LES ECHANGES ET LEURS IMPACTS


Si les transactions des produits agricoles semblent avoir baissé d'intensité, les échanges de produits manufacturés ont connu un certain boom en liaison avec les fêtes de fin d'année.

Les produits agricoles.

Diminution importante des récoltes de céréales dans les pays sahéliens.

Chaque année, on observe des flux de céréales (maïs, mil et sorgho) des pays côtiers (Nigeria et, dans une moindre mesure, Bénin, Togo et Ghana) vers les pays sahéliens (Tchad, Niger et Burkina Faso), qui sont largement dominants par rapport aux échanges entre pays sahéliens (principalement, des flux de mil et de riz à partir du Mali vers le Burkina et le Niger). Pour appréhender les fluctuations de ces flux régionaux par rapport aux années précédentes, il faut considérer quatre types de facteurs : le niveau de la récolte dans les pays sahéliens ; le niveau de la récolte dans les pays côtiers, en particulier au Nigeria ; l'état des stocks et, enfin, les cours internationaux des denrées achetées sur le marché mondial (blé et riz). Que peut-on dire à l'heure actuelle sur chacun de ces déterminants et sur les perspectives pour la période de soudure (mai à août), qui concentre habituellement les flux les plus importants ?

Cette année, les récoltes dans les pays sahéliens ont été nettement inférieures à celles de 1999/2000. Par rapport à la moyenne des cinq dernières années, seuls le Tchad et, dans une moindre mesure, le Burkina enregistrent une baisse importante de la production (cf. tableau ci-après).

Ces données nationales recouvrent des situations locales très hétérogènes : dans plusieurs régions du Niger et du Burkina, les récoltes céréalières ont été très inférieures à la moyenne, voire nulles.

Niveau du déficit céréalier au Burkina Faso, Mali, Niger et Tchad (2000 / 2001)
Burkina Mali Niger TChad
Production brute en 2000/2001 (en milliers de tonnes) 2 286 2 386 2 319 890
Variation par rapport à 1999/2000 -15% -18% -19% -28%
Variation par rapport aux 5 dernières années -6% 0 3% -17%
Ecart entre la production disponible et les besoins (déficit brut en milliers de tonnes) -223 -173 -516 -470
Source : CILSS, novembre 2000

Les informations relatives aux récoltes dans les pays côtiers sont beaucoup plus partielles. Au Bénin, les statistiques de l'ONASA indiquent que la campagne 2000/2001 est globalement satisfaisante, bien que la production soit en baisse par rapport à l'année précédente (- 37% pour le maïs). Les prix à la consommation observés au mois de décembre (11.500 FCFA le sac de 100 kg de maïs) reflètent ce niveau moyen de la production, puisqu'ils demeurent à un niveau relativement élevé alors que c'est le moment où la deuxième récolte est mise sur le marché. Au Nigeria, on ne dispose pas, pour l'instant, d'informations sur le volume de la production de céréales récoltées en 2000. Néanmoins, les prix recueillis durant le dernier trimestre 2000 semblent indiquer que la récolte a été moins bonne qu'en 1998 et 1999 : à Kano, les prix du mil en novembre / décembre sont supérieurs de 60% à ceux de la même période en 1999 et de 21% à ceux de 1998 ; pour le maïs, les écarts sont de 67% par rapport à 1999 et de 18% par rapport à 1998 .
Pour ce qui concerne les stocks détenus par les producteurs et par les commerçants, il n'est pas possible d'avoir une idée de leur importance, faute de données. Il est cependant vraisemblable que les stocks paysans se trouvaient, au début de la campagne 2001/2001, à un niveau assez élevé puisque les deux récoltes précédentes avaient été bonnes dans l'ensemble du sous-espace.
Enfin, en ce qui concerne les céréales importées dans la zone, blé et riz principalement, il faut noter que les cours internationaux sont à un niveau bas et qu'ils devraient le rester au cours des prochains mois .

