L'analyse de la question de la sécurité alimentaire passe également par la considération des céréales importées. On entend par céréales importées celles qui sont produites à l'extérieur des cinq pays de la sous-région. Il s'agit essentiellement du riz d'origine asiatique et de maïs acheminé au titre d'aide alimentaire. Un des enjeux est de savoir si ces céréales sont complémentaires ou si elles sont concurrente des céréales locales. En d'autre terme leur acheminement dans la sous-région pénalise-t-il la céréaliculture locale ? Cette fiche thématique n'a pas la prétention de résoudre le problème. Mais, en s'appuyant sur trois cas relativement bien connus, on peut constater que la réponse n'est pas aussi simple qu'on le croît et qu'elle varie d'une situation à une autre.
Le premier est le Niger, où une analyse comparée de l'évolution des approvisionnements extérieurs : importations et aides et de la production locale, peut conduire à estimer que les importations concurrencent la production locale. Alors que celles-ci croît moins vite que la population, la proportion des céréales importées représentaient au cours de la période 1986-1990, près de 42% des volumes de céréales commercialisés au Niger. La prise de conscience de cette réalité avait d'ailleurs pousser les autorités nigériennes à instituer un quota de la production nationale à acheter pour toute opération d'importation de riz. C'est dire qu'au-delà des aléas climatiques qui constituent un obstacle à la production, les approvisionnements extérieurs peuvent livrer une concurrence à la production locale.
Le cas du Bénin est atypique. Les approvisionnements extérieurs de céréales de ce pays ont parfois représenté plus de 80% des volumes commercialisés. Les importations ont pendant longtemps alimenter la réexportation en direction du Nigeria. Au delà du fait que certaines études ont montré que le simple transit de ces céréales au Bénin a une incidence sur le niveau des prix du maïs au marché de Dantokpa, elles n'ont pas empêché la production des céréales locales de croître à un taux supérieur à celui de la population.
La situation du Nigeria est plus complexe. L'embargo sur les importations de riz et de blé n'ont pas permis la relance de ces deux produits mais, la production du maïs a été multipliée par 2,5 et celle des tubercules par 2, permettant de faire face avec assez d'efficacité à la demande alimentaire intérieure et celle des agro-industries. On peut au regard de ces trois cas de figure conclure que la sécurité alimentaire est tributaire de la nature de la stratégie de la politique agricole. Dans le contexte actuel, elle dépend moins des politiques nationales, que de l'interférence heureuse des marchés régionaux. La question qui vient cependant à l'esprit est de savoir jusqu'à quand le Nigeria pourra continuer de jouer le rôle de pourvoyeur régional des céréales.
Alors que trois pays (Niger, Tchad et Cameroun) sont déclarés déficitaires pour la campagne 97-98 et que l'offre au Nigeria s'annonce médiocre, il y a lieu de s'inquiéter à propos de la prochaine période de soudure. Un suivi attentif de la commercialisation des céréales au cours des prochains mois dans l'ensemble du sous-espace est donc nécessaire pour prévenir des difficultés alimentaires sérieuses lors de la prochaine période de soudure.