LES DETERMINANTS DES ECHANGES FRONTALIERS

Les échanges entre le Nigeria et ses voisins ont évolué au cours du dernier trimestre de l'an 2000 dans un contexte de crises énergétique, sociale et monétaire (dépréciation de la naira).

Persistance de la crise énergétique.

Accentuation des coupures électriques au Nigeria
Bien que rentrée dans les habitudes des Nigérians, les coupures d'électricité ont pris une ampleur sans commune mesure au cours du second semestre 2000. A Lagos moins de 10% des besoins sont satisfaits. Au banc des accusés, la NEPA, société qui doit fournir 95% de l'énergie électrique, le complément étant assuré par des compagnies étrangères privées. Les différentes restructurations du secteur et la détérioration du réseau électrique font que la NEPA (Nigeria Electric Power Authority) ne peut satisfaire la consommation tant domestique qu'industrielle. Ces pannes d'électricité récurrentes ont conduit de nombreux industriels à s'équiper en groupes électrogènes, ce qui s'est traduit par des augmentations de prix.

Au Tchad, les coupures d'électricité sont tout aussi fréquentes, cela provient de la situation générale du pays même si ces problèmes devraient se résorber grâce à la privatisation de la Société Tchadienne d'Electricité et d'Eau. L'électricité étant essentiellement thermique, les difficultés d'approvisionnement en hydrocarbures en provenance du Nigeria ont accentué la fréquence de ces coupures.

En effet, la crise des hydrocarbures a été cyclique au Nigeria : les périodes de longues files d'attente ont été entrecoupées de périodes stables. A Lagos, depuis le mois d'octobre, on a observé deux périodes de pénurie : du 15 au 31 octobre et du 22 au 25 novembre. A Maïduguri et Baga, le 20 décembre le prix du litre d'essence a quasiment doublé.

Les pénuries périodiques au Nigeria et les prix élevés sur le marché international implique une hausse des prix des hydrocarbures.

Après une année 2000 marquée par des prix élevés et une grande volatilité des cours on aurait pu s'attendre à un certain relâchement de l'OPEP. L'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole s'est réuni dans la semaine du 15/01/2001 et a décidé que le prix ne descendrait pas en dessous de 24$ le baril et ceci malgré les pressions notamment américaines.
Au Bénin, cette année 2000 a été marquée par de nombreuses crises régulières qui ont conduit à de nombreuses périodes de pénurie, surtout dans le mois d'octobre. On a d'ailleurs observé une flambée des prix des hydrocarbures sur le marché parallèle du fait des crises à la SONACOP mais aussi à cause des crises des syndicats du secteur pétrolier au Nigeria. Ainsi, à Cotonou, le prix du litre d'essence a atteint 600 FCFA, celui du gasoil, 500FCFA et celui du pétrole, 600 FCFA au mois d'octobre. Il faut signaler que l'essence provient du Nigeria alors que le pétrole et le gasoil sont importés du Togo. Aujourd'hui, ces prix ont chuté et s'établissent à 275 F pour l'essence et le pétrole lampant et 400 F pour le gasoil sur le marché de Cotonou.
Au Nigeria, la violence des affrontements a conduit les chauffeurs de camions citerne à rester chez eux afin d'éviter les atrocités de l'OPC, ils n'ont donc pas pu approvisionner les stations de façon régulière d'où de nombreuses ruptures de stock. La pénurie s'est manifestée par de longues files d'attente.
Evidemment les prix sur le marché parallèle ont une nouvelle fois atteint des records, à titre d'exemple le litre d'essence est passé de 22 N à 75 N. Ces évènements ont entraîné une augmentation des frais de transport et une paralysie des activités économiques : les boutiques sont restées fermées, les routes sont devenues désertes. De même pour les entreprises, à titre d'exemple, les industries textiles estiment leurs pertes à 300 millions de Naira.
Cette conjoncture aggrave la situation déjà précaire de ces industries qui exploitent moins de 35% de leur capacité industrielle.

