2.2. Le contexte national
Trois événements majeurs ont marqué le Bénin depuis le début de cette décennie : la mise en oeuvre des PAS, la Conférence Nationale des Forces Vives et la dévaluation du Fcfa. Ceux-ci ont imprimé des traits socio-économiques et politiques qui caractérisent le pays jusquà nos jours.
2.2.1. Les caractéristiques socio-politiques
Avec ses 114763 km2 de superficie, sa population denviron 5,4 millions dhabitants en 1994 pour un taux daccroissement annuel denviron 3,0 %, le Bénin abrite une mosaïque de groupes socio-culturels venus de plusieurs horizons dAfrique.Il est découpé en six départements dont trois sont situés au sud (Atlantique, Mono et Ouémé), un au centre (Zou) et deux au nord (Atacora et Borgou). Létude sur les conditions de vie en milieu rural (ECVR) a montré que 17% des ménages ruraux sont en dessous du seuil de pauvreté alimentaire et 37% en dessous du seuil de pauvreté globale (PNUD-MDR,-1996).
En 1993, le PNB par habitant est de 430 dollars américains et le PIB réel par habitant corrigé sur la base du pouvoir dachat est de 1650 dollars américains. Entre 1991 et 1995, le PIB du pays a cru au taux annuel de 4,6% et est estimé aux prix courants à 1.057 milliards de Fcfa en 1995 contre 848 milliards en 1994.
La population active est de 47% de la population totale. Avec une espérance de vie égale à 47,6 ans, le Bénin se situe en dessous de la moyenne des pays les moins avancés: 50,9 ans (PNUD, 1995). Entre 1988 et 1993, seulement 34% de la population ont accès aux services dassainissement et 51% à leau potable.
Le Bénin dispose de 11millions dhectares de terre émergée dont 20% de terre arable. Le couvert forestier est de 4.827.000 ha dont les forêts classées représentent une superficie de 2.115.828 ha; les forêts non protégées sont soumises à une dégradation accrue au rythme de 100.000 ha/an (Houéto et Djogbénou, 1991). Les causes de cette déforestation sont diverses, mais très souvent liées aux conditions de pauvreté des populations. La principale source dénergie est le bois et les autres formes de biomasse (86%); les hydrocarbures (11%) et lélectricité (2%) sont faiblement utilisées, bien que le pays dispose de potentialités énormes à ce niveau et que limportation de ces formes dénergie coûte à lEtat environ 20% des recettes dexportation (Houéto et Djogbénou, 1991).
Le coton contribue pour 11% au PIB agricole et pour 3,7% au PIB global (INSAE, 1996). Il apparaît que léconomie nationale repose principalement sur une culture , ce qui est loin de la logique de stabilité à long terme puisquune telle situation est extrêmement risquée. Pire encore, moins de 20% de la production cotonnière sont transformés par lindustrie béninoise (Biaou et al, 1997). Selon ce dernier, la quasi totalité de la valeur ajoutée est exportée: lenvironnement du pays est ainsi exporté puisquon a dû utiliser les ressources naturelles pour produire ce coton.
2.2.2. Le contexte politique
Le contexte politique du Bénin depuis 1990 est marqué par lavénement du pluralisme démocratique après près de deux décennies de marxisme-léninisme. Sur le plan du développement, le pays a opté pour léconomie de marché appuyée en cela par des Programmes dAjustement structurel. Le paysage politique est constitué dune centaine de Partis Politiques avec la mise en place de presque toutes les grandes institutions prévues par la constitution de décembre 1990 (Cour Constitutionnelle, Assemblée Nationale, Cour Suprême, Conseil Economique et Social, Haute Autorité de lAudiovisuel). Depuis lère de la Troisième République, le Bénin a organisé deux élections relatives à la magistrature suprême : celle de 1991 gagnée par le Président SOGLO et celle de 1996 gagnée par le Président KEREKOU.
Le climat politique actuel offre lavantage dun appui direct aux groupes socio-économiques vulnérables (femmes, enfants, pauvres des milieux ruraux...) et aux institutions étatiques à la base.
2.2.3. La problématique environnementale au Bénin
Les problèmes environnementaux au Bénin se posent différemment en milieu rural et en milieu urbain.
Dans les centres urbains, il faut surtout considérer la pollution par les ordures contenant les quantités importantes de matériaux non biodégradables (plastiques, piles, métaux lourds), les déchets industriels, les gaz déchappement des camions, voitures et motocyclettes, et autres nuisances sonores.
