Diminution importante des récoltes de céréales dans les pays sahéliens.
Cette année, les récoltes dans les pays sahéliens ont été nettement inférieures à celles de 1999/2000.
Par rapport à la moyenne des cinq dernières années, seuls le Tchad et, dans une moindre mesure,
le Burkina enregistrent une baisse importante de la production (cf. tableau ci-après).
Ces données nationales recouvrent des situations locales très hétérogènes : dans plusieurs régions
du Niger et du Burkina, les récoltes céréalières ont été très inférieures à la moyenne, voire nulles.
| Burkina | Mali | Niger | TChad | |
| Production brute en 2000/2001 (en milliers de tonnes) | 2 286 | 2 386 | 2 319 | 890 |
| Variation par rapport à 1999/2000 | -15% | -18% | -19% | -28% |
| Variation par rapport aux 5 dernières années | -6% | 0 | 3% | -17% |
| Ecart entre la production disponible et les besoins (déficit brut en milliers de tonnes) | -223 | -173 | -516 | -470 |
Au vu de ces différents éléments, on peut faire l'hypothèse que les flux de céréales des pays côtiers vers les pays sahéliens ne seront pas, en 2000/2001, nettement supérieurs à ceux réalisés au cours des deux campagnes précédentes. En effet, la baisse de production dans les pays sahéliens devrait être en partie compensée par le déstockage des réserves détenues par les producteurs et un recours accru aux céréales importées du marché mondial. Au vu des engagements connus en janvier 2001, l'aide alimentaire fournie par les bailleurs devrait se situer à un niveau proche de celui des années précédentes.
Cette hypothèse de flux transfrontaliers " normaux " doit être nuancée selon les axes :
Entre la région de Kano et le Niger, elle semble confirmer par la comparaison des prix entre
quelques localités au cours du 4° trimestre 2000 (cf. tableau ci-dessous) : les prix à Kano
se trouvent à peu près au même niveau qu'à Maradi et pas très éloignés de ceux de Niamey (si
l'on tient compte des coûts de transport). On peut cependant se demander si les prix relativement
élevés à Kano ne sont pas le reflet d'un stockage important par les grossistes nigérians, qui
anticiperaient des besoins importants au Niger durant la prochaine période de soudure.
Entre la région de Maïduguri et le Tchad, les flux devraient être plus intenses en raison de la baisse importante de la production au Tchad et du niveau des prix relativement bas à Maïduguri. Cependant, en décembre à N'Djamena, on observe une baisse des prix qui s'explique par la disponibilité de la nouvelle récolte de berbéré, dont la production a été satisfaisante à la différence des autres céréales. On observe d'ailleurs une substitution du berbéré aux autres céréales dans la consommation de nombreux ménages. On peut noter que les prix à Maïduguri fin 2000 sont nettement inférieurs à ceux relevés à Kano : pour le mil, 95 FCFA / kg contre 113 à Kano ; pour le maïs, 93 contre 110].
Evolution des prix des céréales de 1998 à 2000 (en FCFA / kg)
Les prochains numéros de l'Echo des Frontières rendront compte de l'évolution effective des flux de
céréales entre pays côtiers et pays sahéliens.

Source : SIM Niger, Consulat du Niger à Kano, SIM Burkina, Réseau Echanges Régionaux.
Diminution des échanges de produits maraîchers.
Augmentation générale de l'activité transfrontalière…
Notamment du commerce de réexportation…
Plusieurs variétés de produits ont fait l'objet de la réexportation au cours de cette fin d'année.
Il s'agit des cigarettes, des tissus pour pantalon, des fripes et des tissus polyester.
Ces produits sont acheminés par des véhicules béninois jusqu'à Ifangni Igolo puis des bus
et des voitures nigérians assurent le relais pour les villes intérieures à savoir Lagos,
Ibadan et Abeokuta en utilisant les voies de fraude. Les volumes transportés ont quasiment doublé
par rapport aux mois d'août et septembre à la vue du rythme élevé des voyages des véhicules.
A travers le système des acquis et les voies de fraude…
Le volume des produits manufacturés échangés a largement augmenté au cours de ce dernier trimestre 2000.
Les commerçants ont emprunté massivement le système des acquis ou les voies de fraude. Au niveau des
acquis, les produits sont acheminées vers les villes de Porto Novo et Cotonou. Les produits échangés
via ce système sont essentiellement des plastiques, des jouets, des pièces détachées, des pagnes
" Guaranted Real Wax ".
Les voies de fraude sont des pistes ou des canaux fluviaux créés spécialement pour le commerce informel.
Contrairement au système des acquis, les produits issus des voies de fraude alimentent plutôt les zones
rurales (Ifangni, Dangbo, Adjohoun, Missérété), ils se composent de boissons Fanta, de plastiques,
pièces détachées et en cette fin d'année de jouets et de pagnes.
Les produits en transit vers l'hinterland : contrairement aux mois d'août et septembre,
le nombre de véhicules en transit vers les pays de l'hinterland a augmenté en dépit des
accidents répétés dû à l'état défectueux de la voie.
Les formes de commercialisation du Nigeria vers ses voisins : le système des acquis et la fraude.
La commercialisation des produits du Nigeria vers ses voisins peut prendre trois formes: soit-il est
fait légalement avec de véritables déclarations et paiement des droits de douane, soit de façon
complètement frauduleuse, soit enfin par le système des acquis ou le transit.
