Module 5 : les organismes génétiquement modifiés (OGM)

Le génie génétique et les organismes génétiquement modifiés (OGM)

Le génie génétique est une technologie qui, 16 ans après les 1er travaux en laboratoire, trouve des applications dans divers domaines. Il consiste à la modification du patrimoine génétique (transformation génétique) d'un organisme par introduction d'une information génétique étrangère (" transgène "). L'organisme transformé est appelé organisme transgénique ou organisme génétiquement modifié (OGM). La transformation se fait via un vecteur (un plasmide ou un phage) dans lequel un fragment d'ADN hétérologue contenant un ou plusieurs gènes) a été préalablement inséré grâce à des enzymes, endonucléases, ADN ligases et enzymes de restriction. De fait, les avantages que procure cette technologie révolutionnaire sont multiples. · Dans le domaine fondamental. Le clonage et l'amplification des gènes permettent d'aborder l'étude du fonctionnement des gènes et des chromosomes eucaryotes et l'étude des mécanismes de contrôle de l'expression des gènes chez les organismes supérieurs, · Dans le domaine médical, des substances importantes sur le plan thérapeutique ont été synthétisées dans les cellules transformées. C'est le cas de l'insuline, des interférons et certains antigènes viraux. De même une avancée considérable est obtenue dans le diagnostic des maladies héréditaires ouvrant ainsi la voie à la thérapie génétique. · Dans l'agronomie, des gènes de résistance à un herbicide ou à un parasite, des gènes améliorant la croissance ou les qualités nutritionnelles ou conférant des caractéristiques ornementales voire pharmaceutiques ont été transférés à des plantes comme le colza, le tabac, la tomate (tomates à maturation retardée commercialisées aux USA en 1994), la pomme de terre, le maïs (maïs transgénique Novartis résistant à la pyrale en France), le soja, le coton etc. Les risques supposés par l'opinion publique sont de plusieurs ordres : · Les risques sanitaires : la toxicité des produits, les allergies éventuelles liées à la consommation et le problème complexe de l'étiquetage ; l'acquisition par les organismes pathogènes pour l'homme et les animaux de résistance génétique ; · Les risques écologiques : sélection de populations de pathogènes résistants, apparition de nouvelles adventices après dissémination des transgènes ; toxicité pour les insectes pollinisateurs (abeilles) ou autres insectes utiles. Les OGM peuvent être une menace pour la biodiversité naturelle des espèces cultivées (abandon des cultures traditionnelles locales) et des espèces sauvages ; · Les risques économiques : monopole des sociétés semencières qui ont fait les recherches (variétés et gènes brevetées). Mais les problèmes posés actuellement ne sont pas spécifiques aux plantes transgéniques : ils existent déjà dans la nature mais sont mal connus du grand public. On peut citer le cas des poisons violents synthétisés par de nombreuses plantes (certaines ignames par ex.), l'existence d'insectes résistants ou l'existence de flux de gènes entre espèces cultivées et sauvages apparentées. L'étude au cas par cas est préconisée car il est difficile de prédire l'impact de cette nouvelle biotechnologie. Les structures de contrôle doivent jouer leur rôle afin que les conséquences néfastes qui peuvent découler de l'utilisation des OGM soit au maximum limitées (le risque zéro n'existe pas). La confiance des consommateurs envers les semenciers et les scientifiques est le facteur limitant de la diffusion de ce formidable outil d'amélioration. La diffusion des savoirs en génétique est indispensable afin que le public soit à même de se faire une opinion.
Hubert ADOUKONOU Laboratoire de Génétique FAST/UNB

21 réponses

1 - Peut-on transférer un gène d'éléphant a une fraise des bois ?

R. : Oui, et c'est l'une des grandes révolutions apportées par la biologie moléculaire et les techniques de transformation génétique. Il est désormais possible d'introduire des gènes d'intérêt, isoles de bactéries, d'insectes, d'animaux ou de plantes non apparentées dans les végétaux. On parle de transgression de barrières d'espèces. Chaque gène d'intérêt est choisi en fonction de l'objectif des recherches entreprises.

2 - Le test "d'équivalence substantielle" consiste à déterminer si un OGM est chimiquement identique au produit naturel et donc inoffensif. Est-ce suffisant et assez précis ?