Au Tchad, toutes les stations de N'Djamena sont allés en grève à la première quinzaine du mois de décembre. En effet, face à l'augmentation du prix du brut, les stations ont voulu majorer leurs prix mais le Ministère du Commerce et de l'Industrie a refusé catégoriquement cette augmentation estimant que les prix doivent garder leurs niveaux d'homologation : 490 FCFA pour le litre de super et 390 FCFA pour le litre de gasoil. Cette situation confuse a créé la pénurie et la prolifération des petits vendeurs à N'Djamena.

Sur fond de tensions sociales, ethniques.

Les tensions ethniques sont omniprésentes au Nigeria. On rappellera les contestations permanentes des populations du Delta et les remous liés à l'installation de la Charia au Nord. Si ces remous n'ont pas engendré des conflits directs entre musulmans et chrétiens, il n'est cependant pas exclu qu'elle ait ravivé les tensions et les rancœurs ethniques.
C'est probablement cette situation qui est la source des affrontements qui ont eu lieu mi-octobre entre Haoussa et Yoruba. Ces conflits sont partis de faits anodins mais ont eu de graves conséquences sur l'économie et la vie sociale. Ces affrontements ont engendré entre 5 et 30 morts selon les sources et de nombreuses difficultés économiques : paralysie de l'activité à Lagos pendant près d'une semaine et mise en relief de la fragilité du processus démocratique.
Ces conflits sont révélateurs des tensions politiques et sociales qui sont autant d'obstacles supplémentaires dans la mise en œuvre d'une politique économique saine. A Ijora, les affrontements ont conduit à des incendies de camions citernes et autres véhicules notamment de transport en commun. Ce qui a eu des conséquences négatives sur les activités économiques.

Période festive qui tire les prix à la hausse.

Les importations béninoises ont été très dynamiques au cours de ce dernier trimestre 2000, ceci s'explique en grande partie par le ramadan et l'approche des fêtes de fin d'année, période au cours de laquelle des stocks importants de produits sont constitués pour répondre à la demande.

L'impact de la période de Ramadan sur les prix : exemple des produits du petit déjeuner.
Pendant la période de Ramadan, la demande de ce type de produits s'accroît. Ainsi le prix des œufs, des huiles végétales, du sucre, du lait et des produits cacaotés ont augmenté au cours du mois de novembre.
A titre d'exemple, entre août et décembre, le lait " Peak " a augmenté de 10%, le lait " Nido " de 19%, le Nescafé de 7% et le sucre de 13%.

L'augmentation des prix des tissus : un phénomène régulier.

L'augmentation des prix des tissus a lieu chaque année dans la deuxième quinzaine du mois de décembre puis les prix reviennent à la normale courant février.

Le tableau de variation ci dessous dans lequel les pagnes sont classés par ordre de prix décroissants fait apparaître plusieurs éléments :
Au moment des fêtes, l'achat de tissus est de rigueur quelque soit le niveau de revenu du ménage. Ainsi la majorité des tissus voient leur prix augmenter aussi bien le Wax hollandais, le tissu le plus cher que le Superprint, un des tissus bon marché.
On s'aperçoit aussi que la préférence va vers les tissus étrangers, ainsi les béninois préféreront acheter des pagnes provenant du reste du monde ou du Nigeria. Cette préférence se t raduit dans les prix : les prix des pagnes étrangers augmentent alors que le prix du pagne Sobetex fabriqué au Bénin diminue. On observe le même phénomène du côté nigérian avec une plus forte augmentation des prix pour les tissus étrangers.
Néanmoins la hausse des prix des pagnes nigérians peut aussi s'expliquer par l'augmentation du prix du litre de l'huile noire (" black oil "), produit indispensable dans le fonctionnement des industries textiles qui a augmenté de 129%.

Cette conjoncture semble influencer la naira.

Dépréciation continue de la naira.

