3. 5 Le renforcement des formations initiales existantes

 

3.5.1. Justification :

Le CIFRED étant un centre sans mur, ses activités sont à domicilier dans les différents établissements de l’université. Il aura ainsi la responsabilité d’accroître la valeur ajoutée de ces établissements notamment dans les domaines des sciences environnementales par deux mécanismes essentiellement :

 

Pour la formation en DESS, le CIFRED recrutera les étudiants de niveau Bac + 3 ans provenant des facultés et écoles de l’UNB. Pour amoindrir la disparité des qualifications et accélérer la mise à niveau des apprenants, des actions d’appui sont nécessaires au niveau de ces facultés. Pour un démarrage, les actions de renforcement seront limitées à quelques domaines.

 

3.5.2. Domaine des formations agronomiques :

 

L’économie du Bénin repose essentiellement sur le secteur primaire. L’agriculture occupe plus de 70% de la population active et contribue pour près de 40% au PIB. Les problèmes environnementaux en milieu rural évoqués plus haut sont aujourd’hui liés à une agriculture dont la gestion est non durable. Par conséquent, pour contribuer à résoudre ces problèmes, le CIFRED se doit d’appuyer les efforts de formation à la Faculté des Sciences Agronomiques (FSA) à travers une politique de recherche concertée et soucieuse des questions de développement agricole.

 

3.5.3. Domaine des formations axées sur la Pollution :

 

Le groupe CDD/Pollution a obtenu un financement dans le cadre des PPDD qui a permis l’équipement du laboratoire d’analyse des facteurs de pollution de l’environnement au Collège Polytechnique Universitaire (CPU). Le CIFRED s’appuiera sur ce laboratoire surtout pour la réalisation de son projet d’observatoire de la Pollution (sous-programme OBSERVE) qui en contrepartie sera renforcé et bénéficiera du financement des mémoires de recherche.

 

3.5.4. Autres mécanismes de renforcement:

 

Toutes les missions d’évaluation à l’UNB ont fait le constat d’un développement accru des capacités professionnelles au niveau de deux établissements : la FSA et le CPU. L’appui des coopérations extérieures notamment néerlandaise pour le premier et canadienne pour le second en est un des facteurs explicatifs. Ces coopérations ont surtout développé une politique de formation des ressources humaines qui a permis aux deux établissements de disposer de jeunes cadres talentueux. Ainsi pour favoriser les avantages comparatifs et permettre leur participation au CIFRED, les enseignants des autres facultés bénéficieront de façon prioritaire des activités de recyclage prévues dans ce programme.

 

Par ailleurs, les projets d’observatoire sur l’Ecologie Urbaine et sur les Instruments Politiques et Economiques d’Evaluation Environnementale qui seront domiciliés dans d’autres établissements de l’UNB, contribueront à y renforcer les capacités de recherche à travers l’appui aux travaux de recherche des étudiants.

 

 

3.6. Du respect des principes de l’Accord sur le Développement Durable : la réciprocité

 

3.6.1 - Objectifs

 

En 1995 les institutions d'enseignement supérieur et de recherche des deux pays ont développé une approche en trois étapes hiérarchiques pour atteindre la réciprocité:

 

1. Informer les partenaires de l'autre pays sur la problématique environnementale de son propre pays, en vue de faciliter une première connaissance.

 

2. Comparer systématiquement les situations environnementales des deux pays (problèmes, solutions, politiques) et identifier les points similaires, tangents et différents. De plus, déterminer les intérêts communs au sujet des problèmes de l'environnement mondial et les priorités d'ASCEND 21 - (Conference on an Agenda of Science for Environment and Development), de fait l'Agenda 21 pour les sciences.

 

3. Développer conjointement des concepts scientifiques et découvrir des solutions pour des problèmes environnementaux; identifier et mettre en oeuvre des solutions pratiques qui visent à une durabilité croissante.

