LES ECHANGES



Hydrocarbures : segmentation du marché

Une véritable segmentation du marché régional des hydrocarbures a pu être observée ce trimestre. Si les pénuries ont été résorbées au sud du Nigeria (particulièrement à Lagos où le marché parallèle a complètement disparu), elles se sont maintenues, avec plus ou moins de vigueur à l'est et au nord du pays.

On retrouve cette dichotomie au niveau du prix du " fédéral " dans les localités voisines du Nigeria. Les prix baissent à l'ouest (Cotonou, Gaya et Malanville), mais augmentent au nord-est (Maradi, Maroua et N'Djaména).

Tableau 3: variation trimestrielle des prix de l'essence

 

essence

gasoil

Lagos

-61.3%

-55%

Gaya

-33%

14,3%

Cotonou

-5,7%

nd

N'Djaména

5,2

-4,8%

Calabar

9,9%

-8,2%

Maïduguri

12,4%

17,7%

Maroua

25,2%

nd

Maradi

30%

26,6%

Pourquoi les importations d'essence, autorisées depuis juillet 1997 par le Général Abacha, ne sont elles pas parvenues à améliorer la situation sur l'ensemble du territoire ?

- Le fait que l'essence importée arrive au Nigeria par ses ports (donc au sud du pays) est peut être un élément de réponse.

- En outre, la décision de confier la réhabilitation de la raffinerie à Total, n'aura évidemment pas un impact immédiat. Cette raffinerie, située dans le nord du pays reste donc improductive.

- Enfin, la ponction exercée par le marché parallèle sur l'essence nigériane ne semble pas être partout de la même intensité. Le prix pratiqué dans les stations des pays voisins pourrait être un facteur différenciant. L'essence ordinaire dans les pays situés au nord et à l'est (Cameroun, 396 et Tchad, 422 Fcfa) est en effet sensiblement plus chère qu'au Bénin ( 175 Fcfa).

Dans ce contexte, on comprend que les Etats nigérians adoptent des politiques qui varient par leur sévérité. Le cas de l'état de Borno est singulier. Une nouvelle structure de contrôle, visant à empêcher les trafiquants (qui exportent l'essence des stations vers le Cameroun ou le Tchad) de s'approvisionner aux stations, a été récemment mise en place. Les cartes d'approvisionnement qui ont été distribuées aux automobilistes les empêchent de se présenter dans les stations plus d'une fois en trois jours.

Au bout du compte, la conjoncture trimestrielle n'a pas été très favorable au commerce transfrontalier. Dans la plupart des localités, le prix du " fédéral " a dépassé celui des stations (voir graphe 6). Cette situation a contraint plusieurs acteurs à se retirer provisoirement mais elle n'a pas induite une cessation complète des activités.

Les possibilités d'obtenir de l'essence à crédit (cas du Bénin) et un meilleur quadrillage du territoire par les vendeurs sont autant de facteurs qui expliquent la persistance du marché parallèle. Le fait qu'il n'y ait que six stations dans la province de l'Extrême-nord au Cameroun est significatif.

Il est également vrai que les commerçants savent s'adapter aux diverses situations. Ainsi, des flux d'essence camerounais achetés à la station et destiné au marché parallèle tchadien ont été signalés. Selon le BFP (Bureau de Fiscalité Pétrolière), 98% de l'essence et 51,2% du gasoil que le Tchad a importé ce trimestre de la sous-région proviendrait du Cameroun. Le reliquat représenterait les flux d'hydrocarbures nigérians vers le Tchad.

Toujours au Tchad, une autre stratégie de diversification, adoptée au cours de ce trimestre, a consisté à l'importation de l'essence et du gasoil de Libye. Les toubous, ethnie installée dans les deux pays ont été les maîtres d'œuvre de ces flux.


Céréales : des effets de la période d'abondance souvent amortis

Céréales locales

L'effet de l'arrivée des nouvelles récoltes céréalières s'est fait sentir, surtout à partir du mois de septembre. Par rapport au mois de juin les prix du mil et du maïs ont baissé dans toutes les localités, à l'exception de Maïduguri dans l'Etat de Borno. La pression de la demande locale et frontalière (tchadienne et camerounaise) auraient même contraint les commerçants de cette région de s'approvisionner dans le " middlebelt " nigérian.

Au Niger, certains commerçants ont en déjà investis certains marchés de collecte nigérians (Sokoto, Jibia) pour constituer des stocks. Cette demande frontalière précoce au Nigeria et la constitution de ces stocks qui raréfient l'offre au Niger a pour conséquence d'amoindrir l'effet saisonnier de baisses de prix.

Les acteurs des filières céréalières se basent sans doute sur les déclarations de déficit céréalier, exprimées par les autorités nigériennes et tchadiennes. Ils ont aussi vraisemblablement remarqué que les prix des céréales (mil et maïs) en septembre 1997 sont considérablement plus élevés qu'en 1996 à pareille époque (voir tableau 4).

