LES ECHANGES
Les échanges entre le Bénin et le Nigeria ont connu de nombreuses perturbations au cours du premier semestre de l'an 2000.
Ceci du fait du retard dans l'annonce du budget du Nigeria cinq mois après le début de l'année fiscale, des différentes crises générées par la hausse des prix des produits pétroliers et le non paiement du salaire minimum des travailleurs du Nigeria.
De plus, la mise en application du tarif extérieur commun a eu des influences sur les marchandises en transit vers le Nigeria.
Ces différents phénomènes ont eu des impacts négatifs sur les transactions entre le Bénin et le Nigeria. Mais le mois de septembre devrait être le mois de reprise des activités commerciales.
LES PRODUITS AGRICOLES
Au Bénin,
Il n'y a pas eu de très grande modification des transactions. Les produits agricoles ont vu leurs prix chuter en raison de la saisonnalité des produits mais cette réduction a été moindre que les années précédentes puisque la pénurie des hydrocarbures a occasionné une augmentation des coûts de transport. C'est le cas pour l'igname et le maïs en provenance du centre et du septentrion dont le transport a été rendu difficile à cause de la pénurie de gasoil utilisé par les gros porteurs. Les tomates, cultivées dans le Nord du Nigeria, sont habituellement exportées vers le Bénin durant la période déficitaire de décembre en juin.
Cependant cette année, la pluviométrie a été abondante jusqu'à début décembre1999, ce qui a permis d'avoir une bonne récolte étalée dans le temps. Ainsi les importations en provenance du Nigeria n'ont duré que deux mois. A partir de juillet 2000, la situation s'est inversée uniquement en ce qui concerne les flux de tomates et on observe actuellement d'importants flux du Bénin vers le Nigeria. Par contre, les oignons et les haricots continuent d'être importés à cause de l'insuffisance de la production nationale. Depuis la deuxième quinzaine du mois d'avril 99, les importations de maïs en provenance du Nigeria, qui avaient cessé depuis plus de trois ans, ont repris du fait de l'importance de la demande par rapport à l'offre sur le marché béninois. Les flux importants de maïs peuvent aussi s'expliquer par le fait que le mais est exporté du Nigeria vers le Gabon via le Bénin.
Perte de compétitivité des céréales nigérianes
au profit de nouvelles sources d'approvisionnement, au Niger…
L'évolution des prix du mil à Kano et à Maradi de janvier 1999 en mai 2000 fait ressortir 3 tendances: de janvier à juin 1999, les importations de mil en provenance du Nigeria ont été moins importantes que d'habitude étant donné la bonne campagne agricole.
C'est seulement à partir du mois d'octobre que les prix à Kano ont chuté en dessous de ceux de Maradi, ce qui explique le fait que les importations de mil aient repris à la veille de la soudure 2000. De juillet en septembre, on observe une évolution des prix en dents de scie.
D'une manière générale, les importateurs nigériens de céréales se sont détournés du marché nigérian. Le maïs est venu du Ghana, du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire et du Bénin; le mil du Mali et du Burkina Faso; le sorgho du Burkina Faso et dans une moindre mesure du Mali.
Ce détournement a plusieurs causes: les prix moins élevés cette année du fait de bonnes récoltes, la meilleure qualité des produits dans ces pays, la dévaluation du cedi au Ghana…
Pour ce qui est du principal produit agricole nigérien exporté vers le Nigeria, à savoir le niébé, on note un ralentissement des échanges malgré une évolution favorable des prix du fait des prix peu élevés au Nigeria, d'un stock important de la SOCOPAP et de la faible demande du Ghana qui se serait tourné cette année vers le Burkina.
Du fait des bonnes récoltes, au Cameroun…
Au Nord Cameroun, les mouvements de céréales ont été presque inexistants. La bonne pluviométrie des campagnes 1998/1999 a entraîné de bonnes récoltes dans la sous région. Pour la première fois depuis 10 ans, les commerçants ayant emmagasiné des stocks de céréales à des fins spéculatives ont fait de mauvaises affaires. En effet, le sac de mil jaune de 100 kg acheté entre 10.000 et 11.000 FCFA en février mars 1999 dans l'Extrême Nord lors de la récolte de contre saison a été vendue entre 8.000 et 10.000 FCFA pendant la période de soudure. L'année précédente le même sac coûtait à la même période plus de 28.000 FCFA.