 

Le principe de réciprocité est toujours interprété par les partenaires universitaires comme un défi extraordinaire. Quelques expériences ont été organisées, mais jusqu'à l'heure actuelle les résultats restent modestes.

 

Dans le cours-atelier "Pollution", organisé en 1996, l'objectif de réciprocité se traduisait par un échange d'information sur le terrain de la pollution dans les deux pays. La problématique de pollution aux Pays-Bas ainsi que celle-ci au niveau mondial faisaient partie du contenu du cours-atelier. Quelques résultats de cet atelier en ce qui concerne la problématique de pollution au Bénin ont été inclus dans les cours à la RUG et dans la formation des étudiants des options spécialisées à l’ HvA.

 

De même dans le cours-atelier "Energies Renouvelables" de 1996, l'aspect réciprocité a représenté un objectif de base primordial. L'idée a été suggérée que les groupes d'étudiants inscrits à ce cours à l'UNB et aux Pays-Bas, collaboreront aux mêmes types de travaux dirigés ou pratiques, en échangeant des expériences et des solutions. Malheureusement, cet objectif n’a pu être atteint.

 

Le Projet "Développement de Produits Compatibles avec un Développement Durable’’ (Sustainable Product Development) a mis en oeuvre la réciprocité de manière créatrice. Ce projet ne s'est pas orienté vers un transfert de connaissances du Nord au Sud, mais au contraire du Sud au Sud et du Sud au Nord..

 

Les partenaires des deux côtés ont perçu que, bien que la société béninoise diffère forcément de la société néerlandaise d'un point de vue industriel et technologique, les exemples des produits béninois compatibles avec un développement durable peuvent former une contribution précieuse à la technologie des produits durables. Au Bénin, pauvreté et disette ne résultent pas obligatoirement d'une utilisation non durable des ressources mais stimulent également la créativité et encouragent beaucoup de consommateurs et producteurs à utiliser les ressources efficacement et à inventer des applications innovatrices. Les éléments de ces applications peuvent stimuler le SPD, premièrement aux Pays-Bas et deuxièmement à l'échelle internationale par le réseau UNEP/WG/SPD (United Nations Environmental Program/Working Group/Sustainable Product Development) basé à l'Université d'Amsterdam.

 

La première phase du projet a collecté des données SPD déjà disponibles au Bénin, notamment sur les feuilles-emballages. Leur diffusion aux groupes des spécialistes partout dans le monde a été réalisé par le Réseau UNEP/WG/SPD; entre autres les résultats peuvent être consultés sur internet.

 

Finalement, à plusieurs occasions, la problématique du développement durable au Bénin et les principes de l'Accord ont été des thèmes de discussion pendant des cours et séminaires dans les universités néerlandaises. A l'Université d'Amsterdam un symposium sur les possibilités de réciprocité a même été organisé.

 

3.6.3. - Evaluation des premières expériences

 

En octobre 1997 l'Université d'Amsterdam a organisé un symposium pour évaluer les aspects de réciprocité dans la coopération universitaire. En plus des résultats obtenus sur le plan de la réciprocité dans le cadre des Accords sur le Développement Durable, de nombreux autres exemples de la coopération universitaire Nord-Sud ont été discutés.

 

Les conclusions et recommandations du "Amsterdam Symposium on Reciprocity in Higher Education and Research" peuvent être résumées comme suit:

 

- à mesure que les différences en ressources financières et humaines sont plus grandes, la réciprocité sera plus difficile à atteindre, surtout dans les premières phases de coopération, quand le contre-pouvoir des partenaires du sud est modeste, les résultats attendus de la réciprocité ne peuvent être que limités au début.

 

- si au début de la coopération, la réciprocité a été prise comme un objectif important, les procédures de décisions et les formes de coopération faciliteront plutôt un développement de ce contrepoids, que dans le cas où cet objectif est introduit à la fin.

