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La coloration de Giemsa appliquée au spermocytogramme

DARBOUX R., FAGLA B., SEKPE A.*, ALIHONOU E.
UDEC Cotonou

RESUME

L'examen cytologique du sperme nécessite de faire au moins un spermogramme et un spermocytogramme lors d'un problème d'hypofertilité ou de stérilité du couple. Faute de formation adéquate à la technique de Papanicolaou des techniciens de laboratoire, faute de réactifs suffisants, certains laboratoires utilisent la coloration de Giemsa qui est présente dans presque tous les centres de santé pour l'étude du spermocytogramme. Les frottis du sperme de 52 patients ont été colorés par la technique de Papanicolaou et la technique de Giemsa
Les deux techniques de coloration appliquées au spermocytogramme sont reproductibles et précises. Leur coefficient de variation varie de 4% à 8%.
La technique de Giemsa est spécifique (spécificité à 97%) et peu sensible (sensibilité à 50%). La technique de Giemsa détecte peu de spermatozoïdes anormaux par rapport à la technique de Papanicolaou.

Mots clés : Spermocytogramme. Coloration de Giemsa

INTRODUCTION

L'examen du sperme est à la base de l'évaluation de la fécondité masculine chaque fois que se pose le problème de stérilité du couple. Cette étude compare une technique standard de coloration des spermatozoïdes (coloration de Papanicolaou) à une coloration cytologique courante (coloration de Giemsa).

MATERIEL ET METHODE

Cette étude prospective menée sur une période de cinq (5) semaines allant du 22 Avril au 31 Mai 1991, a porté sur un échantillon de cinquante deux (52) hommes de couples ayant consulté pour stérilité ou hypo-fertilité. L'âge moyen des patients était de 34 ans.
Les échantillons de sperme utilisés étaient obtenus par masturbation ou par coït interrompu (les patients ne savent pas se masturber et considèrent cette pratique comme un tabou). Le sperme fut recueilli dans un pot stérile à large ouverture. Le délai d'abstinence exigé des patients était de trois jours au minimum et sept au maximum. Le prélèvement pouvait se faire au laboratoire ou à la maison. Dans ce dernier cas, il était demandé aux patients de faire parvenir le prélèvement au laboratoire au plus tard dans les 45 minutes qui suivent l'émission du sperme dans un flacon stérile délivré par le laboratoire.
Le sperme recueilli, accompagné d'une fiche d'examen était laissé à la température ambiante du laboratoire jusqu'à sa liquéfaction complète, généralement obtenue 30 minutes après l'émission. L'examen macroscopique a été fait par une tierce personne du laboratoire qui étudia les caractères physiques suivants: la couleur du sperme, le volume, la viscosité, le pH et l'odeur. L'examen microscopique par cette même personne étudia la mobilité, la vitalité, la numération des spermatozoïdes suivant les normes de l'OMS (2).
Pour réaliser des frottis de sperme, une goutte de sperme d'environ 15 microlitres (µl) est déposée à l'aide d'une seringue à l'extrémité d'une lame neuve bien dégraissée. Le numéro d'ordre du sperme est gravé avec un crayon diamant sur la lame. Quatre lames sont réalisées ; deux seront colorées et les deux restantes seront gardées en réserve.
L'étalement a été fait de la façon suivante : la goutte de sperme est tirée en arrière de la lame afin de ne pas léser les spermatozoïdes. Les frottis séchés à l'air et ensuite fixés avec le mélange éthanol-éther pour la technique de Papanicolaou ou avec le méthanol pour la technique de Giemsa étaient ensuite colorés.
Sous microscope optique binoculaire type Nikon et à l'objectif 100 X, chaque lame de frottis est parcourue d'une extrémité de la lame à l'autre. Chaque spermatozoïde rencontré est classé suivant le type d'anomalie qu'il présente et enregistré sur une fiche. On compte 100 spermatozoïdes sur chacune des lames de manière à avoir les pourcentages des formes normales et atypiques suivant la classification de David (1).

RESULTATS ET COMMENTAIRES

1/ Afin de reconnaître de la précision et reproductibilité des deux techniques, nous avons pris au hasard quatre patients. Sur les prélèvements de chacun de ces patients nous avons réalisé vingt (20) frottis dont dix ont été colorés par la technique de Papanicolaou et les dix autres par la technique de Giemsa. Les résultats obtenus sur ces quatre vingt (80) frottis sont présentés dans les tableaux n°I et II ci-dessous :

Tableau n°I: Reproductibilité de la technique de Papanicolaou

Patients

Nombre de frottis lus

Variation du pourcentage de formes normales obtenues

Moyenne des valeurs obtenues

Coefficient de variation (C.V.)

