Acteurs du commerce transfrontalier, les mutations des situations de rente
En matière de commerce informel, les situations de rente se font et se défont au gré des contraintes que les mesures restrictives prises par l'Etat imposent à ses animateurs.
La succession de mesures, oblige les acteurs à s'adapter et à modifier régulièrement les systèmes qu'ils utilisent pour faire transiter les marchandises de part et d'autres des frontières.
La suspension des " acquis " entre le Nigeria et le Bénin est un bon exemple. Lorsque l'Etat béninois tolérait encore un dédouanement forfaitaire des marchandises nigérianes importées, les principaux bénéficiaires de ce système étaient les propriétaires des entrepôts de Lagos.
Avec un tel schéma, la clé de la rentabilité réside dans la capacité à réaliser des économies d'échelles. En effet, le dédouanement se faisant au camion, il est intéressant de regrouper un maximum de marchandise par chargement. Ainsi, cette logique a généré un système de transit oligopolistique, où quelques-uns se partagent l'ensemble des fonctions : rassembler les marchandises et organiser leur acheminement jusqu'à Lagos et négocier.
La contrebande qui a succédé au système des acquis ne s'est pas accommodée, au moins dans un premier temps de cette organisation. Le transit ne pouvant se faire en camion, une multitude de nouveaux intervenants ont proposé d'amener les produits jusqu'à Cotonou avec des bâchées.
Dans ce même contexte d'abandon du système des acquis, on a vu se développer la fraude lacustre. Pour multiplier les voies d'accès pour les marchandises, des gens se sont regroupés et ont creusé des petits canaux. Une fois que ces voies sont opérationnelles, ces personnes se répartissent les tâches à accomplir (piroguier pour faire passer les marchandises des canaux nigérians vers les canaux béninois, taxi moto pour les amener jusqu'aux voies bitumées).
Ainsi si au Bénin, les flux de produits nigérians importés se maintiennent, la rente de leurs animateurs n'est pas immuable, mais varie selon les contraintes.
Les écarts dans les sévérités des mesures prises par des états nigérians voisins peuvent également être à l'origine de cette mobilité des situations de rente. Ce fût le cas ce trimestre sur le marché des hydrocarbures dans l'état de Borno, au nord-est du Nigeria.
En août, face à la persistance de la pénurie d'essence, l'action des troupes en charge de la lutte contre le marché parallèle a été renforcée.
Les propriétaires des stations à essence de cet état ont subit une détérioration de leur situation. Les cartes de contrôle de la consommation d'hydrocarbures qui ont été distribués aux automobilistes (voir les échanges) ont empêché les détournements de carburant du système officiel vers le marché informel.
En outre, les propriétaires de camions-citernes ne peuvent plus partager avec les propriétaires de stations les gains que cette rente générait. Aussi, il devenait moins rentable pour eux d'approvisionner les stations de l'état de Borno que les stations des états voisins où les détournements restent possibles, du fait de contrôles moins sévères.
En fin de compte, la sévérité des mesures prises dans l'état de Borno a eu pour conséquence d'attiser la pénurie, puisque que les camions-citernes préféraient approvisionner d'autres états. Le marché parallèle est devenu plus rentable, mais les personnes qui l'animaient ont changé.
Au Tchad les consommateurs et les producteurs sont défavorisés par la hausse des prix des produits d'importation du Nigeria. Cette hausse des prix à la consommation est due à l'appréciation du Naira par rapport au Fcfa d'une part et à l'augmentation des taxes sur les échanges commerciaux par le gouvernement tchadien pour l'année en cours.