LES PRODUITS MANUFACTURES
Au Bénin,
En règle générale, le commerce se poursuit même si on observe une plus grande présence des produits ivoiriens concernant surtout les tissus et les cosmétiques (de meilleure qualité que ceux venant du Nigeria).
Le mois de septembre est le mois des fournitures scolaires ainsi, malgré le décret d'exonération des taxes sur ces dernières signé en conseil des ministres, on a observé une hausse vertigineuse des prix.
A titre d'exemple, le paquet de 10 cahiers de 100 pages "Calligraphe" est passé de 1000 FCFA la première quinzaine à 1300 FCFA la deuxième quinzaine soit une augmentation de 30%.
Le sucre Saint Louis a connu une augmentation plus importante à cause de l’augmentation du prix sur le marché international. Les prix sont passées de 250 à 350 FCFA d'août à septembre, soit une hausse de 40%.
Nigeria-Cameroun: Inversion des flux de produits manufacturés.
Au Cameroun, durant l'année 1999, de fréquentes pénuries d'allumettes ont été observées à cause de la trop forte intervention du Nigeria sur le marché.
Depuis 1998, la cimenterie CIMENCAM de Figuil arrive difficilement à satisfaire la demande de la sous région, la situation est d'ailleurs devenue critique depuis le début de l'année 2000. En effet, les fortes demandes du Tchad (qui est devenu un grand consommateur de matériaux de construction) et du Nigeria ajoutées à l'insuffisance de la production due au non ravitaillement de l'usine ont provoqué des pénuries importantes entraînant une flambée des prix. Le sac de 50 kg a atteint 6.000 FCFA à Maroua contre 3.500 habituellement.
Les flux de friperie se sont inversés: alors qu'il y a 3 ans c'était le Nigeria qui ravitaillait la zone avec des produits supposés venir de Cotonou, les ballots partent à présent du Cameroun en direction du Nigeria et du Tchad.
LES HYDROCARBURES
Marchés officiels et parallèles perturbés par les prix du brut.
Les transactions des produits pétroliers sont demeurées au centre des échanges quel que soit le pays considéré. Les années 1998 et 1999 ont été marquées par des pénuries récurrentes au Nigeria, ce qui a eu des impacts importants sur l'ampleur du trafic.
Le Tchad a beaucoup souffert des pénuries au Nigeria car c'est le seul pays ayant un accord officiel de transaction de produits raffinés avec le Nigeria.
L'approvisionnement permet non seulement la consommation domestique mais aussi la production électrique. Le tarissement des approvisionnements a entraîné de très importants délestages électriques qui ont paralysé l'économie.
Au Niger, le tarissement de l'approvisionnement a désorganisé l'économie du Sud Est du Niger et amplifié la crise économique.
Un ralentissement des flux d'essence kpayo (essence vendue sur le marché noir et dont la qualité est souvent inférieure à celle vendue dans les stations) en direction du Bénin a été observé, en raison des problèmes de raffinerie et surtout de la grève des syndicats du secteur pétrolier au Nigeria qui a débuté le 11 septembre 2000.
Par contre les flux de gasoil et de pétrole ont vu leur quantité augmenter du fait de leur pénurie dans les stations services du Bénin. En effet la pénurie de gasoil a duré du 20 août au 16 septembre et celles du pétrole et de l'essence du 11 au 16 septembre. Ces pénuries sont dues aux différentes crises que traversent la SONACOP à savoir la suspension de 2 responsables, les rebondissements de l'affaire ODIFIC-SONACOP et la grève des syndicats de la SONACOP. Tous ces problèmes ont influencé les prix des hydrocarbures sur le marché noir. Ainsi, à Cotonou, le prix de l'essence est passé de 250 à plus de 350 FCFA et les prix du gasoil et du pétrole lampant que l'on ne rencontre sur le marché noir qu'en période de pénurie sont passés respectivement de 375 et 250 FCFA à 1.200 FCFA le litre. Mais depuis la fin septembre, les choses sont rentrées dans l'ordre et l'essence kpayo est vendue à 250 FCFA.
Au Cameroun, pendant l'année 1998, le Grand Nord Cameroun, déjà insuffisamment servi par la société camerounaise des dépôts pétroliers, ravitaillait de manière informelle le Nord Est du Nigeria, ce qui a provoqué des pénuries fréquentes.