 

- la réciprocité nécessite un esprit ouvert des universitaires du Nord à vouloir apprendre des expériences du Sud. Les traditions et orientations des études de développement sont tellement préoccupées par la situation de sous-développement, pauvreté et dégradation de l'environnement, que les expériences originales et positives des pays du Sud restent inconnues des pays développés. Alors, l’objectif de réciprocité est donc de combler cette lacune en assurant une meilleure information des spécialistes de problématique de la durabilité au Nord sur l'expertise qui existe au Sud sur une problématique analogue.

 

- il existe, dans le domaine des sciences de l'environnement pour la durabilité un nombre de thèmes novateurs et pas encore bien cristallisés qui sont par excellence appropriés pour une collaboration universitaire parce que leur progrès dépend des fécondations réciproques des concepts scientifiques et des expériences pratiques des pays différents. On a à faire à des sujets comme: la maîtrise intégrale des chaînes de production et la fermeture maximale des cycles des matières, notamment par le développement des technologies durables ; la détermination de la capacité d'utilisation de l'environnement mondial ; les paramètres du comportement de consommation et de production, etc.

 

- l'objectif de réciprocité vise également un échange organisé d'idées entre toutes les couches du monde universitaire, y compris les étudiants.

 

- l'établissement d'un centre aux Pays-Bas qui sert comme structure d'accueil pour des chercheurs béninois, costaricains et bhoutanais, où ils peuvent étudier, en étroite collaboration avec des collègues néerlandais, de manière comparative, la problématique de la durabilité néerlandaise, béninoise (ou costaricaine , ou bhoutanaise) et mondiale, pourra assurer systématiquement la mise en oeuvre de la réciprocité. La réalisation d'un tel centre pour l'étude comparative de la problématique de durabilité a été proposée par la Concertation Disciplinaire des Sciences Environnementales de l'Association des Universités néerlandaises (VSNU).

 

- l'échange des vues et des expériences sera plus profond et fructueux s'il se fonde sur une approche pédagogique similaire. La vulgarisation de l'approche pluridisciplinaire, "problem solving/problem oriented" et "learning by doing", aussi bien pour les chercheurs-enseignants que pour les étudiants, est une condition pour réaliser des activités de collaboration avec des résultats concrets et pratiques.

 

Cette approche n'implique pas que les groupes des étudiants (néerlandais et béninois) en contact devront toujours être de même niveau ou de même discipline. La méthode d'éducation par objectifs et par la recherche de solutions aux problèmes vise à s'attaquer aux réels problèmes environnementaux. Une partie importante sera achevée par l'auto-apprentissage.

 

Bien que des échanges sur place paraissent avoir le meilleur rendement, il faut prévoir des investissements considérables en communications par internet, qui auront un fort potentiel d'agrandir les contacts. L'intégration des possibilités d'internet dans la formation et la recherche, pas dans le sens "enseignement à distance" mais dans le sens "échanges expériences" est par conséquent souhaitable.

 

3.6.4. - Activités et Cadre de coopération

 

La mise en oeuvre de la réciprocité dans la formation diplômante et la recherche se fera comme suit.

 

(i) Formation

 

- Là où cela s’avérera utile et possible, les aspects de la problématique de durabilité aux Pays-Bas seront introduits aux modules de formation à l’UNB, et les aspects de la problématique de durabilité au Bénin seront introduits aux modules de formation dans les institutions partenaires aux Pays-Bas :

. - Des groupes d'étudiants inscrits au CIFRED et aux Pays-Bas collaboreront aux mêmes types de travaux dirigés ou pratiques, en échangeant des expériences et des solutions. Cet objectif nécessite dans la première phase une acquisition supplémentaire de connaissance dans les domaines concernés. Dans une dernière phase, un groupe d'étudiants béninois suivra un cours théorique combiné avec des aspects pratiques par la formation type "problem-oriented". Les problématiques de développement durable des deux pays seront échangées par communication électronique entre les étudiants néerlandais et béninois à des fins d’analyse réciproque et comparative.

