R. : Oui, et c'est l'une des grandes révolutions apportées par la biologie moléculaire et les techniques de transformation génétique. Il est désormais possible d'introduire des gènes d'intérêt, isoles de bactéries, d'insectes, d'animaux ou de plantes non apparentées dans les végétaux. On parle de transgression de barrières d'espèces. Chaque gène d'intérêt est choisi en fonction de l'objectif des recherches entreprises.
2 - Le test "d'équivalence substantielle" consiste à déterminer si un OGM est chimiquement identique au produit naturel et donc inoffensif. Est-ce suffisant et assez précis ?
R. : Le principe de l'équivalence substantielle n'est pas une évaluation toxicologique classique. Il met en jeu un ensemble impressionnant de contrôlés ayant pour objectif de déterminer si la structure et les propriétés d'un compose chimique produit par un OGM sont identiques a celles du même compose chimique obtenu a partir d'une plante non transformée. Par exemple, la lécithine extraite du soja OGM est identique a celle obtenue du soja traditionnel. On trouve, en France, dans des instituts publics, des chercheurs qui ont acquis des compétences dans ce domaine et qui peuvent donner un avis scientifique sérieux.
3 - Les précautions prises en laboratoire et pour les essais d'OGM en plein champ sont-elles suffisantes ? Peut-on se fier aux autorisations américaines de commercialisation ?
R. : Les précautions prises en espace confine sont suffisantes. Lors d'essais en plein champ, une dispersion du pollen est toujours possible. En France, toutes les expériences entreprises en laboratoire ainsi que les structures expérimentales, font obligatoirement l'objet d'une déclaration auprès du Secrétariat d'Etat a la Recherche et sont examinées par la Commission de Génie Génétique. cette commission impose pour chaque projet, des règles de sécurité très strictes. Tout manquement a ces règles a des conséquences qui peuvent aller d'une amende a des peines de prison. C'est ensuite la commission de Génie biomoléculaire qui définit et contrôle les conditions d'expérimentation a l'extérieur. La mise sur un marche est liée a divers accords ministériels (Agriculture, Environnement, Santé) dans le cadre de la réglementation européenne. En France et en Europe, le principe de précaution prévaut donc. Aux Etats-Unis, il existe également une réglementation mais la philosophie en est radicalement différente. Pour qu'un produit soit retire du marche, il faut apporter la preuve de sa toxicité.
4 - Un scientifique peut-il facilement détecter un OGM dans un aliment ?
R. : Dans un produit frais, oui. Dans un produit transforme, c'est beaucoup plus difficile, voire impossible.
5 - A quoi sert l'étiquetage des produits OGM si les américains ne trient pas leurs produits naturels et transgeniques ? Comment savoir si on achète des OGM ?
R. : Du ressort des législateurs (voir réponses a question 4 pour ce qui concerne le rôle d'expert que pourraient jouer les scientifiques).
6 - Quels sont les risques toxiques et allergiques ? A-t-on pu démontrer la nocivité des OGM pour l'homme ? Et a long terme ?
R. : Dans l'éventualité ou un OGM aurait été identifie comme toxique ou nocif pour l'homme, sa production aurait été bloquée avant qu'il ne soit teste au champ. L'allergie : près de 50 % des aliments naturels que nous consommons quotidiennement (crustacés, cacahuètes, kiwis, produits laitiers....) contiennent des allergènes. Ils ne passeraient pas les tests auxquels sont soumis les OGM. Ils seraient exclus du marche. L'exclusion de tout OGM potentiellement allergène est la solution retenue (exemple du soja dans lequel avait été introduit un gène issu de la noix du Brésil et codant pour une protéine dont les propriétés allergisantes étaient connues). Il n'a jamais été commercialise. En effet, si les consommateurs allergiques a un ou des produits naturels sont capables de les identifier facilement, il n'en serait pas de même pour un produit qui ne le serait pas naturellement mais le deviendrait après transformation génétique. L'étiquetage ne serait pas efficace (exemple d'échanges de goûters entre enfants dans une cour de recréation). L'élimination de tout OGM soupçonné de pouvoir causer une allergie même bénigne est et doit rester la règle. Pour le long terme, il est difficile de prévoir qu'un aliment "naturel" ou "OGM" qui ne présente actuellement aucune toxicité et caractéristique allergisante devienne toxique ou allergene dans quelques générations.
7 - Gros problème de santé publique : certains antibiotiques se révèlent de moins en moins efficaces. La présence dans de nombreux OGM d'un gène de résistance a un antibiotique risque-t-elle d'aggraver cette situation ?
R. : Afin de sélectionner les plantes transgeniques, les chercheurs ont, dans un premier temps, transféré aux cellules végétales des gènes de résistance aux antibiotiques. Bien que le risque de transmission de cette résistance a des bactéries pathogènes de l'homme et des animaux soit considère comme mineur, les chercheurs ont développé, depuis plusieurs années, des stratégies permettant d'éviter l'utilisation de ces gènes de résistance aux antibiotiques. Les OGM actuellement développés et les futurs OGM ne contiendront pas ce genre de gènes.
R. : Le médicament et la nourriture ne sont pas perçus de la même façon. D'autres facteurs que la rationalité interviennent dans cette perception. Les sociologues et les psychologues sont plus qualifies que les biologistes pour répondre a cette question.
R. : Les OGM qui contiennent un gene de resistance a un parasite permettent de diminuer l'utilisation de pesticides specifiques de la maladie pour laquelle la plante a ete transformee mais pas pour les autres. Un OGM resistant a un herbicide permet en principe de mieux gerer l'emploi de cet herbicide.