Le Bénin fait quelque peu exception. Les prix du maïs sont l'effet d'une bonne récolte.

Même si au niveau régional cet excédent est marginal, elle sera cette année d'autant moins superflu que la production nigériane ne semble pas à la hauteur de la situation. En tout cas, il faudra compter avec un état de Borno, généralement gros producteur, relativement défaillant cette année (voir dans la fiche thématique).

Les céréales importées

Un dernier élément reste à considérer : il s'agit du riz. Les conditions monétaires sont actuellement favorables pour l'importation de ce produit dans les différents pays de la sous-région. En effet les monnaies asiatiques (des pays producteurs) se sont dépréciées face au dollar. Et depuis un trimestre, les monnaies de la sous-région ont regagné du terrain sur le dollar (monnaie dans laquelle est exprimé le prix du riz sur le marché international).

Tableau 4: variation des prix des céréales

 

Maïs

Mil

Riz importé

 

1

2

1

2

1

2

Lagos

-10,6%

23,5%

-7,5%

7,7%

-12,9%

-3,1%

Maïduguri

13.3%

53,5%

4,3%

17,9%

nd

nd

Kano

-12.4%

29,5%

-28,7%

10,7%

nd

nd

Maradi

-3 ,1%

47,6%

-24,8%

22,9%

1,9%

3,8%

Cotonou

-6%

-29,4%

0%

0%

-1,8%

-10%

1 : variation septembre 1997 et juin 1997
2 : variation septembre 1997 et septembre 1996

Produits maraîchers

Le déterminant principal des échanges est l'existence de systèmes culturaux différents. Des oignons et des tomates de contre-saisons sont produits dans le nord (Niger, Tchad et parties nord du Bénin, du Nigeria et du Cameroun). Les récoltes pour ces productions ont lieu principalement entre décembre et mai. Dans le sud (du Bénin, du Nigeria et du Cameroun) les principales productions sont les tomates et les piments. Ce sont des cultures pluviales qui sont mis sur les marchés à partir de juin pour commencer à se raréfier en novembre.

Ces grands traits nous permettent de mieux comprendre les variations de prix trimestrielles consignées dans le tableau 5.

Pour les oignons, le trimestre correspond à une période de raréfaction générale ce qui explique les augmentations de prix observées partout.

Pour les tomates, la situation est différenciée : le sud connaît l'abondance, le nord la pénurie.

Ces différents systèmes de prix ont évidemment des incidences sur la nature des échanges transfrontaliers.

Dans le cas des oignons, les stocks nigériens et nigérian approvisionnent. Mais il semble que l'oignon nigérien est disponible plus longtemps sur le marché. A Cotonou par exemple, il était le seul présent, la production locale et les importations d'oignons nigérians ayant disparu.

Les flux de tomates empruntent le sens inverse : c'est-à-dire qu'ils vont du sud vers le nord. Ainsi, le Niger a été au cours du trimestre approvisionné par des tomates béninoises et nigérianes.

Les petites quantités de tomates que le Bénin exporte généralement vers le Nigeria à pareille époque n'ont pas été observées cette année.

Tableau 5 : variation des prix des produits maraîchers

 

Tomates

Oignons

Mardi

8,4%

30%

Maïduguri

1,3%

nd

Cotonou

-50,6%

31,3%

Lagos

-36%

27,6%

N'Djaména

45,2%

44%

Source : R.E.R












Encadré 1 : Oignon, estimation des marges sur le circuit

Maradi - Lagos

Est-il plus intéressant pour un commerçant d'oignon nigérien d'exporter sa marchandise vers Lagos pendant la période d'abondance (mois d'avril) ou pendant la période de raréfaction.

Le prix d'un sac d'oignon à Maradi en avril était de 5500 Fcfa, soit 825 Naira (si l'on utilise le taux moyen relevé à Maradi au cours de ce mois). A la même époque le prix de vente à Lagos d'un sac d'oignon était de 1280N. Cela représente une marge brute de 35%.

En septembre, le prix moyen d'un sac d'oignon était de 10500 Fcfa (soit 1495 Naira) contre 2100N à Lagos. Avec une marge brute d'environ 19% en septembre, il apparaît que cette année, ce commerce était plus rentable en période d'abondance qu'en période de soudure. Il est vrai également que l'appréciation du taux N/Fcfa entre avril et septembre a participé à l'érosion des marges.

Ce constat nous amène à la conclusion que la clé de la rentabilité du commerce transfrontalier d'oignon est le stockage. Les commerçants capables de stocker des oignons achetés en avril à 5500N aurait réalisé, en vendant sa production à Lagos en septembre une marge brute de 60%. Par rapport à une telle hypothèse (extrême par rapport au temps de stockage envisagé), il serait indispensable pour calculer la marge nette les important frais de stockage.

