Ce dernier trimestre, nous avons observé une augmentation des volumes échangés à partir du Nigeria. Cette
activité croissante n'est pas la conséquence de la dépréciation de la naira puisque le calcul du taux
de change réel montre que les prix des produits nigérians exprimés en FCFA ont augmenté (cf. ci-dessus).
Elle résulte probablement de la combinaison de plusieurs autres facteurs, notamment : le vote du budget
au Nigeria (chaque année, la période de préparation du budget fédéral connaît un ralentissement de
l'activité commerciale) et les difficultés économiques et politiques de la Côte d'Ivoire,
qui conduisent un certain nombre d'opérateurs burkinabé à s'approvisionner à Lagos plutôt
qu'à Abidjan.
Les deux systèmes d'importation béninoises, à savoir le système des acquis et celui de la
fraude ont très bien fonctionné, faisant augmenté le volume des importations hors circuit
officiel de plus de 65%. En effet selon nos observations, le volume des marchandises convoyés
de Lagos vers Cotonou, à partir des entrepôts d'Ebutero est passé de 500 tonnes à environ 830
tonnes en mars. On notera un développement relatif de la fraude qui a cependant entraîné un
renforcement du dispositif de contrôle des échanges. La douane de Porto-Novo au Bénin a ainsi
saisi plusieurs véhicules durant ce premier trimestre 2001.
L'activité portuaire de Lagos en augmentation…
Entre 1999 et 2000, sous l'effet des mesures de libéralisation du commerce extérieur, le trafic
global du port de Lagos a progressé de 15%. Cette croissance concerne notamment les véhicules
d'occasion, dont les importations directes par le port de Lagos ont plus que doublé entre 1999
et 2000 (76.582 en 2000 contre 37.080 en 1999) et les pneus d'occasion. Si pour ces derniers,
on constate une baisse des réexportations via le port de Cotonou, l'évolution est plus incertaine
concernant les voitures d'occasion.
Les autres produits manufacturés.
Quant aux autres produits manufacturés importés de la Zone Franc par le Nigeria
(les fripes, les tissus wax hollandais, les concentrés de tomates…), ils ont connu
des niveaux de transactions semblables aux trimestres précédents.
Les pays de la zone franc ont poursuivi leurs importations traditionnelles de produits
manufacturés du Nigeria. Ces produits sont constitués d'appareils électroménagers (téléviseurs,
climatiseurs), de pièces détachées, de tissus imprimés, de produits plastiques, de matériels
électriques.
Retour du pétrole lampant du Nigeria sur les marchés des pays limitrophes.
Dans les localités frontalières, on assiste à la réapparition du pétrole importé du Nigeria.
A la frontière béninoise, ce produit est vendu à 200 F CFA le litre contre 230 F CFA dans les
stations de la Sonacop SA.. A Maradi, Konni et Gaya (Niger), les populations s'approvisionnent
sur le marché parallèle aux prix respectifs de 269 F, 320 F et 298 F faute d'approvisionnement
des stations services des localités. Le pétrole lampant, qui a longtemps fait l'objet de beaucoup
de spéculations pour cause d'approvisionnements irréguliers dans les pays francophones voisins du
Nigeria, est de retour sur les marchés du sous espace du fait du très fort différentiel dans les
hausses des prix des produits pétroliers entre les pays de la Zone Franc (Bénin, Niger) et le
Nigeria : ainsi, le pétrole lampant coûte actuellement 280 F au Niger, 230 F au Bénin contre
17 Naira (soit l'équivalent de 120 Fcfa au maximum) au Nigeria.
Le prix de l'essence variable selon la localité…
Le prix de l'essence du Nigeria, toujours présente sur le marché parallèle mais en quantité
variable suivant la conjoncture, a connu une augmentation de 25% à Cotonou (Bénin) et de 40% à
Maradi (Niger) en deux mois du fait des pénuries survenues dans ce secteur au Nigeria.
Plus on se rapproche de la frontière, plus le prix de l'essence augmente dans les stations nigérianes. Au
cœur de Lagos, le prix est de 22 Naira ; mais entre Gbadagi et Okoko, il atteint déjà 25 naira et
après Sémé Kraké, il est à 27 naira. Le gasoil, dont le prix officiel à Lagos est de 21 naira, est
vendu à 30 naira entre Okoko et Orilé Ignanmou et 35 naira entre Gbadagri et Sémé Kraké.