Sur le plan monétaire, la situation a été caractérisée par une dépréciation de la monnaie nigériane sur le marché parallèle par rapport à toutes les devises étrangères.
Au cours du mois de décembre, le dollar a oscillé entre 102 et 106,6 Naira sur l'IFEM alors qu'il variait entre 117 et 121 Naira sur le marché parallèle.
A Cotonou, d'août à mi-octobre, on observe une relative stabilité du taux de change à 6,15 N/$. Puis la Naira entame sa dépréciation.
Cette dépréciation est atypique puisque les années précédentes, la monnaie nigériane s'apprécie au moment des fêtes.
Cependant, on peut expliquer ce phénomène de différentes façons. Tout d'abord, les agents économiques ont fait des réserves en devises (et notamment en $) face à l'incertitude de la loi de finance 2001 et du fait du long retard accusé l'an dernier. Ensuite nombreux sont les commerçants béninois, togolais, ghanéens qui travaillent au Nigeria et qui rentrent chez eux pour les fêtes et changent donc leur naira contre du CFA. De plus, il semblerait que des quantités non négligeables de faux billets nigérians circulent, la nouvelle coupure de 200 N sorti récemment serait même déjà imitée.

L'écart se creuse entre le taux officiel et le taux sur le marché parallèle.

Sur le marché officiel, la CBN a cédé le dollar à 103N à la fin du mois de septembre et à 102.5 N à la fin du mois de novembre. Le taux interbancaire a oscillé entre 108 et 111 N. On observe donc une différence moyenne de 17 N entre le marché officiel et le marché parallèle.
Rappelons que le marché officiel est régulé par les autorités et notamment par la CBN alors que le marché parallèle est un marché libre où se joue le jeu de l'offre et de la demande et qui reflète donc l'appréciation par les agents économiques de la valeur réelle de la monnaie. On peut donc en déduire une surévaluation de la monnaie de 15%.
Cet écart s'est creusé du fait du mauvais comportement des banques qui continuent d'acheter des devises à la CBN pour les revendre sur le marché parallèle. La mesure prise par la CBN au mois de septembre pour punir ce genre de pratique n'a fait qu'aggraver la situation puisque les banques suspendues vont s'approvisionner sur le marché parallèle allant même jusqu'à subventionner le dollar pour conserver leur clientèle. La dernière mesure prise par la CBN pour soutenir la monnaie nigériane a été de retirer à ces banques le droit de vendre des traveller chèques ; les clients ont alors assiégé les bureaux de change où ils pouvaient encore obtenir des traveller. L'indiscipline observé aujourd'hui dans le système bancaire est due au simple fait que la CBN n'arrive pas à satisfaire la demande en devises dans le pays et cela oblige les banques à s'approvisionner sur le marché parallèle.
La quantité de devises ainsi négociée (achetée sur le marché officiel puis revendu au maximum 1 Naira de plus sur le marché parallèle) n'est pas suffisamment importante pour influencer le taux de change du marché parallèle puisque si c'était le cas ce taux devrait rejoindre celui du marché officiel, or l'écart se creuse.

Les ventes de devises augmentent de 48% sur l'IFEM.

Les ventes de devises sur l'IFEM s'élèvent à 7,186 milliards de dollars à la fin de la première uinzaine de décembre 2000 contre 4,859 milliards en 1999. Globalement la mise en place de l'IFEM a permis d'augmenter la quantité de devises vendues sur le marché officiel. Etant donné que le Naira est surévalué, les devises trouvent preneurs facilement et la CBN n'arrive pas à satisfaire toutes les demandes. La CBN ne pourra pas continuer à augmenter la quantité de devises qu'elle vend, ni le taux qu'elle applique sans diminuer ses recettes et accentuer la chute de la valeur de la naira.
Dès son introduction, le 1er janvier 1999, l'Euro s'est détérioré par rapport au dollar US pour perdre 21% de sa valeur passant de 0.962 au 1er janvier 99 à 0.93 à fin juin 2000. On observe donc une appréciation du dollar par rapport au FCFA qui est rattaché à l'euro par une parité fixe. Le taux moyen est passé de 649 FCFA le dollar en janvier 2000 à 705 FCFA le dollar en juin 2000 atteignant même 761 FCFA le dollar fin novembre sur le marché parallèle. Depuis le mois de décembre, le FCFA commence à reprendre le dessus.

Introduction d'une nouvelle coupure de 200 Naira.
La CBN a introduit une nouvelle coupure de 200 N début novembre, un an après l'introduction de celle de 100 N, l'objectif des autorités nigérianes étant de faciliter les transactions. En effet la plupart des commerçants préfèrent l'argent physique et l'instauration de cette nouvelle coupure permettra un transport d'argent moins volumineux !


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