LES DETERMINANTS DES ECHANGES
Vers une libéralisation plus poussée de l'économie nigériane…
Libéralisation du marché des changes et comportement de la Naira.
Plusieurs réformes ont marqué l'année 1999 :
L'abolition du double taux de change.
Le Nigeria présentait la particularité de disposer de deux taux de change: le taux de l'Etat de 22N par dollar, utilisé par la comptabilité publique pour la conversion en naira des recettes en dollars de l'Etat et le taux autonome (94,9 N par dollar fin décembre 1998) administré par la CBN dans le cadre de l'AFEM, utilisé pour l'allocation hebdomadaire de dollar par la CBN aux banques commerciales agissant pour le compte des importateurs de biens et services.
Considérant que ce système était source de nombreux abus, les bailleurs de fonds souhaitaient une fusion de ces deux taux. A présent, seul le taux hebdomadaire de l'AFEM est utilisé aussi bien par le privé que le public.
Ceci devrait permettre de réduire la fraude.
Passage de l'AFEM à l'IFEM.
Le 27 octobre 1999, l'Autonomous Foreign Exchange Market a tenu sa dernière séance hebdomadaire d'allocation de devises alors que deux jours plutôt, un marché interbancaire quotidien venait d'être mis en place. Sur l'IFEM (Inter bank Foreign Exchange Market), la CBN ne sera plus l'unique pourvoyeur de devises du pays. Sur ce réseau bancaire, elle se positionne comme un simple intervenant au même titre que 82 autres banques commerciales dans l'achat et la vente de devises. La mise en place de l'IFEM permet d'obtenir des devises chaque jour ce qui donne aux banques et compagnies exportatrices une plus grande liberté. On peut supposer que cela aura un impact positif sur le volume des transactions commerciales. Ceci se vérifie d'ores et déjà à travers le cumul hebdomadaire des ventes qui, jusqu'en octobre 2000 a atteint 5,312 milliards de dollars contre 3.953 pour la même période en 1999.

Le taux de change est fixé en fonction de la demande de devises avec une marge entre achat et vente plafonnée à 1 Naira. Ainsi de janvier à septembre 2000, le taux inter bancaire sur l'IFEM a varié de 98,75N/$ à 102,35N/$. Ce taux a cependant atteint 105,2 N/$ en juillet 2000.
La CBN perd une partie de son pouvoir mais garde cependant un droit de regard sur ces transactions afin d'éviter des spéculations. Elle reste la principale institution allocataire de devises du pays (les mises sur le marché de dollar par les pétroliers demeurant marginales), ce qui lui permet de contrôler une éventuelle dérive de la naira. De plus, les banques n'ont pas le droit de garder des devises au delà d'une semaine; après ce délai elles sont dans l'obligation de les revendre, même à perte, à la CBN.
Le marché des changes est donc théoriquement libéralisé mais ce nouveau système n'est pas parvenue à enrayer le marché parallèle.
On peut évoquer plusieurs explications à cette persistance, notamment: l'insuffisance de quantités de devises, les problèmes d'accès au marché officiel mais aussi l'attraction du marché parallèle de par sa plus grande simplicité et souplesse. A la fin décembre 1999, la naira s'établissait à environ 103N/$ sur le marché parallèle contre 98.20 sur l'IFEM. Ce taux a oscillé entre 103 et 105N/$ entre janvier et mai 2000. Cette faible fluctuation du taux sur le marché parallèle pendant 5 mois est la conséquence du comportement de 5 banques nigérianes. Au cours du premier semestre 2000, ces banques ont essayé de spéculer en achetant des devises sur l'IFEM et en les revendant sur le marché parallèle. Ainsi l'afflux de devises a permis au marché parallèle de garder un taux plus ou moins stable. A présent ces 5 banques ont été suspendues et on assiste à une flambée des taux de change. Au mois d'octobre le taux de change s'établit à 120 Naira pour un dollar.
L'instabilité des taux d'intérêt.