Au vu de ces différents éléments, on peut faire l'hypothèse que les flux de céréales des pays côtiers vers les pays sahéliens ne seront pas, en 2000/2001, nettement supérieurs à ceux réalisés au cours des deux campagnes précédentes. En effet, la baisse de production dans les pays sahéliens devrait être en partie compensée par le déstockage des réserves détenues par les producteurs et un recours accru aux céréales importées du marché mondial. Au vu des engagements connus en janvier 2001, l'aide alimentaire fournie par les bailleurs devrait se situer à un niveau proche de celui des années précédentes.

Cette hypothèse de flux transfrontaliers " normaux " doit être nuancée selon les axes :
Entre la région de Kano et le Niger, elle semble confirmer par la comparaison des prix entre quelques localités au cours du 4° trimestre 2000 (cf. tableau ci-dessous) : les prix à Kano se trouvent à peu près au même niveau qu'à Maradi et pas très éloignés de ceux de Niamey (si l'on tient compte des coûts de transport). On peut cependant se demander si les prix relativement élevés à Kano ne sont pas le reflet d'un stockage important par les grossistes nigérians, qui anticiperaient des besoins importants au Niger durant la prochaine période de soudure.

Entre la région de Maïduguri et le Tchad, les flux devraient être plus intenses en raison de la baisse importante de la production au Tchad et du niveau des prix relativement bas à Maïduguri. Cependant, en décembre à N'Djamena, on observe une baisse des prix qui s'explique par la disponibilité de la nouvelle récolte de berbéré, dont la production a été satisfaisante à la différence des autres céréales. On observe d'ailleurs une substitution du berbéré aux autres céréales dans la consommation de nombreux ménages. On peut noter que les prix à Maïduguri fin 2000 sont nettement inférieurs à ceux relevés à Kano : pour le mil, 95 FCFA / kg contre 113 à Kano ; pour le maïs, 93 contre 110].

Evolution des prix des céréales de 1998 à 2000 (en FCFA / kg)

Les prochains numéros de l'Echo des Frontières rendront compte de l'évolution effective des flux de céréales entre pays côtiers et pays sahéliens.

Source : SIM Niger, Consulat du Niger à Kano, SIM Burkina, Réseau Echanges Régionaux.

Diminution des échanges de produits maraîchers.

Au cours du dernier trimestre 2000, les transactions de produits maraîchers entre le Bénin et le Nigeria ont largement diminué à cause de l'équilibre qui est progressivement en train de s'établir entre les deux pays. Seuls les oignons, et dans une moindre mesure les haricots, franchissent encore la frontière.
A Cotonou, le prix du sac de 100 kg d'oignons en provenance du Niger est passé de 18.000 à 43.000 FCFA la semaine du 20 au 26 novembre car l'ancienne récolte etait terminée et la nouvelle pas encore sur le marché. De plus les pénuries de gasoil ont largement accentué cette augmentation et ont engendré de courtes périodes de pénurie (2 à 3 jours) sur les marchés car les camions ne pouvaient pas s'approvisionner en carburant. Le prix du kilo de tomates est passé de 100 à 350 FCFA entre octobre et novembre.

Les produits manufacturés

Augmentation générale de l'activité transfrontalière…

Ce dernier trimestre est marqué par des événements particuliers : le Ramadan, Noël et le Nouvel An. Au cours de ces mois, la consommation est plus soutenue mais en plus d'une augmentation quantitative du trafic, cette période festive influe sur la structure même des échanges. Ainsi, les produits " ordinaires " (fripes, plastiques…) laissent la place à des produits d'une catégorie supérieure (tissus, sucreries, jouets…).
Les importations béninoises ont été très dynamiques puisque les commerçants font des stocks importants de produits pour pouvoir répondre à la demande. Ainsi les deux entrepôts les plus importants ont convoyé environ 3 camions de 15 tonnes chaque semaine. Les observations de terrain attestent qu'il existe encore 5 entrepôts fonctionnels à Lagos et une multitude de petits entrepôts de fraude.