1

10

70-84 %

75,40 ± 4,99

6%

2

10

60-72 %

66,00 ± 4,00

6%

3

10

60-76 %

67,80 ± 5,05

7%

4

10

66-77 %

71,90 ± 3,72

5%

Les coefficients de variation varient de 5% à 7%. La technique de coloration de Papanicolaou est reproductible et précise.(N = compris entre 4 et 10%)

Tableau n°II: Reproductibilité de la technique de Giemsa

Patients

Nombre de frottis lus

Variation du pourcentage de formes normales obtenues

Moyenne des valeurs obtenues

Coefficient de variation (C.V.)

1

10

68-82 %

75,90 ± 4,28

5%

2

10

52-70 %

63,40 ± 5,42

8%

3

10

58-70 %

64,00 ± 4,10

6%

4

10

60-68 %

63,00 ± 2,53

4%

Les coefficients de variation vont de 4% à 8%. La technique de Giemsa est également reproductible et précise.

2/ Le tableau n°III compare les résultats obtenus par la technique de Papanicolaou à ceux de la technique de Giemsa. Tous les tests ont été réalisés sur cinquante deux (52) patients.

Tableau n°III: Comparaison des résultats de la technique de Papanicolaou à ceux de la technique de Giemsa pour quelques atypies des spermatozoïdes.

Paramètres

Papanicolaou

Giemsa

Comparaison

t p

Tête allongée

1,38 ± 2,11

0,78 ± 1,58

1,67

0,101

Tête irrégulière

5,00 ± 4,58

2,07 ± 4,05

5,42

0*

Angulation

9,10 ± 4,50

7,30 ± 4,34

2,70

0,009*

Reste cytoplasmique

1,40 ± 1,60

1,75 ± 2,55

0,78

0,43

Flagelle court

1,51 ± 1,43

2,26 ± 2,13

2,03

0,048*

Flagelle enroulé

3,73 ± 2,34

3,13 ± 3,01

1,25

0,215

*: différence significative

En considérant le paramètre "tête irrégulière" , la valeur moyenne obtenue avec la technique de Papanicolaou (5 ± 4,58) est plus grande que celle obtenue avec la technique de Giemsa (2,07 ± 4,05). La différence observée est significative (t = 5,42 avec 51 degrés de liberté et P < = 0).
Quant au paramètre "angulation", la valeur obtenue avec la technique de Papanicolaou (9,15 ± 4,50) est un peu plus grande que celle obtenue avec la technique de Giemsa (7,30 ± 4,34). La différence observée est significative (t = 2,70 avec 51 degrés de liberté et P < = 0,009).
La différence entre les deux techniques pour le paramètre "flagelle court" est également significative (t = 2,03 avec 51 degrés de liberté et P < = 0,048). Cette fois-ci la valeur moyenne obtenue par la technique de Giemsa est légèrement plus élevée (2,26 ± 2,13) que celle obtenue par la technique de Papanicolaou (1,51 ± 1,43).
A partir des observations précédentes nous pouvons dire que la technique de Papanicolaou permet de mieux détecter les anomalies "tête irrégulière et angulation".
La technique de Giemsa quant à elle définit plus l'anomalie "flagelle court."
On ne remarque pas une grande différence au niveau des deux techniques en considérant les paramètres : "tête allongée, reste cytoplasmique, flagelle enroulé".

3/ Sensibilité et spécificité de la technique de Giemsa

 

 

Coloration de Giemsa

 

Résultats

Anormaux

Normaux

Total

 

Coloration de Papanicolaou

Anormaux

4

4

8

Normaux

1

43

44

Total

5

47

52

Les calculs effectués donnent une valeur de 50% pour la sensibilité (Se=4/8) et 97% pour la spécificité (Sp=43/44). La technique de Giemsa est très spécifique et peu sensible.
Se=vp/vp+fn
Se=vn/vn+fp

CONCLUSION

La technique de Giemsa est très spécifique et peu sensible. Cette sensibilité de 50% indique que cette technique peut entraîner beaucoup de faux spermocytogrammes normaux car elle détecte moins les anomalies " tête irrégulière et angulation " La technique de Giemsa doit rapidement faire place dans tous les laboratoires périphériques à celle de Papanicolaou qui décèlent mieux les atypies cellulaires portant sur la tête du spermatozoïde. Une formation pour réaliser de bonnes colorations est à donner aux techniciens de laboratoire. Un effort doit être fait pour pourvoir les centres périphériques en réactifs adéquats pour la coloration de Papanicolaou.

REFERENCES

  1. DAVID G., BISSON J.P., CZYGLIK F., JOUANNET P., GERNIGNON C. Anomalies morphologiques du spermatozoïde humain. - 1/ Propositions pour un système de classement. J. Gyn. Obst. Biol. Repr. 1975, 4, suppl 1, 17-36
  2. 0RGANISATION MONDIALE DE LA SANTE - Manuel de laboratoire de l'OMS. Analyse du sperme humain et de l'interaction des spermatozoïdes avec le mucus cervical. Edition INSERM 1993

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