Produits manufacturés : ciment, une conjoncture propice à la zone-franc.

Le jeu des déterminants se retrouve dans le tableau de variation trimestrielle des prix des produits manufacturés. Il est en particulier intéressant d'examiner en parallèle les évolutions dans des localités proches bien que situées dans des pays différents. On s'est ici intéressé à Kano - Maradi, Maïduguri - N'Djaména et Lagos - Cotonou.

Tableau 6: variation des prix de produits manufacturés

 

détergent

real wax

sucre raffiné

ciment

engrais NPK

Maradi

0,5%

0,1%

nd

14,8%

22,9%

Jibia

4,3%

-1,2%

4,9%

3,8%

-16,7%

N'Djaména

-1,5%

-1,6%

nd

nd

nd

Maïduguri

-6,8%

-5%

0%

7,4%

nd

Lagos

2,9%

-3,5%

-2,9%

1,6%

34,3%

Cotonou

nd

0%

13%

nd

nd

Source : R.E.R

Au Nigeria, les produits de grande consommation (le tissu real wax, le sucre raffiné et le détergent) connaissent la plupart du temps soit des augmentations de faibles amplitudes, soit des baisses significatives. Ces tendances sont amorties dans les localités tchadiennes, nigériennes ou béninoises, voisines. Par exemple si les prix du tissu real wax sont en diminution de respectivement 3,5% et 1,2% à Lagos et à Kano, ils sont pratiquement stables dans les localités correspondantes (Cotonou et Maradi). L'évolution du taux de change et dans une moindre mesure la cherté des coûts de transport (liée à la récurrence de la crise des hydrocarbures dans cette partie de la sous-région) sont les principaux facteurs en cause.

Le cas des engrais est différent. Son prix, influencé par le jeu de l'offre et de la demande, est très dépendant des rythmes agricoles. Il monte en général à partir de l'époque des semis des céréales (et des autres productions).jusqu'à un mois avant la récolte (vers août). De cette situation générale, il est possible de décliner plusieurs nuances.

  1. Dans le sud, il y a deux récoltes, cela explique que la demande soit soutenue plus longtemps.
  2. La même conséquence est induite par la culture de coton. Dans la zone de production cotonnière, les prix ont donc tendance à augmenter un peu plus longtemps.
  3. Enfin, dans le nord, les cultures de contre-saisons exigent l'utilisation d'engrais à partir de fin novembre.

L'augmentation des prix de l'engrais NPK ce trimestre, dissimule des situations en conséquence différentes. En revanche, on peut dire d'une manière générale que l'offre disponible est faible. Cette faiblesse de l'offre serait due à des dysfonctionnements des usines d'engrais. Le niveau des prix s'est aggravé par la suppression de la subvention qui prévalait au Nigeria jusqu'en 1996. A Kano, en septembre 1996, on trouvait l'engrais qui était sorti du circuit officiel pour 800N environ. Un an plus tard il en coûtait 1400N.

L'autre conséquence de cette augmentation a été de réduire les flux transfrontaliers à une peau de chagrin ; là où ils ne se sont pas taris complètement. En effet, avec un tel prix, l'engrais en provenance du Nigeria perd sa compétitivité face aux produits distribués par les structures nationales. C'est le cas à l'extrême nord du Cameroun avec l'engrais de la Sodecoton.

Ce trimestre a également été caractérisé par une augmentation du prix du ciment. En réalité, la situation va vers l'amélioration, d'après les premiers signes de retournement de tendance observés en septembre.

Dans les localités de la zone-franc, de même que pour les produits de grande consommation, le mouvement de hausse des prix a été amplifié.

Cette tendance, si elle persistait pouvait avoir des conséquences néfastes sur le potentiel d'exportation du ciment Nigérian vers ses voisins. La présence de cimenterie (produisant une production de meilleure qualité) dans tous les pays de la sous-région, rend le Nigeria un peu moins indispensable dans ce domaine.

Sur le marché nigérien, en plus du ciment nigérian, on trouve une marque locale (le ciment de Malbaza) et du ciment togolais. La raison du maintient du ciment nigérian est la proximité (par rapport au Togo), et un prix inférieur en dépit de l'augmentation de ces derniers mois.

Ensuite, le Tchad est plus approvisionné en ciment par le Cameroun que par le Nigeria.

Enfin, la production béninoise de ciment et son prix subventionné rend le ciment nigérian peu attractif. On assiste à des flux de ciment dans le sens Bénin-Niger et Bénin-Nigeria. Pour cette dernière destination, les flux les plus importants partent de la cimenterie d'Onigbolo. Cette cimenterie est un consortium entre les deux gouvernements nigérians et béninois pour compléter le marché de ciment des deux pays.