La dépréciation de la naira a permis de maintenir à un niveau relativement bas les prix à
la distribution des hydrocarbures trafiqués du Nigeria vers le Bénin.
LES PRODUITS AGRICOLES
Inversion de flux de niébé entre le Niger et le Nigeria.
Alors que habituellement le Niger exporte d'importantes quantités de niébé vers le Nigeria,
au cours du trimestre écoulé, c'est le niébé importé du Nigeria qui se retrouve sur les marchés
de Maradi, Gaya et Niamey. Son prix a même baissé de 32% par rapport à l'année dernière à la même
époque à Niamey. Cette baisse s'explique par les importations du niébé nigérian. Il reste à
déterminer si ces flux sont conjoncturels ou s'ils expriment une dégradation durable de la
compétitivité du niébé nigérien par rapport à celui produit au Nigeria.
Une campagne céréalière particulièrement mauvaise au Tchad et au Niger.
Quant aux céréales (mil, sorgho et maïs), étant donné une mauvaise campagne agricole, ce n'est
pas surprenant que le Niger importe massivement du Nigeria et accessoirement du Bénin (maïs et sorgho).
Paradoxalement, on retrouve également du maïs nigérian sur les marchés béninois. Les céréales
nigérianes redeviennent compétitives grâce non seulement à une campagne agricole meilleure qu'au
Niger mais surtout du fait de la baisse du taux du Naira. Le Mali, la Côte d'Ivoire et le Ghana
n'ont pas pu garder leur part de marché du fait des mauvaises récoltes enregistrées au cours de
la campagne 2000/2001.
Le différentiel de prix que l'on note entre les céréales locales et les céréales importées
s'explique par la différence de qualité entre celles-ci et le niveau de remplissage des sacs.
Ainsi les céréales produites localement au Niger sont parfois plus chères que celles qui sont
importées du Nigeria. C'est le cas du mil à Maradi, Gaya et Niamey ainsi que du sorgho à Zinder
et Niamey.
La demande nigérienne en mil s'est accrue de façon exceptionnelle durant la première quinzaine
de mars. Durant cette période, le marché de Dawanau, à Kano a enregistré quotidiennement le
chargement de 20 camions de 30 tonnes en direction du Niger. Les prix se sont alors envolés
pour atteindre 3.600 nairas (environ 20.000 FCFA) le sac de 100 kg de mil. Par la suite, les prix
ont baissé sous l'effet de la baisse des achats des commerçants nigériens : en effet, à un tel
niveau de prix d'achat à Kano et compte tenu des coûts de transport, ceux-ci auraient eu des
difficultés à trouver une clientèle solvable à Maradi, Zinder ou Niamey. Fin mars, les prix à
Kano étaient redescendus à 2.800 nairas. (Source : rapport de mission du SIM céréales du Niger).
La saison des tomates nigérianes.
Les prix des tomates et des oignons sont presque partout en baisse : à Igolo, à la frontière
bénino nigériane, le sac de 100 kg d'oignons a baissé de 15% entre le mois de janvier et le
mois de mars. Le kilo de tomates est passé de 330FCFA à 280FCFA pendant cette même période.
Cette baisse s'explique par les importations de ces produits du Nigeria par le Bénin et le Niger.
Mais, le phénomène inhabituel c'est l'importation des oignons par le Niger qui est un gros producteur.
Comme dans le cas des céréales, ces importations sont favorisées au Niger par les mauvaises récoltes
en général et le niveau du taux de change. Le cas des importations béninoises d'oignon n'est pas
surprenant car ce pays est structurellement déficitaire en production d'oignon. La demande d'oignon
est généralement satisfaite par les importations du Niger et du Nigeria.
Cameroun : hausse massive du prix du bœuf .
Les prix de la viande de bœuf ont brusquement augmenté ces dernières semaines sur
les marchés camerounais (+50% environ). Ce phénomène serait le résultat des insuffisances
de pâturage et de la taxation excessive des activités d'élevage. Aussi les importations en
provenance du reste du monde ont largement augmenté.