R. : Le principe de l'équivalence substantielle n'est pas une évaluation toxicologique classique. Il met en jeu un ensemble impressionnant de contrôlés ayant pour objectif de déterminer si la structure et les propriétés d'un compose chimique produit par un OGM sont identiques a celles du même compose chimique obtenu a partir d'une plante non transformée. Par exemple, la lécithine extraite du soja OGM est identique a celle obtenue du soja traditionnel. On trouve, en France, dans des instituts publics, des chercheurs qui ont acquis des compétences dans ce domaine et qui peuvent donner un avis scientifique sérieux.

3 - Les précautions prises en laboratoire et pour les essais d'OGM en plein champ sont-elles suffisantes ? Peut-on se fier aux autorisations américaines de commercialisation ?

R. : Les précautions prises en espace confine sont suffisantes. Lors d'essais en plein champ, une dispersion du pollen est toujours possible. En France, toutes les expériences entreprises en laboratoire ainsi que les structures expérimentales, font obligatoirement l'objet d'une déclaration auprès du Secrétariat d'Etat a la Recherche et sont examinées par la Commission de Génie Génétique. cette commission impose pour chaque projet, des règles de sécurité très strictes. Tout manquement a ces règles a des conséquences qui peuvent aller d'une amende a des peines de prison. C'est ensuite la commission de Génie biomoléculaire qui définit et contrôle les conditions d'expérimentation a l'extérieur. La mise sur un marche est liée a divers accords ministériels (Agriculture, Environnement, Santé) dans le cadre de la réglementation européenne. En France et en Europe, le principe de précaution prévaut donc. Aux Etats-Unis, il existe également une réglementation mais la philosophie en est radicalement différente. Pour qu'un produit soit retire du marche, il faut apporter la preuve de sa toxicité.

4 - Un scientifique peut-il facilement détecter un OGM dans un aliment ?

R. : Dans un produit frais, oui. Dans un produit transforme, c'est beaucoup plus difficile, voire impossible.

5 - A quoi sert l'étiquetage des produits OGM si les américains ne trient pas leurs produits naturels et transgeniques ? Comment savoir si on achète des OGM ?

R. : Du ressort des législateurs (voir réponses a question 4 pour ce qui concerne le rôle d'expert que pourraient jouer les scientifiques).

6 - Quels sont les risques toxiques et allergiques ? A-t-on pu démontrer la nocivité des OGM pour l'homme ? Et a long terme ?

R. : Dans l'éventualité ou un OGM aurait été identifie comme toxique ou nocif pour l'homme, sa production aurait été bloquée avant qu'il ne soit teste au champ. L'allergie : près de 50 % des aliments naturels que nous consommons quotidiennement (crustacés, cacahuètes, kiwis, produits laitiers....) contiennent des allergènes. Ils ne passeraient pas les tests auxquels sont soumis les OGM. Ils seraient exclus du marche. L'exclusion de tout OGM potentiellement allergène est la solution retenue (exemple du soja dans lequel avait été introduit un gène issu de la noix du Brésil et codant pour une protéine dont les propriétés allergisantes étaient connues). Il n'a jamais été commercialise. En effet, si les consommateurs allergiques a un ou des produits naturels sont capables de les identifier facilement, il n'en serait pas de même pour un produit qui ne le serait pas naturellement mais le deviendrait après transformation génétique. L'étiquetage ne serait pas efficace (exemple d'échanges de goûters entre enfants dans une cour de recréation). L'élimination de tout OGM soupçonné de pouvoir causer une allergie même bénigne est et doit rester la règle. Pour le long terme, il est difficile de prévoir qu'un aliment "naturel" ou "OGM" qui ne présente actuellement aucune toxicité et caractéristique allergisante devienne toxique ou allergene dans quelques générations.

7 - Gros problème de santé publique : certains antibiotiques se révèlent de moins en moins efficaces. La présence dans de nombreux OGM d'un gène de résistance a un antibiotique risque-t-elle d'aggraver cette situation ?

