Peu de béninois ou camerounais ignorent l’importance du Nigeria dans l’économie de leur pays. L’aspect qui saute le plus aux yeux est sans doute la participation du Nigeria dans l’approvisionnement de ses voisins en céréales et en produits manufacturés.
Si les flux de produits manufacturés sont structurels et s’ils ne se sont jamais taris en deux ans, il reste que plusieurs facteurs rendent la capacité des produits nigérians à s’imposer sur les marchés francophones fluctuants.
Il faut, pour cerner l’ensemble des raisons expliquant cette fluctuation, ajouter aux composantes habituelles de la compétitivité (taux de change et inflation) le degré de contrôle des frontières.
Du fait de la faible inflation observée dans les pays de la zone-franc, le facteur monétaire (l’évolution du taux Naira / Fcfa sur le marché parallèle) a pénalisé les exportations de marchandises d’origines nigérianes. Le prix libellé en Fcfa des produits provenant du Nigeria a augmenté de 9% entre 1996 et 1997 (en comparant les moyennes annuelles des taux de change de ces deux années). Entre janvier 1996 et décembre 1997, l’appréciation du Naira face au Fcfa s’élève même à 18%.
Cette évolution pèse lourd face à l’inflation qui n’a guère dépassé les 3% en un an, au Niger et au Bénin
A priori si par phénomène monétaire les produits nigérians vendus dans les pays de la zone-franc augmentent de 9% alors que l’inflation dans ces pays est de 3% le calcul est vite fait. On peut rapidement conclure à une perte de compétitivité des produits nigérians dans la sous-région (et inversement d’un contexte favorable pour les flux allant de la zone-franc vers le Nigeria).
Il reste cependant à considérer, qu'en comparaison avec les années précédentes le contexte des années 1996 et 1997 a été plus favorable pour les exportations nigérianes. Il ne s’agit là que d’une analyse partielle.
La politique de rigueur adoptée depuis 1995 a en effet eu pour conséquence une forte réduction de l'inflation. Elle a été réduite de 72,8% en 1995 à 8,5% en 1997 (source : CBN) sous l'effet de la morosité de la demande interne.
Les effets de cette politique sont perceptibles dans l'évolution des prix des produits nigérians vendus dans la zone-franc. Le dispositif de suivi des prix par origine, mis en place par notre observatoire des échanges régionaux, permet en effet de constater que depuis septembre 1996, les prix des produits de fabrication béninoise vendus à Cotonou ont eu tendance à augmenter davantage que les produits fabriqués au Nigeria. Le graphique ci-dessous indique clairement que depuis 1994, la constatation était inverse.

