Nigeria : puissance sous-régionale
La volonté politique des dirigeants nigérians de positionner leur pays comme la puissance de l’Afrique de l’ouest a été manifeste à plusieurs occasions depuis le début de l’année.
Les domaines d’expression de cette puissance se veulent être double: à la fois politique et économique.
Sur le plan politique, le Nigeria a par exemple joué un rôle essentiel dans la mise en place de la CEDEAO. Le fait que le siège et d’autres organes de cette institution (comme la BAD, Bank of African Developpment) se trouvent au Nigeria en est un témoignage.
Comme pour vouloir affirmer sa place de leader sous-régional, le Nigeria a également passé des accords militaires avec certains pays : le Liberia et la Sierra Leone. Ainsi, dans un contexte de rejet des interventions militaires des grandes puissances en Afrique, un exemple fort a été la tentative des troupes nigérianes de rétablir le président déchu en Sierra Leone.
Pour ce dernier épisode, le Nigeria a reçu la légitimité de la part de la CEDEAO (notamment la mission de faire respecter l’embargo économique). Mais malgré cela, des voix se sont levées (y compris dans les rangs de la CEDEAO) pour critiquer le fait que l’intervention de l’ECOMOG ait été mené par un pays réputé non démocratique.
Le même contraste est perceptible sur le plan économique.
Le Nigeria, en dépit de la politique anti-inflationniste qu’il mène depuis deux ans, est toujours considéré comme récalcitrant aux solutions du F.M.I.. Il faut dire que ce pays est parvenu à maintenir, malgré la pression internationale, des mesures de type protectionniste. La NNPC, la compagnie nationale de production et d’exploitation du pétrole n’a par exemple toujours pas été privatisée.
En outre un sondage mené auprès de banquiers a révélé que ces derniers estimaient que le Nigeria étaient l’un des pays les plus insécures sur le plan économique (Bulletin d’informations économiques et commerciales PEE de Lagos).
Parallèlement, Chief ANI, le ministre nigérian des finances, lors du dernier sommet de CEDEAO, a émis l’idée que le Naira devienne la monnaie commune à la sous-région. Les doutes sur le devenir du Fcfa avec l’avènement de l’EURO au sein de l’Union Européenne, laissaient entrevoir une brèche pour une intégration économique d’un nouveau type en Afrique de l’ouest. Le Nigeria espère en tirer profit.
A la lueur de cette logique de construction d’une puissance sous-régionale, il est plus facile de comprendre l’intensité du combat des autorités nigérianes pour maintenir le Naira.
En effet que ce soit sur le plan politique (avec notamment les difficultés rencontrées par les troupes nigérianes en Sierra Leone) ou sur le plan économique, le Nigeria doit faire ses preuves.
Mais de telles ambitions sont coûteuses, comme le fut le financement des troupes de l’ECOMOG. Le Nigeria ne peut compter que sur la bonne tenue des cours du pétrole, or il s'agit d'une variable aléatoire.
Si le baril se maintient, comme se fût le cas ce trimestre entre 1 à 3 dollars au dessus de 17 $ (le cours retenu lors de la préparation du budget), il est très probable que le combat pour un Naira fort persistera. La monnaie nigériane devrait en conséquence rester à un niveau élevé.
Dans un contexte de faible demande interne, les mêmes tendances contradictoires observées ce trimestre pourrait se renouveler.
La stabilité des prix au Nigeria compenserait un taux de change défavorable au commerce transfrontalier .
Une possible augmentation des prix des produits importés du Nigeria au Bénin
S’il est improbable d’assister à un important renchérissement des produits nigérians au Nigeria, des augmentations sur ces mêmes produits ne sont pas à exclure au Bénin.
L’inconvénient majeur de la mise en veille du système des acquis est, on l’a vu, l’impossibilité pour les commerçants d’importer les produits en quantité aussi importante. L’autre aspect est que pour une même quantité les coûts de transferts soit plus importants avec le système de la fraude, qu’avec celui des acquis.
Ces inconvénients pourraient dans les prochains mois provoquer une augmentation de prix. Les commerçants pourraient vouloir préserver leurs marges en rehaussant leur prix de vente. En outre la période des Fêtes de fin d’année approche. Dans cette perpective, les commerçants essayent traditionnellement de constituer des stocks, deux ou trois mois à l’avance. La question est de savoir si le système de fraude leur permettra d’importer autant de marchandises qu’ils le souhaitent.
Si tel n’est pas le cas, la pression de la demande pourrait tirer les prix vers le haut. A cette occasion, il est tout à fait possible d’imaginer que, face au mécontentement de la population béninoise, l’état doive revenir sur sa décision de bloquer les acquis.
Au Tchad, il est également possible que l’augmentation des taxes sur l’importation des produits nigérians provoque un renchérissement de ces produits.
Des déficits céréaliers importants en perspective
Les estimations de la prochaine récolte céréalière dans les pays sahéliens sont pessimistes. Mauvaises pluviométrie, animaux prédateurs, manque de produits phytosanitaire et concurrence des cultures de rente sont les facteurs généralement évoqués pour expliquer cette situation.