R. : Afin de sélectionner les plantes transgeniques, les chercheurs ont, dans un premier temps, transféré aux cellules végétales des gènes de résistance aux antibiotiques. Bien que le risque de transmission de cette résistance a des bactéries pathogènes de l'homme et des animaux soit considère comme mineur, les chercheurs ont développé, depuis plusieurs années, des stratégies permettant d'éviter l'utilisation de ces gènes de résistance aux antibiotiques. Les OGM actuellement développés et les futurs OGM ne contiendront pas ce genre de gènes.

8 - Personne ne conteste l'insuline ou le vaccin contre l'hépatite B produits par génie génétique. Pourquoi est-ce mieux accepte en médecine que pour l'alimentation ?

R. : Le médicament et la nourriture ne sont pas perçus de la même façon. D'autres facteurs que la rationalité interviennent dans cette perception. Les sociologues et les psychologues sont plus qualifies que les biologistes pour répondre a cette question.

9 - Est-il prouve que l'OGM permet réellement de diminuer l'emploi d'herbicides ou de pesticides ?

R. : Les OGM qui contiennent un gene de resistance a un parasite permettent de diminuer l'utilisation de pesticides specifiques de la maladie pour laquelle la plante a ete transformee mais pas pour les autres. Un OGM resistant a un herbicide permet en principe de mieux gerer l'emploi de cet herbicide.

10 - La qualite transferee par le nouveau gene est-elle stable ? Se transmet-elle de facon definitive a tous les descendants de la plante transgenique ?

R. : En principe oui, dans les versions commercialisees. Le transgene se transmettra de la meme maniere que les autres genes de la plante. La stabilite des transgenes est un domaine actuellement tres etudie par les laboratoires aussi bien publics que prives. Les prochaines annees devraient apporter de nombreux progres dans la maitrise du lieu d'integration des transgenes dans le genome, et dans la stabilite de leur expression aussi bien dans les plantes annuelles que les perennes.

11 - Existe-t-il des risques de creer de nouveaux virus vegetaux ?

R - Oui. Lorsque des sequences virales sont utilisees pour transformer une plante, il existe un risque de creer des souches de virus ayant des proprietes biologiques nouvelles. A l'IRD nous developpons un projet dont l'un des objectifs est d'evaluer les risques de recombinaison virale et d'evolution des populations de virus induits par plusieurs approches possibles (selection traditionnelle, differentes techniques de transgenese) d'introduction de la resistance a un virus dans une plante.

12 - Il existe un danger de dissemination des genes OGM a d'autres plantes: par exemple de voir colza, betterave ou chicoree OGM transmettre leur résistance aux herbicides a des especes sauvages ressemblantes. De même pour le mais et son ancetre, la teosinte. Peut-on le minimiser ou même l'éviter ?

R. : Oui, il y a possibilite de dissemination des transgenes lorsque des apparentes sauvages sont presents. Dans les cas ou il n'y a pas d'apparente sauvage (cas du mais en Europe), le risque devient pratiquement nul. En effet, pour que le gène soit dissémine et que cela pose un problème, il faut qu'il y ait interfécondation, que le transgène s'insère (s'introgresse) dans le génome de l'hybride, que l'hybride soit fertile et que le transgène s'exprime dans son nouvel environnement génétique en conférant un avantage aux plantes qui le contiennent. Plusieurs de ces étapes sont pratiquement infranchissables naturellement entre espèces éloignées. Cependant cela reste possible ; il est donc souhaitable de distinguer entre les gènes pour lesquels on peut prendre des risques et les autres pour lesquels les risques pourraient être trop importants en cas de transmission horizontale. L'étude de flux de gènes entre plantes cultivées et apparentées sauvages ainsi que la définition de stratégies de déploiement des variétés modifiées par sélection traditionnelle ou transgénèse représentent des investissements importants à l'IRD.

13 - Des plantes ou debris de plantes OGM sont-ils susceptibles de transformer les micro-organismes du sol ?

R. : Nous ne le savons pas. Des etudes sont en cours.

14 - A cause des OGM, ne risque-t-on pas un jour une catastrophe majeure en rendant inefficaces les deux désherbants universels les plus utilises et les moins nocifs, fruits de nombreuses années de recherches (glyphosate et glufosinate) ?

R - Pour les deux herbicides cites, oui.

15 - L'utilisation d'OGM ne risque-t-elle pas d'aboutir a terme à la raréfaction des espèces végétales ?