Le système des acquis est le fait de masquer aux services de la douane une partie des produits
importés afin d'alléger le paiement des taxes et des droits de porte. Cette fraude se traduit par
une sous facturation des valeurs ou des quantités. Par contre, la contrebande concerne l'importation
de biens par des circuits complètement illégaux sans aucune déclaration à la douane.
La principale différence analytique entre ces deux types d'activités réside dans la possibilité de se
couvrir dans le cas du système des acquis : ainsi le risque d'être contrôlé est d'autant plus faible
que la quantité déclarée en douane est importante. De ce fait, le système des acquis offre aux
commerçants une certaine assurance par rapport aux flux qui entrent complètement en fraude.
Le système des acquis : une organisation bien implantée…
C'est en 1995 que le système des acquis a été instauré, il se présentait comme une stratégie de
concertation entre les opérateurs économiques et la douane pour bénéficier des opportunités
qu'offre le marché nigérian. On comptait alors une dizaine d'entrepôts installés à Lagos pour
le commerce avec le Bénin et un camion de 15 à 30 tonnes prenait quotidiennement la direction
de Cotonou.
Mais l'objectif initial a dévié : les opérateurs économiques ont exploité cette facilité pour en tirer
profit et la douane manque de moyen pour enrayer ce phénomène.
Néanmoins, on ne dénombre actuellement pas plus de cinq entrepôts et trois à quatre
camions seulement quittent Lagos pour Cotonou chaque semaine. Cette baisse d'activité
s'explique par des contrôles de douane inopinés qui ont conduit à l'arrestation de deux
camions restés immobilisés plusieurs mois au Nigeria du fait de la lenteur du système
administratif nigérian.
Le système des acquis est organisé en trois niveaux:
En premier lieu, les propriétaires des entrepôts sont des individus ou des groupes d'individus
qui possèdent des entrepôts à la fois au Nigeria et au Bénin (pour ne citer que le cas du Bénin).
Ils ont des correspondants au Nigeria pour la réception, l'entreposage et le chargement des marchandises
dans les véhicules de transport, généralement des camions "Berliet", de contenance équivalent à 15
tonnes minimum.
Puis les commerçants importateurs importent des produits fabriqués au Nigeria ou importés par
le Nigeria. Ils se fournissent sur le marché de Lagos puis confient leurs marchandises aux
propriétaires des entrepôts. Les marchandises sont alors sous la responsabilité du secrétaire
d'entrepôt.
Enfin les transitaires béninois se chargent de l'acheminement des camions aux destinations indiquées
par les propriétaires des entrepôts.
Les importateurs béninois vont s'approvisionner sur les marchés de Lagos, ils confient leurs
marchandises aux secrétaires des entrepôts qui leur délivrent un reçu. Les importateurs viennent
ensuite récupérer leurs marchandises à Cotonou 3 à 8 jours plus tard en payant les frais de transport
fixés par le propriétaire de l'entrepôt.
Les transitaires sont chargés d'acheminer les marchandises du Nigeria au Bénin.
Les transitaires nigérians conduisent les véhicules du grand parc "ORIN ANRIN" vers les frontières béninoises (Igolo, Sémé-Kraké). A la frontière, ce sont les transitaires béninois qui prennent le relais.
En décembre 1999, les frais de transit de Lagos aux frontières du Bénin s'élevaient à 62.000 Naira.
Le dédouanement des marchandises est déconnecté des tarifs en vigueur du fait des "arrangements"
entre douaniers et transitaires. A titre d'exemple, un camion Berliet de 15 tonnes est "globalement" dédouané à 2.000.000 FCFA. Ce taux peut aller jusqu'à 6.000.000 FCFA si le transitaire est victime de contrôles.
La livraison des marchandises se fait dans la nuit entre 23h et 2h du matin pour deux raisons:
d'une part pour éviter au maximum les contrôles de la brigade mobile et d'autre part pour
effectuer le déchargement dans de bonnes conditions. En effet, à ces heures les marchés sont
fermés, le déchargement peut donc se faire sans créer d'embouteillages.
Les frais de transport sont fixés par les propriétaires des entrepôts. Pour récupérer ses marchandises,
l'importateur doit présenter le reçu qui lui a été fourni par le secrétaire de Lagos. Après avoir vérifié l'originalité du reçu, les propriétaires livrent les marchandises.
Ces prix comprennent le transport et le "forfait dédouanement" du produit.
Le comportement de la douane face à ces systèmes
Les services de la douane connaissent ces systèmes mais ils invoquent un manque important de personnel
et de moyens pour pouvoir y remédier. De plus le système des acquis est toléré puisqu'il permet à l'Etat
de récupérer une partie des droits de douane, environ un tiers.
| Produits | Prix en FCFA |
| Mate 50 | 25.000 |
| Moulin à maïs | 100 à 150.000 |
| Télévision 14 | 7 à 10.000 |
| Télévision 21 | 15 à 20.000 |
| Climatiseur Split | 30.000 |
| Mini chaîne | 7.000 |
| Pneu camion | 10.000; |
| Climatiseur window | 15 à 20.000 |
| Vespa 150 | 30.000 |
Les différentes perturbations pénalisent l'économie nigériane.