Notamment du commerce de réexportation…
Plusieurs variétés de produits ont fait l'objet de la réexportation au cours de cette fin d'année. Il s'agit des cigarettes, des tissus pour pantalon, des fripes et des tissus polyester. Ces produits sont acheminés par des véhicules béninois jusqu'à Ifangni Igolo puis des bus et des voitures nigérians assurent le relais pour les villes intérieures à savoir Lagos, Ibadan et Abeokuta en utilisant les voies de fraude. Les volumes transportés ont quasiment doublé par rapport aux mois d'août et septembre à la vue du rythme élevé des voyages des véhicules.

A travers le système des acquis et les voies de fraude…
Le volume des produits manufacturés échangés a largement augmenté au cours de ce dernier trimestre 2000. Les commerçants ont emprunté massivement le système des acquis ou les voies de fraude. Au niveau des acquis, les produits sont acheminées vers les villes de Porto Novo et Cotonou. Les produits échangés via ce système sont essentiellement des plastiques, des jouets, des pièces détachées, des pagnes " Guaranted Real Wax ".
Les voies de fraude sont des pistes ou des canaux fluviaux créés spécialement pour le commerce informel. Contrairement au système des acquis, les produits issus des voies de fraude alimentent plutôt les zones rurales (Ifangni, Dangbo, Adjohoun, Missérété), ils se composent de boissons Fanta, de plastiques, pièces détachées et en cette fin d'année de jouets et de pagnes.
Les produits en transit vers l'hinterland : contrairement aux mois d'août et septembre, le nombre de véhicules en transit vers les pays de l'hinterland a augmenté en dépit des accidents répétés dû à l'état défectueux de la voie.

Les formes de commercialisation du Nigeria vers ses voisins : le système des acquis et la fraude.
La commercialisation des produits du Nigeria vers ses voisins peut prendre trois formes: soit-il est fait légalement avec de véritables déclarations et paiement des droits de douane, soit de façon complètement frauduleuse, soit enfin par le système des acquis ou le transit.
Le système des acquis est le fait de masquer aux services de la douane une partie des produits importés afin d'alléger le paiement des taxes et des droits de porte. Cette fraude se traduit par une sous facturation des valeurs ou des quantités. Par contre, la contrebande concerne l'importation de biens par des circuits complètement illégaux sans aucune déclaration à la douane.
La principale différence analytique entre ces deux types d'activités réside dans la possibilité de se couvrir dans le cas du système des acquis : ainsi le risque d'être contrôlé est d'autant plus faible que la quantité déclarée en douane est importante. De ce fait, le système des acquis offre aux commerçants une certaine assurance par rapport aux flux qui entrent complètement en fraude.

