LES ECHANGES



Céréales : zone d'influence du Nigeria fortement réduite

L'habituel dynamisme des échanges de céréales locales (mil, sorgho, maïs) à l'intérieur de la sous-région a montré ce semestre de forts signes d'altération.

Plusieurs éléments ont contrecarré les déterminants qui les années précédentes justifiaient des échanges soutenus.

Ces déterminants pouvaient se résumer en la conjonction de deux éléments ; d'une part des différences de niveau de production entre zones voisines (en particulier entre le nord Nigeria et les pays sahéliens d'à côté), de l'autre des frontières perméables permettant aux commerçants de profiter des écarts de prix importants.

En cette première moitié de 1998 c'est essentiellement le manque de compétitivité des productions nigérianes qui expliquent le tarissement des flux.

Au Nigeria, n'oublions pas en effet que la récolte 97/98 a été particulièrement mauvaise (le climat et le système de distribution des intrants avaient été mis en cause) et que par conséquent les prix ont progressivement culminé vers des sommets inédits.

Le niveau des marges brutes sur les principaux axes de commercialisation (dans le sens Nigeria - ZF) est dans les meilleurs des cas fortement réduit. Dans d'autres cas, surtout au nord-est de la sous-région, on observe que les prix des céréales au Nigeria dépassent ceux pratiqués chez ses voisins (Cameroun et Tchad).

Il s'agit d'une situation totalement nouvelle. On aurait même vu, au début du premier trimestre des commerçants nigérians investir les marchés céréaliers nord camerounais afin de ramener quelques sacs dans leur pays. Il ne s'agissait que d'un épiphénomène tant la période de soudure a, par la suite, provoqué une flambée des prix au nord Cameroun.

L'ouest de la sous-région (l'ouest du Niger et le Bénin) est également totalement hors d'atteinte des céréales nigérianes. Il faut dire que les commerçants de Niamey ont su diversifier leurs sources d'approvisionnement. Ils importent du mil du Mali et du maïs de Côte d'Ivoire, du Ghana et du Bénin. Les avantages de ces productions (par rapport au Nigeria), outre le prix un peu plus abordable, sont une bonne qualité et un conditionnement intéressant. Par ailleurs, le Bénin bénéficie peu de l'excédent de production céréalière réalisé cette année. Certes, une partie du surplus est écoulée au Niger mais en faible quantité du fait du manque de compétitivité de la production béninoise. A Niamey le maïs béninois se vend en effet plus cher que les productions des autres pays côtiers.

Variations des marges brutes sur les principaux flux céréaliers

 

Maïduguri /N'djaména

Maïduguri/Maroua

Kano/Niamey

 

Maïs

Mil

Maïs

Mil

Maïs

Mil

1er trim 97

23%

40%

nd

nd

33%

10%

1er trim 98

-23,5%

-3%

-23%

-14%

3 %

6%

2eme trim

-17%1

-5%1

-12%2

-3%1

6,5%2

-24%1

1 : seuls les prix d'avril étaient disponibles
2 : seuls les prix d'avril et de mai disponibles
Source : RER

Rentrée d'essence de la zone-franc : les pénuries d'hydrocarbures au Nigeria modifient les habitudes

Le volume de carburant nigérian distribué frauduleusement au Bénin, au Niger, au Cameroun et au Tchad a diminué entre ce semestre et la fin de l'année 97. Des pénuries de carburant (le gasoil a surtout été rare en mars et en avril) ont en effet marqué une nouvelle fois la situation économique du Nigeria. Ce pays, face à sa capacité de raffinage structurellement insuffisante, avait pourtant en septembre 1997 décidé d'importer, au prix fort, la majorité (environ 55%) de ses besoins en carburant (d'après le Business Concord du 27 avril 98, 10 des 18 millions de litres de carburant raffiné que les nigérians consomment chaque jour seraient importés). La production locale qui était supposée compléter cette offre internationale n'est pas parvenu à remplir ce rôle du fait de problèmes techniques liés au piètre entretien des raffineries du pays. La situation a été de surcroît aggravée par la corruption. Les pénuries semblent cependant s'estomper à partir de mi-avril.

Si, suite à ces difficultés d'approvisionnement on observe une augmentation généralisée des prix de l'essence au Nigeria, celle-ci n'est pas homogène dans toutes les localités. Les Etats du nord (Kaduna, Borno, Niger, Yobé, Katsina...) ont en effet été davantage touchés par la crise. Il en a résulté le développement des circuits de commercialisation informel à l'intérieur du pays.