 

- Pendant la rédaction des modules pour l'UNB les possibilités d'échanges des point de vue avec des étudiants néerlandais par internet devront être exploitées. Les partenaires néerlandais devront garantir la création des activités de formation aux Pays-Bas qui servira au même but.

 

- L'échange des étudiants sera réalisé par l'organisation des stages de terrain communs alternativement au Bénin et aux Pays-Bas;

 

(ii) Recherche

 

- Les chercheurs-enseignants de l'UNB en mission aux Pays-Bas et les universitaires néerlandais en mission au Bénin présenteront au moins une fois par mission une conférence sur leur préoccupation en matière de développement durable ou participeront à un cours dans le même esprit. Les conférences pourront évoluer vers une série régulière de conférences-débats pour le monde universitaire, ainsi que pour un public plus grand.

 

- Les partenaires néerlandais devront faire des efforts pour faciliter la participation des

béninois aux conférences internationales et aux moyens de publication.

 

- L'établissement aux Pays-Bas d'un centre d'étude comparative de la durabilité

néerlandaise sera stimulé. Dans la première phase le centre servira comme un réseau d'accueil pour des chercheurs béninois (costaricains et bhoutanais) pour l'étude comparative, en collaboration avec des collègues néerlandais, de la durabilité mondiale, néerlandaise et béninoise.

(iii) Les institutions de l'enseignement supérieur et de la recherche néerlandaises et la Charte Copernicus

 

Suite à l'Agenda 21, résultat du Sommet de Rio de 1992, la Conférence des Recteurs Européens, une association de plus de 500 universités et institutions de l'enseignement supérieur en Europe, a adopté en 1993 la Charte Copernicus. Par la suite, la quasi totalité des universités et institutions de l'enseignement supérieur néerlandaises ont signé ladite charte.

 

La Charte Copernicus a pour but de promouvoir la compréhension et la connaissance de l'interaction homme-environnement et la coopération en ce qui concerne la résolution des problèmes environnementaux.

 

Les signataires se sont engagés à :

- réaliser des actions visant le changement des comportements pour un environnement universitaire sain,

- intégrer le développement durable dans la formation,

- intégrer le développement durable dans la recherche,

- favoriser la formation pluridisciplinaire,

- transférer et diffuser la technologie durable,

- coopérer avec des organisations civiles sur le développement durable.

 

Par conséquent, la Charte Copernicus donne un cadre parfait pour réaliser des aspects de réciprocité par les institutions néerlandaises vis à vis de la durabilité de leur société.

 

Beaucoup d’éléments des engagements ci-dessus mentionnés sont déjà contenus dans les paragraphes relatifs à la recherche et à la formation dans le cadre de la coopération avec l’UNB. Néanmoins, les institutions néerlandaises impliquées dans l’Accord sur le Développement Durable s’efforceront d’aller au-delà de cette coopération pour intéresser le monde universitaire néerlandais aux préoccupations de la Charte Copernicus .

(iv) Réseau des centres africains de formation et de recherche en sciences environnementales

Dans leur réunion des 24 et 25 novembre 1997 à Cotonou, les responsables du CEDC (Cameroun), du CIFRED (Bénin) et du CEPAPE (Burkina Faso) ont reconnu l’importance d’un échange continuel d’informations entre eux. Les trois centres ont des liens bilatéraux avec des centres frères aux Pays-Bas (CML Leiden, FRW Amsterdam, CDS/IVEM Groningen). Ces centres du nord ne fonctionnent pas sans aucune difficulté liée à leur caractère pluridisciplinaire ; et rien ne semble donc plus naturel que d’envisager la création d’un réseau entre les six centres universitaires. Il existe déjà des accords cadres bilatéraux. (Rapport Mission de Weesie, et Sawadogo, novembre, 1997). Le réseau pourra s’élargir en temps opportun à d’autres centres comme Dakar, Kumasi et Bamako.