La libéralisation de la politique monétaire n'a pas enrayé l'instabilité des taux d'intérêt. Ainsi, au cours de l'année 2000, le NIBOR a fluctué entre 16.25 et 20.99%, ces taux demeurent élevés même s'ils sont loin des sommets de 1999 où les taux ont atteint 40%. Cette instabilité pénalise fortement les opérateurs économiques qui ne peuvent pas réaliser des programmations rigoureuses d'autant plus que la rémunération des dépôts à terme ne dépasse pas 8%.
Depuis mai 1999, l'inflation globale du Nigeria est résolument à la baisse…
L'inflation globale officielle au Nigeria enregistrée par le FOS (Federal Office of Statisics) dans son CPI (Consumer Price Index) est passé de 6,6% à 3,9% entre décembre 1999 et février 2000.

Budget 2000 : Un retard préjudiciable pour les échanges.
Contrairement aux années précédentes, sous la dictature militaire, la loi de finances n'a pas fait l'objet d'un simple décret mais a été soumise au vote des assemblées. Cette nouvelle procédure a été marquée par de nombreux rebondissements et d'importants retards. Après une première présentation du projet de budget par le gouvernement en novembre 1999, les derniers textes n'ont été entérinés qu'en juin.
Ce retard a conduit les opérateurs économiques à adopter jusque là la stratégie de "wait and see" qui consiste à ralentir les importations tant que la loi de finance n'est pas connue.
La politique commerciale
Le régime de faible taxation commencé par l'administration Abubakar se poursuit en 2000. Ainsi plusieurs mesures ont été mises en place depuis le 1er janvier 2000 notamment des changements au niveau des taxations, des droits portuaires… Cependant il s'agit d'une libéralisation sur mesure puisque l'ensemble des dispositions visent plus à renforcer la compétitivité des industries et filières nationales qu'à réellement ouvrir l'économie sur l'extérieur.
Les droits et taxes…
Au niveau du secteur agricole et agroalimentaire, les droits sur les produits de base nécessaire à l'élevage et à l'agriculture baissent de 15 à 5%. Par contre ceux sur les volailles passent de 50 à 75% et ceux sur les fruits tropicaux de 40 à 60%. L'industrie laitière bénéficie d'une baisse de 5% des taux initiaux compris entre 10 et 20%. Les importations de maïs sont à nouveau autorisées. Au niveau des textiles, on note une baisse importante des taxes sur les produits et équipements destinés à l'industrie textile ramenée souvent à 5 ou 10% par rapport à des taux antérieurs de 15 à 25%. Concernant les matériaux de construction, des augmentations ont été enregistrées sur les produits céramiques et les éléments de toiture portés à 40%. Le ciment ne doit, à présent plus être importé en sac, seul le vrac est autorisé. Pour l'exercice 2000, de nouveaux droits d'accises sont instaurés sur la production nationale, ils frappent les cosmétiques (20%), les bières, vins et autres boissons fermentées (40%). Au contraire, le taux sur les cigarettes de fabrication locale passe de 40 à 20% alors que les droits de douane sur les cigarettes importées augmentent de 40 à 60%. La liste des prohibitions à l'importation se restreint, en plus du maïs deux autres produits sont retirés de la liste à savoir la bentonite et la baryte.
La révision des droits portuaires…
Elle se résume à l'annonce du Ministère des Finances sur une révision des droits perçus aux ports et une simplification des procédures dans le cadre d'une réorganisation des services portuaires sans en préciser le contenu.
Privatisation imminente des sociétés d'Etat au Nigeria
En octobre 1999, le conseil national de privatisation a annoncé un programme de privatisation en 3 étapes: dans un premier temps, l'Etat nigérian va vendre les parts qu'il possède dans 11 banques, compagnies de ciment et de pétrole avant la fin de l'année 1999. Ensuite courant 2000, ce sera le tour des hôtels et immeubles du gouvernement. Puis la dernière étape qui prendra fin en 2001 concerne la privatisation de la NEPA, la compagnie d'électricité nigériane rachetée par des Sud Africains, de la NITEL/MTEL, la compagnie des télécommunications convoitée par des Malaisiens, de la NAFCON, entreprise de commercialisation des intrants agricoles, des raffineries de pétrole et de Nigeria Airways pour l'instant sans repreneur.