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Dans les principales villes comme Cotonou, la zone industrielle est envahie par les habitants, exposant du coup les populations à la pollution atmosphérique causée par les gaz et les poussières issues des usines (brasseries, cimenteries, huileries) Le taux de couverture pour lassainissement en milieu urbain est estimé à 45%. La situation est dramatique en ce qui concerne lévaluation des déchets solides où des tas dimmondices jonchent les voies, places publiques et autres parcelles non bâties. Les différentes composantes de lassainissement se présentent comme suit: - évacuation des eaux pluviales : 20% - évacuation des excrétas : 70% - évacuation des déchets solides : 40% Houéto et Djogbenou, 1991 |
Dans les centres ruraux, il y a quatre domaines à distinguer :
- la dégradation des pâturages et des espaces cultivés liée à la transhumance, avec les conflits éleveurs/agriculteurs qui en découlent,
- la baisse de fertilité des sols par surexploitation (pression démographique);
- la dégradation des espaces protégés (forêts classées, parcs..) pour la recherche des bois de feu et des matériaux de construction, sans un plan de reconstitution de la flore,
- La pollution des eaux et des sols (engrais, pesticides) et le comblement des plans deaux continentaux par lérosion des berges, suite au déboisement de celles-ci.
En outre, il y a comme dans dautres pays de la sous-région, le problème de lérosion côtière due aux effets néfastes des aménagements hydrauliques et portuaires, et aussi à un lent relèvement du niveau marin.
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Une bonne partie des terres du Sud et du Nord-Ouest du Bénin sont aujourdhui dégradées et certains irrésistiblement. Dans le département du Mono, Van der Pol, Gogan et Dagbénonbakin (1994) ont montré que léquilibre entre lapport en nutrients et leurs exploitations par les cultures est déjà rompu : cette situation est préoccupante et mérite des solutions urgentes et durables. Dans le Borgou, la détérioration physique des sols superficiels (formation de croûte structurale en surface) et lérosion des sols sont les phénomènes significatifs inquiétants identifiés (Berkhout et Paris, 1994).
En outre, la faible productivité des cultures notamment vivrières au Bénin exacerbe le caractère consommateur despace de lagriculture, et par suite, son impact négatif sur les ressources naturelles. Cette faible productivité est due essentiellement à la faible performance ou à linadéquation des systèmes de recherche et de vulgarisation (incluant la formation des producteurs), celles des mesures ou mécanismes daccompagnement qui sont mis sur pied (crédit, appui aux organisations paysannes etc.) et linexistence des systèmes dirrigation au niveau paysan. Notons aussi que lincapacité de ces systèmes à donner une réponse rapide et dynamique à la situation de dégradation des sols des zones de forte pression, amène les populations à émigrer massivement vers des zones à pression faible. Cette migration nest pas une solution durable aux problèmes qui se posent. Elle engendre souvent des conflits : doù la nécessité dune réglementation foncière locale adaptée. (Biaou et al., 1997). |
Cette vision différentielle des problèmes environnementaux selon que lon est en milieu urbain ou en milieu rural se répercute sur leur gestion institutionnelle.
Beaucoup déplorent la multiplicité des institutions et imputent les difficultés dune gestion rationnelle à deux faits :
Le Bénin ne dispose pas dinstitution véritable qui aborde au cours des formations les questions de léducation environnementale avec une vision globale et une approche intégrée. Le déséquilibre fortement remarquable entre les diverses spécialisations est lune des causes principales de la faible intégration des activités dans le secteur rural et de la mauvaise gestion de lenvironnement. Léducation au niveau rural et urbain, au niveau secondaire et supérieur, devrait avoir un sens social et écologique.
Malheureusement, à létape actuelle, le Bénin compte à peine 400 personnes qui soccupent réellement de lenvironnement à travers différentes activités : protection du couvert végétal, prévention de la santé publique, lutte contre lérosion, lutte contre lenfouissement des déchets toxiques, etc.
(ii) Raison dordre politique et institutionnel
Le succès dun programme environnemental dépend dans une large mesure de la capacité des pays à travers les institutions, à mener à bien ce programme. Une politique claire, basée sur des lois qui facilitent lintégration de tous les acteurs de la gestion de lenvironnement, depuis les décideurs jusquaux utilisateurs, est fondamentale. Les responsabilités dans la destruction de lenvironnement et les pouvoirs de contrôle de la gestion doivent se baser sur les lois. Cette politique ne semble pas encore naître au Bénin, ce qui ne favorise pas les actions entreprises ça et là pour la sauvegarde de lenvironnement.
Pour les quelques institutions qui se chargent de la gestion de lenvironnement, les budgets ne cadrent pas souvent avec les besoins réels. Les besoins en cadres techniques compétents sont loin dêtre pourvus (Houéto et Djogbénou 1991).
2.2.4. La politique nationale en matière de développement durable
Deux aspects sont inédits dans la politique de développement du Bénin : laccent mis sur lapproche participative et la prise en compte de la dimension environnement. Les programmes, projets et activités mis en relief sont à planifier et exécuter par tous les acteurs du développement économique de la nation avec laide des partenaires internationaux. LAccord sur le Développement Durable entre le Bénin et les Pays-Bas a fait de la participation un principe directeur. Une émanation de la prise en compte de la dimension environnement est le PAE (Plan dAction Environnemental) qui a vu le jour en juin 1993 (le processus délaboration a commencé en 1990). De plus, lenvironnement et le développement sont traduits dans les plans nationaux de développement et mieux dans lAgenda 21 National conformément à la résolution n°47/190 du 22 décembre 1992 de lAssemblée Générale de lONU.