R. : En principe oui, dans les versions commercialisees. Le transgene se transmettra de la meme maniere que les autres genes de la plante. La stabilite des transgenes est un domaine actuellement tres etudie par les laboratoires aussi bien publics que prives. Les prochaines annees devraient apporter de nombreux progres dans la maitrise du lieu d'integration des transgenes dans le genome, et dans la stabilite de leur expression aussi bien dans les plantes annuelles que les perennes.
R - Oui. Lorsque des sequences virales sont utilisees pour transformer une plante, il existe un risque de creer des souches de virus ayant des proprietes biologiques nouvelles. A l'IRD nous developpons un projet dont l'un des objectifs est d'evaluer les risques de recombinaison virale et d'evolution des populations de virus induits par plusieurs approches possibles (selection traditionnelle, differentes techniques de transgenese) d'introduction de la resistance a un virus dans une plante.
12 - Il existe un danger de dissemination des genes OGM a d'autres plantes: par exemple de voir colza, betterave ou chicoree OGM transmettre leur résistance aux herbicides a des especes sauvages ressemblantes. De même pour le mais et son ancetre, la teosinte. Peut-on le minimiser ou même l'éviter ?
R. : Oui, il y a possibilite de dissemination des transgenes lorsque des apparentes sauvages sont presents. Dans les cas ou il n'y a pas d'apparente sauvage (cas du mais en Europe), le risque devient pratiquement nul. En effet, pour que le gène soit dissémine et que cela pose un problème, il faut qu'il y ait interfécondation, que le transgène s'insère (s'introgresse) dans le génome de l'hybride, que l'hybride soit fertile et que le transgène s'exprime dans son nouvel environnement génétique en conférant un avantage aux plantes qui le contiennent. Plusieurs de ces étapes sont pratiquement infranchissables naturellement entre espèces éloignées. Cependant cela reste possible ; il est donc souhaitable de distinguer entre les gènes pour lesquels on peut prendre des risques et les autres pour lesquels les risques pourraient être trop importants en cas de transmission horizontale. L'étude de flux de gènes entre plantes cultivées et apparentées sauvages ainsi que la définition de stratégies de déploiement des variétés modifiées par sélection traditionnelle ou transgénèse représentent des investissements importants à l'IRD.
R. : Nous ne le savons pas. Des etudes sont en cours.
R - Pour les deux herbicides cites, oui.
R. : Elle ne devrait avoir aucun effet sur la diversité des plantes non cultivées. Le nombre d'espèces et de variétés cultivées a diminue bien avant l'apparition des OGM. L'utilisation des OGM ne va pas réduire les programmes de sélection de nouvelles variétés.
R. : Les essais réalisés dans le laboratoire qui ont été décrits présentent une situation extrême qui ne reflète pas les conditions naturelles de vie du papillon. De plus, dans la nature, le monarque ne se nourrit pas sur le mais.
R. : Des tests d'évaluation de toxicité des plantes transgéniques résistantes aux insectes ont ete mis au point sur les abeilles à l'INRA. Ces tests sont indispensables pour s'assurer que les plantes transgéniques n'ont pas d'impact sur la survie ou le comportement des abeilles.
R. : Oui, au même titre qu'ils acquièrent des résistances lorsqu'ils sont confrontes aux insecticides traditionnels. Les stratégies de déploiement (zones refuges) des OGM devraient permettre de réduire significativement les possibilités d'acquisition de résistance.
R. : Du ressort des législateurs et des juges.
R. : Les OGM sont de puissants outils de recherche en agronomie comme en médecine. Pour ce qui est de leur utilisation en agriculture, quelques années de recherche sont indispensables pour évaluer leur potentiel et les risques qu'ils génèrent ainsi que leurs avantages et inconvénients par rapport aux pratiques actuelles.
R. : La transgenese n'est pas la solution miracle aux problèmes des pays pauvres. Elle n'est qu'un outil permettant de donner de nouvelles solutions a des problèmes plus ou moins ponctuels. Les OGM ne permettront jamais de résoudre les causes fondamentales de la pauvreté que sont le manque d'accès à l'éducation, au crédit et au marche ; il ne permettront pas la reforme foncière ni celle de l'OMC. Les OGM constituent un outil indéniablement performant pour la recherche en amélioration des plantes. Actuellement et dans de nombreux cas, pour augmenter la production agricole dans les pays pauvres on tente de transférer notre modèle d'agriculture industrielle. Ce dernier est souvent base sur une modification drastique de l'environnement (pesticides, herbicides, engrais chimiques, irrigation intensive...). On veut adapter l'environnement a la culture. La transgenese permet d'envisager l'adaptation des plantes cultivées a l'environnement (résistance aux parasites ; tolérance aux sols alcalins ou acides ; tolérance aux stress hydriques ; tolérance a la submersion...). D'autres domaines dans lesquels la transgenese pourrait être utile aux pays du sud: - la récupération des sols dégradés en utilisant des plantes adaptées ; - l'ajout d'une plus-value aux cultures tropicales en leur faisant produire des molécules d'intérêt pharmaceutique ou industriel ; - l'amélioration de la qualité nutritionnelle des cultures tropicales ; - l'amélioration, la conservation des produits ; - de valoriser les déchets de l'agro-industrie en utilisant des micro-organismes "OGM". Il n'y a pas que des plantes OGM.