Le système des acquis : une organisation bien implantée…
C'est en 1995 que le système des acquis a été instauré, il se présentait comme une stratégie de concertation entre les opérateurs économiques et la douane pour bénéficier des opportunités qu'offre le marché nigérian. On comptait alors une dizaine d'entrepôts installés à Lagos pour le commerce avec le Bénin et un camion de 15 à 30 tonnes prenait quotidiennement la direction de Cotonou.
Mais l'objectif initial a dévié : les opérateurs économiques ont exploité cette facilité pour en tirer profit et la douane manque de moyen pour enrayer ce phénomène.
Néanmoins, on ne dénombre actuellement pas plus de cinq entrepôts et trois à quatre camions seulement quittent Lagos pour Cotonou chaque semaine. Cette baisse d'activité s'explique par des contrôles de douane inopinés qui ont conduit à l'arrestation de deux camions restés immobilisés plusieurs mois au Nigeria du fait de la lenteur du système administratif nigérian.
Le système des acquis est organisé en trois niveaux:
En premier lieu, les propriétaires des entrepôts sont des individus ou des groupes d'individus qui possèdent des entrepôts à la fois au Nigeria et au Bénin (pour ne citer que le cas du Bénin). Ils ont des correspondants au Nigeria pour la réception, l'entreposage et le chargement des marchandises dans les véhicules de transport, généralement des camions "Berliet", de contenance équivalent à 15 tonnes minimum.
Puis les commerçants importateurs importent des produits fabriqués au Nigeria ou importés par le Nigeria. Ils se fournissent sur le marché de Lagos puis confient leurs marchandises aux propriétaires des entrepôts. Les marchandises sont alors sous la responsabilité du secrétaire d'entrepôt.
Enfin les transitaires béninois se chargent de l'acheminement des camions aux destinations indiquées par les propriétaires des entrepôts. Les importateurs béninois vont s'approvisionner sur les marchés de Lagos, ils confient leurs marchandises aux secrétaires des entrepôts qui leur délivrent un reçu. Les importateurs viennent ensuite récupérer leurs marchandises à Cotonou 3 à 8 jours plus tard en payant les frais de transport fixés par le propriétaire de l'entrepôt.
Les transitaires sont chargés d'acheminer les marchandises du Nigeria au Bénin. Les transitaires nigérians conduisent les véhicules du grand parc "ORIN ANRIN" vers les frontières béninoises (Igolo, Sémé-Kraké). A la frontière, ce sont les transitaires béninois qui prennent le relais. En décembre 1999, les frais de transit de Lagos aux frontières du Bénin s'élevaient à 62.000 Naira. Le dédouanement des marchandises est déconnecté des tarifs en vigueur du fait des "arrangements" entre douaniers et transitaires. A titre d'exemple, un camion Berliet de 15 tonnes est "globalement" dédouané à 2.000.000 FCFA. Ce taux peut aller jusqu'à 6.000.000 FCFA si le transitaire est victime de contrôles. La livraison des marchandises se fait dans la nuit entre 23h et 2h du matin pour deux raisons: d'une part pour éviter au maximum les contrôles de la brigade mobile et d'autre part pour effectuer le déchargement dans de bonnes conditions. En effet, à ces heures les marchés sont fermés, le déchargement peut donc se faire sans créer d'embouteillages.
Les frais de transport sont fixés par les propriétaires des entrepôts. Pour récupérer ses marchandises, l'importateur doit présenter le reçu qui lui a été fourni par le secrétaire de Lagos. Après avoir vérifié l'originalité du reçu, les propriétaires livrent les marchandises. Ces prix comprennent le transport et le "forfait dédouanement" du produit.
Le comportement de la douane face à ces systèmes
Les services de la douane connaissent ces systèmes mais ils invoquent un manque important de personnel et de moyens pour pouvoir y remédier. De plus le système des acquis est toléré puisqu'il permet à l'Etat de récupérer une partie des droits de douane, environ un tiers.

Produits Prix en FCFA
Mate 50 25.000
Moulin à maïs 100 à 150.000
Télévision 14 7 à 10.000
Télévision 21 15 à 20.000
Climatiseur Split 30.000
Mini chaîne 7.000
Pneu camion 10.000;
Climatiseur window 15 à 20.000
Vespa 150 30.000
Frais de transport de Lagos à Cotonou, via le système des acquis, de quelques produits. Source: Enquêtes LARES.

Les différentes perturbations pénalisent l'économie nigériane.

Au niveau socioéconomique, le trimestre a été marqué par des affrontements ethniques entre Yoruba et Haoussas, la pénurie de carburant et le délestage chronique de l'Etat de Lagos. Ces différents éléments ont entraîné la dégradation de la plupart des secteurs de l'économie nigériane.
On a observé deux récentes augmentations de prix pour certains produits manufacturés (chaussures en plastique notamment), la première est intervenue entre août et septembre 2000. Elle est liée à l'incapacité de la NEPA à fournir l'électricité ce qui a obligé les industriels à utiliser des groupes électrogènes (dans un contexte de pénurie récurrente de carburant) pour pouvoir continuer leurs activités. La deuxième augmentation tient non seulement à la pénurie de carburant mais aussi à l'approche des fêtes de fin d'année au cours de laquelle la demande des produits augmente au moment et de nouveaux produits apparaissent sur le marché.


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