Le renforcement des PAS dans les pays de la zone franc.
Bénin: Allégement de la dette de 322 milliards de FCFA au titre de l'initiative P.P.T.E.
Dans la zone, le Bénin semble avoir le plus profité de sa collaboration avec la Banque Mondiale puisqu'il a été éligible à l'initiative PPTE renforcée (initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés). Suite à l'évaluation de la situation économique et financière du Bénin, la Banque Mondiale et le FMI ont décidé, les 13 et 17 juillet 2000, d'alléger la dette extérieure du Bénin de 322 milliards de FCFA. L'encours de la dette, au 31 mars 2000, s'élevait à 910.674,99 millions FCFA. Ces ressources seront libérées annuellement à raison d'une moyenne de 3 milliards sur vingt années. Au titre de l'an 2000, le FMI et la Banque Mondiale accorderont au Bénin un allégement intérimaire de dettes de l'ordre de 3,5 milliards qui devrait en principe être complété par celui des autres bailleurs de fonds pour aboutir à une remise totale d'environ 5 milliards de FCFA. Au titre de l'année 2001, des allègements de dettes de l'ordre de 13 à 14 milliards de FCFA sont attendus. L'ensemble de ces ressources servira à financer des dépenses sociales destinées à réduire la pauvreté dans le cadre d'un nouveau programme d'ajustement structurel 2000-2003. Par ailleurs, le Bénin va ainsi bénéficier d'un prêt d'un montant 24,1 milliards de francs décaissés en trois tranches annuelles, grâce aux ressources de la Facilité pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté. En conséquence, le gouvernement va poursuivre ses objectifs à savoir le maintien d'un taux de croissance de 5 à 6%, la maîtrise de l'inflation et du déficit public… Ce nouveau programme mettra l'accent sur la lutte contre la pauvreté au travers soit de mesures sociales bénéficiant directement aux populations en matière d'éducation, de santé, d'accès à l'eau potable…; soit de réformes structurelles qui devraient stimuler la croissance (libéralisation et privatisation de divers secteurs de l'économie) et améliorer la gestion économique d'ensemble du pays (lutte contre la corruption, décentralisation, réforme de la fonction publique…).
Niger: Apurement de la dette.
Au Niger, outre le concours financier qu'apportent l'Union Européenne, la France et la Belgique, la Banque Mondiale vient de conclure avec ce pays un accord, qui servira à apurer une partie de l'énorme dette intérieure: les fonctionnaires accusent plusieurs mois de retard de salaire.
Cameroun: Signature d'un accord FASR.
Tout comme le Niger, le Cameroun a engagé un train de mesures avec la volonté d'être agréé à l'initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE).
Au Cameroun, la période 1997-1999 a été marquée par la signature d'un accord au titre de la FASR (Facilité d'Ajustement Structurel Renforcé) avec le FMI en appui au programme économique et financier à moyen terme du gouvernement: la légère amélioration de la situation économique a permis au pouvoir de relever les salaires et de proposer de recourir aux bons du trésor pour résorber une partie de la dette intérieure (apurement des arriérés de salaires).
Tchad: Engagement de la Banque Mondiale pour l'exploitation du pétrole.
Au Tchad, même si la Banque Mondiale a longtemps hésité avant de s'engager sur le projet de Doba au Sud du pays, l'espoir du renforcement des réformes est fortement tributaire des possibilités d'exploitation de ce pétrole. Ceci pourrait bien modifier de manière profonde l'environnement économique du Tchad par l'intermédiaire des investissements considérables et des créations d'emplois. Cependant ce projet risque aussi d'accroître les inégalités et d'exacerber les conflits Nord Sud. La pose de la première pierre de la construction du pipeline consacre le début de réalisation de ce projet si vital pour les économies du Tchad et du Cameroun.
