant, est que les parents n'excisent pas leurs filles dans le but de leur faire du mal. En effet ils excisent leurs filles en pensant agir dans leur intérêt tant sur le plan social que personnel (si une fille n'était pas excisée, elle se corrporterait de façon immorale ou elle tomberait malade, ne serait pas facile à marier etc... ).
Un critère fondamental pour déterminer si une pratique constitue une violation des droits de l'homme est le consentement ou le non consentement de la victime. Certains disent que les filles et les femmes concernées ont le choix de refuser l'excision, Dans le cas des fillettes. elles sont des victimes involontaires d'une pratique qui leur nuit. Une fille de sept ans n'a pas le pouvoir de refuser que ses parents, sa grand-mère ou sa tante lui imposent l'excision. De plus elle a confiance en ses parents alors pourquoi leur refuserait-elle? Par ailleurs en cas de refus elle serait alors maudite; argument suffisamment convaincant pour une fillette. Enfin les filles sont convaincues par leurs aînés qu'elles ne pourront jamais se marier ou faire des enfants si elles ne sont pas excisées. Il serait plus juste que l'opération soit ajournée jusqu'à un âge où la fille peut librement décider pour elle-même. Mais même à ce niveau, l'adulte qui, volontairement, décide de se faire opérer le fait rarement en toutes connaissances des complications éventuelles. Or, la plupart des arguments avancés pour expliquer l'excision sont fondés sur l'ignorance. Un choix personnel peut-il être légitime si les raisons de ce choix ne sont pas fondées ?
Si une femme comprenait que le clitoris n'empêche pas l'accouchement, elle refuserait de se faire exciser.
Si elle comprenait qu'un clitoris normal ne s'accroît pas au point d'atteindre les dimensions du pénis de l'homme, elle refuserait de se faire exciser
Si une femme savait qu'elle pourrait mourir d'une hémorragie suite à l'excision, elle refuserait de se faire exciser.
Si elle connaissait les risques que présente un couteau ou une lame de rasoir sale, elle refuserait de se faire exciser.
La pression sociale est aussi un facteur très influent sur le libre consentement. Les mêmes paramètres qui, dans une tradition, obligent les Individus à bien se comporter dans la société, peuvent tout aussi bien servir à intimider les mêmes individus à se plier aux respects des traditions même si celles-ci sont néfastes. Si effectivement la société exige de telles pratiques, est-ce que la femme est vraiment libre de choisir. et de dire 'non' à l'excision? Si elle doit être l'objet de moqueries de la part de toutes ses camarades, est-ce qu'elle a vraiment le choix? Qui peut vivre comme un paria dans sa société? Concernant une. femme adulte qui subit l'opération comme les femmes des villages de Kétou, de Bané et de Toucountouna), les exigences de sa communauté ne lui permettent pas de refuser facilement. A Toucountouna par exemple, , si les vieilles femmes lui disent qu'elle sera sage et qu'elle peut prouver son courage seulement en se faisant exciser, une femme le fera. Si les vieux lui disent que les fétiches vont la rendre folle si elle ne subit pas l'excision, elle se fera exciser. SI ses parents lui disent qu'elle n'aurait pas de valeur si elle ne se ferait pas exciser avant d'aller chez son mari, elle se fera exciser. Pour être considérée comme majeure ddans leur communauté, les femmes doivent subir cette opération.
L'excision est une pratique néfaste, et quels que soient les arguments avancés par ses partisans. Elle n'en , n'en demeure pas moins une atteinte directe au droit à la santé, en tant qu'opération mutilante.
Et honnit qui mal y pense
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