Cette dernière réflexion nous conduit naturellement à nous intéresser à l'industrie de la zone-franc en général. Parmi les pays de la sous-région, le Cameroun vient juste derrière le Nigeria, en matière de développement industriel. Sa production, allumettes, piles, cubes maggi, serpentins anti-moustiques (en plus des traditionnels savons et textiles), en plus du marché local, approvisionne le Tchad, et même un peu le nord du Nigeria. Ces derniers flux sont actuellement avantagés par le taux N/Fcfa.

Dans ce chapitre, il est important de signaler également la récente privatisation de la Sonitextil. La firme productrice de textile a en effet été racheté par des capitaux chinois.

Enfin la réexportation, en matière de commerce transfrontalier de produits manufacturés dans le sens Z-F - Nigeria, occupe une place importante. Ce trimestre, des flux de pneus d'occasions ont été signalées à partir du Bénin bien sûr mais également à partir du Cameroun.

Il est également à signaler un petit contretemps qui a réduit l'intensité de la réexportation de tissu chinois à partir de Cotonou. Un retard dans les commandes a conduit les acteurs impliqués dans ce commerce à une rupture de stocks pour les nouveaux motifs ; ceux qui également les plus prisés en période de préparation des fêtes de fin d'années.

Encadré 2 :

le secteur de la cimenterie au Nigeria

Huit cimenteries participent à une production nationale totale qui avoisine les 2,5 millions de tonnes. Mais pour obtenir le volume disponible de ciment, il faut ajouter à la production le million de tonnes que le pays importe annuellement (chiffre 1995 et 1996 de la CMAN).

Concernant ce secteur, le Nigeria est confronté au problème de la concentration des carrières de gypse (l'un des composants du ciment) dans le nord du pays. Cela a pour conséquence d'augmenter les coûts de production des cimenteries installées au sud, surtout depuis que les autorités ont décidé d'inscrire le gypse sur la liste des produits prohibés à l'importation.

Cet élément ne peut toutefois pas participer à l'explication de l'augmentation du prix du ciment que l'on observe sur les marchés depuis six mois. Elle a eu effet lieu, en dépit de la politique de régulation des prix que les pouvoirs publics mènent auprès des cimenteries. Mais, si l'Etat a le pouvoir de menacer les producteurs (en leur supprimant leur licence de production), il n'a pas d'emprise sur les intermédiaires qui amènent les produits des usines aux consommateurs.

* Source : PEE de Lagos, bulletin n°44

Commerce de bétail : les flux s'intensifient au nord-est de la sous-région

Tableau 7 : variation* du prix du taureau

Maradi

2,5%

Zinder

-4,7%

Jibia

-6,4%

N'Djaména

-13,6%

Maïduguri

-12%

Lagos

2,8%

Cotonou

-7,2%

* var moyenne du prix entre le 3eme et le 2eme trimestre
Source : R.E.R

Deux localités, Maradi et Lagos contredisent une impression globale de baisse des prix. Sinon cette deuxième tendance correspond mieux aux caractéristiques du trimestre. Ralentissement du commerce à cause de la baisse de la demande et de l'offre. La saison des pluies et la fin de la soudure si elles ne coïncident pas à des fêtes sont des facteurs de baisse de l'intensité de ce commerce.

  1. Les pluies ont pour conséquences de propager des épidémies au sein des troupeaux. Cela explique pourquoi les éleveurs préfèrent mettre d'avantage d'animaux sur le marché durant cette période.
  2. La perspective d'une mauvaise récolte céréalière est également un facteur de stimulation de l'offre. Les éleveurs, soucieux d'acheter les céréales lorsque les prix sont bas, se débarrasserai d'une partie de leur bétail.

Des facteurs locaux peuvent également intervenir. C'est le cas ce trimestre à Zinder, où des poches de sécheresses auraient tiré les prix vers le bas.

Cette tendance a clairement eu pour conséquence de stimuler les échanges. Le graphe 7, représentant d'une part le nombre de têtes de bovin exporté par le Tchad vers le Nigeria et d'autre part le bétail Nigérien et Camerounais recensé à Maïduguri indique dans les deux cas une forte augmentation.

Les exportations officielles de bétail nigérien vers le Bénin sont également dynamiques. Entre août et septembre, l'augmentation a été de respectivement 47 et 38% pour les bovins et les caprins.

On peut faire à ce sujet l'hypothèse que de gros commerçants nigérians profitent de cette conjoncture de prix pour constituer leurs stocks, en perspective des fêtes de fin d'années.

En effet, les prix recommencent à augmenter en septembre, peut être à cause d'un début d'intensification de la demande (voir graphe8 ).


Présentation
Résumé
Déterminants
Impacts
Perspectives