LAgenda 21 National du Bénin a été adopté en conseil des ministres du 22 janvier 1997. Ce document politique clé récemment achevé, a formulé clairement la stratégie et les priorités du Bénin en matière de développement durable.
L'Agenda 21 béninois reconnaît que, malgré le progrès réalisé ces dernières années, les aspects de durabilité, ne sont pas encore suffisamment pris en compte dans la planification économique et sociale du Bénin. Le défi que le Bénin devra relever est non seulement de maintenir pendant longtemps un niveau élevé de croissance économique, mais aussi de le combiner avec une exploitation durable des ressources.
Le document observe ensuite que les genres de vie varient en fonction du choix que les sociétés opèrent entre les ressources et leur utilisation suivant un système de valeurs, et que les problèmes de développement béninois sont liés a l'adoption insuffisamment réfléchie des normes et valeurs de cultures étrangères.
En ce qui concerne la conservation et la gestion des ressources aux fins du développement, les exigences croissantes ainsi imposées aux ressources naturelles ont donné lieu à la perturbation de nombreux écosystèmes essentiels à l'économie, notamment l'érosion, la désertification, le déboisement, la pollution de l'air, des sols et des eaux et la perte en diversité biologique.
L'Agenda 21 National du Bénin plaide pour un renforcement du rôle des principaux groupes socio-économiques à la prise de décisions et à l'évaluation des effets de tout programme de développement lié à l'environnement. Finalement, le document souligne que le financement de l'Agenda 21 National doit être issu de la conjonction des ressources intérieures et extérieures et le transfert de techniques et technologies écologiquement rationnelles.
S'agissant de la science au service du développement durable, l'Agenda 21 National retient comme objectifs: le renforcement des capacités de recherche dans le domaine de l'environnement pour le développement durable, la prise en compte des références scientifiques autochtones et locales et l'amélioration de la coopération scientifique avec des institutions étrangères par des programmes de recherches interdisciplinaires.
Par ailleurs, le Bénin a ratifié ces dernières années plusieurs Conventions et Accords internationaux relatifs à lenvironnement tels que la Convention sur la Diversité Biologique, la Convention Cadre sur les Changements Climatiques, la Convention sur la Désertification, le Protocole de Montréal etc... Sur le plan national, une loi-cadre sur lenvironnement a été élaborée et est à létude dans les Commissions Spécialisées de lAssemblée Nationale. Des textes réglementaires y afferant sont en cours délaboration et viendront sajouter aux différents codes déjà existants (code forestier, code de lhygiène et de lassainissement, code minier).
Depuis 1992, le Bénin sest doté dun ministère de lEnvironnement, qui à défaut dune coordination des actions de plusieurs départements ministériels, doit au moins permettre au pouvoir public une lisibilité des faits socio-environnementaux. Deux grandes structures dexécution en matière denvironnement et de développement durable ont été créées ces trois dernières années : il sagit de lAgence Béninoise pour lEnvironnement (ABE) et du centre Béninois pour le développement Durable (CBDD)
LABE est lune des structures-clefs chargées de la mise en application des actions définies dans le PAE :
* Léducation, la formation, la sensibilisation et la communication;
* La recherche-action sur les terroirs
* La gestion de la biodiversité biologique
* La gestion des ressources en eau
* Lamélioration du cadre de vie rural;
* Lamélioration du cadre de vie urbain
* Le cadre institutionnel et législatif, le système dinformation sur lenvironnement.
Ces priorités impliquent que des recherches soient menées tant dans le domaine des sciences de la société (économie, droit, sociologie, aménagement du territoire) que dans celui des sciences naturelles (eaux, sols, flore, faune et climat)
Suite à la signature de lAccord sur le Développement Durable entre le Bénin et les Pays-Bas, il a été mis en place une structure nationale chargée dencadrer et danimer les actions prioritaires devant assurer la durabilité de la société béninoise. Il sagit du Centre Béninois pour le Développement Durable (CBDD), dont le plan stratégique et le plan daction biennal (1997-1999) ont identifié des priorités en matière de recherche-action pour garantir la durabilité du développement économique et social du Bénin :
* évaluation analytique des cadres juridiques, logiques, structurels et directeurs pour un développement durable du Bénin ;
* appui aux programmes/projets pertinents à grande valeur ajoutée dans les domaines prioritaires conformes aux objectifs du plan
* construction de sa base organisationnelle et matérielle ;
* recherche des voies et moyens pour se faire connaître, senraciner dans la société béninoise et simposer à terme en tant quinstitution clé pour le développement durable du Bénin.
Du point de vue des actions concrètes, divers projets sont en cours de réalisation. Au nombre de ceux-ci, on peut citer le Projet de Gestion des Ressources Naturelles(PGRN), le projet dAssainissement en Communication et Information pour lEnvironnement (PACIPE), le programme de Gestion des Plans deau du sud-Bénin, le Programme dAménagement des Zones Humides (PAZH) etc....
Tout cela témoigne de lancrage progressif de la conscience environnementale dans les centres de décision du pays et offre un cadre favorable à lexécution de programmes comme celui quenvisage lUniversité Nationale du Bénin relatif à la coordination et au développement des sciences environnementales.