Les avancées en matière de politique d'intégration.
Le TEC de l'UEMOA.
La mise en application du TEC implique pour la plupart des pays de l'UEMOA un désarmement tarifaire aux conséquences budgétaires importantes. En effet, malgré les réformes dans le cadre des politiques d'ajustement structurel ayant entraîné un désarmement tarifaire important, les recettes budgétaires des Etats de l'UEMOA restent encore fortement tributaire des recettes perçues en douane. Cependant, si pour la plupart des pays, cette mesure entraîne une libéralisation de leur marché, elle provoque en revanche un réarmement tarifaire au Bénin.
Le dispositif du TEC repose sur 3 éléments: une catégorisation des produits, des droits et taxes permanents et des droits et taxes à caractère temporaire.
La catégorisation
Les produits ont été classés en 4 catégories:
Catégorie 0: Biens sociaux essentiels relevant d'une liste limitative.
Catégorie 1: Biens de première nécessité, matières premières de base, biens d'équipement et intrants spécifiques
Catégorie 2: Intrants et produits intermédiaires Catégorie 3: Biens de consommation finale et tous les autres produits non repris ailleurs.
Les droits et taxes permanents
Pour ces droits et taxes, l'assiette est constituée par la
valeur CAF.
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Catégories |
Droit de Douane (DD) |
Redevance Statistique (RS) |
Prélèvements Communautaires de Solidarité (PCS) UEMOA + PC CEDEAO |
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0 |
0% |
1% |
1% |
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1 |
5% |
1% |
1% |
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2 |
10% |
1% |
1% |
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3 |
20% |
1% |
1% |
Les droits et taxes à caractère temporaire.
D'une part la Taxe Dégressive de Protection (TDP) dont l'objectif est de compenser les baisses importantes de protection tarifaires liées à la mise en place du TEC.
Il s'agit d'une taxe ad valorem temporaire et dégressive, elle s'applique sur les produits relevant de l'industrie ou de l'agro industrie.
D'autre part, la Taxe Conjoncturelle à l'Importation (TCI) dont l'objectif est de compenser les baisses importantes de protection tarifaires liées à la variation erratique des cours mondiaux. Elle s'applique aux produits de l'agriculture, de l'agro industrie, de l'élevage et de la pêche à l'exclusion du poisson et des produits à base de poissons. Ce mécanisme est communautaire et d'application nationale.
Nous développerons les impacts de la mise en place du tarif extérieur commun sous forme d'encadré sur l'intégration régionale dans un prochain numéro.
La CEMAC
Volonté de convergence des politiques budgétaires.
S'agissant particulièrement de la CEMAC, les performances enregistrées (croissance de 0,5% en 1999 contre 4,3% en 1998) ne reflètent pas le dynamisme attendu.
La CEMAC aurait la volonté de mettre en place une convergence des politiques budgétaires des pays membres mais les difficultés économiques de l'ensemble des pays de la zone (Le Congo en guerre larvée, la RCA en quasi-faillite) empêche sa construction.
Annonce de la création d'une nouvelle zone monétaire.
Une réunion ministérielle regroupant sept Etats (Bénin, Burkina Faso, Ghana, Mali, Niger, Nigeria et Togo) s'est tenue à Abuja le 26 et 27 mars 2000 sur l'initiative Ghana/Nigeria en vue d'accélérer le processus d'intégration régionale. Les perspectives discutées ont porté sur la libre circulation des biens et la création d'une zone de libre échange, la libre circulation des personnes et la création d'une zone sans frontière, le développement des infrastructures régionales et la promotion du secteur privé et enfin la mise en place d'une deuxième zone monétaire.
Celle-ci serait patronnée par le Nigeria et le Ghana dans la perspective d'une monnaie commune à l'ensemble de la CEDEAO et devrait être mise en place en 2003.