Perspectives



L’avenir du commerce régional d’hydrocarbures nigérians sera conditionné par 3 facteurs:

- la suppression de la " border zone ". En effet, à partir de juin 95, l’installation de stations-services dans la zone frontalière est à nouveau autorisée au NIGERIA.

- la réduction de la production de produits pétroliers raffinés au NIGERIA. En effet, l’autosuffisance du Nigeria en produits pétroliers raffinés est assez précaire. Ainsi, au début du second semestre 95, la raffinerie de Kaduna a due être fermée (pour effectuer des travaux de maintenance). C’est en prévision de la baisse de l’offre (d’environ 110000 barils/j) qui allait en résulter, que le Nigeria a importé 129000 t de produits pétroliers en juillet. La fermeture de la raffinerie de Port-Harcourt (la plus importante du pays) depuis le 06 novembre 95 à la suite d’un sabotage risque ainsi de rendre le Nigeria nettement déficitaire en produits pétroliers raffinés. Le Nigeria va donc devoir faire appel aux importations. Mais comme les prix en vigueur dans les stations-service nigérianes sont nettement plus bas que les prix mondiaux, ces importations engendreront une perte fiscale pour l’État nigérian ou (plus probablement) nécessiteront une hausse des prix à la pompe.

- la baisse de la naira par rapport au FCFA. Celle-ci est légère mais continue depuis le début 95. Elle pourrait en outre s’accentuer dans les prochains mois du fait de la nécessité pour le Nigeria d’importer des quantités importantes de produits pétroliers raffinés... en outre, le pétrole brut que le NIGERIA exporte sur les marchés mondiaux (le Bonny Light) se vend à bas prix en ce moment (environ $16,3 le baril).

Concernant le BÉNIN, la " privatisation " de la SONACOP programmée dans le cadre du PAS III (en fait la vente de 75% de son réseau de distribution à des opérateurs privés béninois ou non) pourrait induire de nouvelles augmentations des prix à la pompe.

Il est donc vraisemblable qu’on assiste dans les prochaines semaines à une augmentation importante des prix à la pompe au NIGERIA. En effet, par le passé, les deux hausses de prix (de novembre 93 et d’octobre 94) ont été pratiquées suite à une période de pénurie. La pénurie apparaît donc comme un bon moyen pour faire accepter les hausses de prix par les populations(1). Il est vraisemblable que le gouvernement nigérian cette fois encore profitera de la pénurie pour augmenter les prix à la pompe.

Suite à cette augmentation des prix au NIGERIA, les exportations vers les pays de la zone franc vont-elles se poursuivre?

Certes, elles seront favorisées par la suppression de la border zone et par une éventuelle baisse de la naira... Tout dépendra de l’ampleur de l’augmentation de prix qui sera vraisemblablement pratiquée au NIGERIA.

Cependant, l’hypothèse la plus probable est que les exportations vers les pays de la zone franc vont être considérablement ralenties (peut être un peu moins au CAMEROUN du fait de l’importance du différentiel de prix actuel entre carburant nigérian et camerounais), à l’exception peut être du BÉNIN dans l’hypothèse où la libéralisation du système de commercialisation des produits pétroliers conduirait à de fortes hausses de prix dans ces pays. On peut dès lors supposer que, dans les pays de la zone franc, le marché parallèle continuera à assurer l’approvisionnement des campagnes mais cette fois en grande partie à partir d’hydrocarbures achetés par les petits trafiquants dans les stations-services de leur propre pays. En outre, il est possible que, pendant la durée des pénuries au NIGERIA, les pays de la zone franc jouent un rôle dans l’approvisionnement de ce pays (comme cela avait été le cas en juillet-août 1994).

1 - L'augmentation des prix à la pompe au Nigeria était pronée depuis longtemps par le FMI. Cependant, cette mesure n'avait pas été appliquée en raison de son caractère impopulaire.
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