R. : Elle ne devrait avoir aucun effet sur la diversité des plantes non cultivées. Le nombre d'espèces et de variétés cultivées a diminue bien avant l'apparition des OGM. L'utilisation des OGM ne va pas réduire les programmes de sélection de nouvelles variétés.

16 - Des essais en laboratoire démontrent la nocivité du maïs Novartis pour le papillon Monarque. Le résultat serait-il négatif en plein air ?

R. : Les essais réalisés dans le laboratoire qui ont été décrits présentent une situation extrême qui ne reflète pas les conditions naturelles de vie du papillon. De plus, dans la nature, le monarque ne se nourrit pas sur le mais.

17 - Les conséquences des OGM sur les abeilles ?

R. : Des tests d'évaluation de toxicité des plantes transgéniques résistantes aux insectes ont ete mis au point sur les abeilles à l'INRA. Ces tests sont indispensables pour s'assurer que les plantes transgéniques n'ont pas d'impact sur la survie ou le comportement des abeilles.

18 - Au contact répété des OGM, les insectes peuvent-ils à la longue, devenir résistants aux insecticides qu'ils contiennent ?

R. : Oui, au même titre qu'ils acquièrent des résistances lorsqu'ils sont confrontes aux insecticides traditionnels. Les stratégies de déploiement (zones refuges) des OGM devraient permettre de réduire significativement les possibilités d'acquisition de résistance.

19 - Qui serait responsable en cas d'accident majeur : les firmes, les pouvoirs publics, les agriculteurs ?

R. : Du ressort des législateurs et des juges.

20 - Faut-il stopper momentanément ou supprimer carrément les plantes transgéniques ?

R. : Les OGM sont de puissants outils de recherche en agronomie comme en médecine. Pour ce qui est de leur utilisation en agriculture, quelques années de recherche sont indispensables pour évaluer leur potentiel et les risques qu'ils génèrent ainsi que leurs avantages et inconvénients par rapport aux pratiques actuelles.

21 - A l'aube du troisième millénaire, les OGM pourraient-ils devenir un atout pour l'humanité et une chance pour les pays pauvres ?

R. : La transgenese n'est pas la solution miracle aux problèmes des pays pauvres. Elle n'est qu'un outil permettant de donner de nouvelles solutions a des problèmes plus ou moins ponctuels. Les OGM ne permettront jamais de résoudre les causes fondamentales de la pauvreté que sont le manque d'accès à l'éducation, au crédit et au marche ; il ne permettront pas la reforme foncière ni celle de l'OMC. Les OGM constituent un outil indéniablement performant pour la recherche en amélioration des plantes. Actuellement et dans de nombreux cas, pour augmenter la production agricole dans les pays pauvres on tente de transférer notre modèle d'agriculture industrielle. Ce dernier est souvent base sur une modification drastique de l'environnement (pesticides, herbicides, engrais chimiques, irrigation intensive...). On veut adapter l'environnement a la culture. La transgenese permet d'envisager l'adaptation des plantes cultivées a l'environnement (résistance aux parasites ; tolérance aux sols alcalins ou acides ; tolérance aux stress hydriques ; tolérance a la submersion...). D'autres domaines dans lesquels la transgenese pourrait être utile aux pays du sud: - la récupération des sols dégradés en utilisant des plantes adaptées ; - l'ajout d'une plus-value aux cultures tropicales en leur faisant produire des molécules d'intérêt pharmaceutique ou industriel ; - l'amélioration de la qualité nutritionnelle des cultures tropicales ; - l'amélioration, la conservation des produits ; - de valoriser les déchets de l'agro-industrie en utilisant des micro-organismes "OGM". Il n'y a pas que des plantes OGM.

Pour que les pays pauvres puissent véritablement retirer un bénéfice des OGM, il faut d'une part qu'ils disposent des compétences et des infrastructures leur permettant d'effectuer des choix bases sur des évaluations scientifiques, économiques et sociologiques de qualité, d'autre part, qu'une législation leur permette de contourner les contraintes liées aux nombreux brevets déposés en biotechnologie végétale.
Jean-Claude Prot, Responsable du Programme Biodiversité et Agriculture à l'IRD