Les causes possibles de cette situation sont de plusieurs ordres. On distingue : i) les facteurs conjoncturels, (la pluviométrie , les attaques des prédateurs) et ii) les facteurs plus structurels (inefficacité des politiques agricoles, décalage entre croissance démographique et croissance de la production, effet de la dévaluation et " l'effet Ramadan "(1).
Au sud du Bénin durant les campagnes de production 95-96 et 96-97 comme partout ailleurs dans le sous-espace, les aléas climatiques sont la cause première des mauvaises récoltes. Aussi, l'essor que connaît la culture du coton peut-il expliquer la baisse de la production céréalière. Les espoirs fondés sur les arrières effets des engrais coton pour développer les productions de céréales ont été hypothéqués par l'insuffisance de la main d'œuvre agricole qui préfère s'adonner à la culture de l'" or blanc ".Aux aléas climatiques se sont ajoutés, les attaques des criquets, des sauterelles, des oiseaux, des animaux granivores et autres rongeurs au Cameroun et au Tchad.
Hormis le faible niveau de l'offre, la dévaluation du Fcfa qui a entraîné la hausse des prix des denrées alimentaires importées " tire " vers le haut les prix des céréales locales.
Quant aux politiques céréalières affichées dans les différents pays, celles-ci visent à garantir une offre adéquate en quantité et en qualité à la population. Mais dans la pratique les conditions de réalisation de cet objectif font vraiment défaut. Par exemple la politique des intrants au Bénin est à la faveur du coton de même que l'organisation de la commercialisation.
Au Nigeria, la baisse de la production céréalière ces deux dernières années est surtout liée à la perturbation dans les circuits de distribution des intrants. En effet, avant la suppression des subventions, les producteurs avaient accès aux intrants par le biais du marché parallèle à des prix souvent dix fois supérieurs au cours officiel(2). Les différents types d'engrais étaient négociés à 1500 voire 2000 Naira le sac de 50 kg contre 150 naira au prix subventionné. Même à ce prix seuls les producteurs qui ont de bonnes relations avec les commerçants arrivent à se procurer les engrais. Le recours à la fumure organique s'est limité aux petites exploitations. Cette situation n'est pas sans incidence sur le niveau de l'offre dans les pays voisins quand on sait que les producteurs de ces pays surtout les riverains des zones frontalières sont très dépendants des engrais nigérians. Du fait de sa rareté, le produit n'est plus employé au Bénin et même au Niger. Cette situation des intrants agricoles explique en grande partie la baisse de la production au Nigeria et même dans certains pays voisins. Mais, dans les pays sahéliens notamment au Niger et Tchad, c'est la conjonction des facteurs conjoncturels et structurels cités plus haut, qui explique le plus la stagnation voire la baisse de la production céréalière, dans un contexte de croissance continue de la population ( 2,5 et 3% par an).