Cette dynamique interne explique pour partie la morosité des exportations d'essence nigériane à destination de ses voisins. La sévérité accrue aux frontières et des prix peu propices complètent cette explication.

Pour prévenir la sortie d'hydrocarbure hors du territoire, les autorités du Nigeria ont haussé le ton. La société African Petroleum qui possède environ 10% des stations du pays a par exemple été sanctionnée pour avoir participé au trafic.

Le niveau des prix au Nigeria a malgré cela été le principal obstacle aux échanges. Sur le marché noir l'essence s'est vendu entre 40 et 100 naira le litre au mois d'avril, ce qui rend les prix affichés dans les stations essence des pays voisins attractifs pour les automobilistes nigérians (voir graph 4). De fait, certains d'entre eux n'ont pas hésité à aller s'approvisionner auprès de la SONIDEP au Niger. En mai-juin, la situation s'est dédramatisée et les prix de l'essence ont baissé dans les différentes localités.

Les mauvaises récoltes expliquent les importants flux de bétail des pays sahéliens vers les pays côtiers.

Au cours du trimestre, les échanges de bétail dans le sous-espace ont été marqués par le niveau considérable des importations des pays côtiers, le Bénin et le Nigeria surtout. Les importants déficits céréaliers (en particulier au Niger et au Nord - Cameroun), le mauvais pâturage et la constitution des stocks pour la fête de Tabaski expliquent en grande partie ce fort taux d’exploitation du cheptel au cours du trimestre.

Le fait marquant du trimestre a rapport au niveau des exportations du bétail du Niger, du Tchad et du Nord-Cameroun. Le Cameroun a exporté plus de 12 milles têtes de bovins et près de 7 milles têtes de petits ruminants en direction du Nigeria au cours du trimestre contre quelques têtes le trimestre d’avant. Quant aux exportations tchadiennes à destination du Nigeria via Maïduguri, elles ont plutôt baissé. Les exportations de bovins sont passées de 20 mille têtes au 4eme trimestre 97 à 12 mille au premier trimestre 98, soit une baisse de 40%. Celles des petits ruminants de 35 mille têtes à 12 500 têtes au cours de la même période, soit 64% de baisse. Seules les importations nigérianes de bétail nigérien ont connu une évolution régulière (selon les recensements réalisés à Maiduguri). Les exportations de bétail ont presque doublé ; 8 720 têtes au 1er trimestre 98 contre 4 410 têtes au 4eme trimestre 97 pour les bovins, 10 000 têtes au 1er trimestre 98 contre 5 700 têtes au 4eme trimestre 97. Quant aux exportations nigériennes du bétail en direction du Bénin exclusivement constituées de petits ruminants, elles sont restées à un niveau relativement élevé par rapport au 4eme trimestre 97, soit un peu plus de 35 mille têtes.

Cette situation s’explique par le fait que le Niger a connu un grave déficit céréalier et un mauvais pâturage contrairement au Tchad où récoltes céréalières et pâturage ont été relativement meilleurs. Le niveau relativement élevé des exportations du Nord-Cameroun en direction du Nigeria serait dû aux mêmes raisons mais, il résulterait d’une partie des exportations tchadiennes en transit au Cameroun. Cette réexportation du bétail tchadien par le Cameroun serait facilitée par l’utilisation du " Passeport pour bétail " et du " Certificat internationale de transhumance " en vigueur en Afrique de l’Ouest et du Centre. A cela , il faut ajouter la constitution des stocks pour la fête de Tabaski qui a eu lieu début avril.

Ciment : les prix flambent mais les flux restent faibles

La situation sur les marchés du ciment a été très perturbée ce trimestre. L'incapacité du secteur cimentier du Bénin et du Niger à satisfaire une demande logiquement élevée pendant la saison sèche a tiré les prix vers le haut.

A une très petite échelle, le Nigeria a profité de cette situation, puisque l'on a observé la présence de quelques sacs nigérians au Bénin.

Au nord est de la sous-région, aux frontières du Nigeria, du Cameroun et du Tchad, aucune modification n'a été signalée : le ciment nigérian serait toujours absent des marchés de ses voisins, et c'est toujours le ciment camerounais qui alimente le Tchad.

Au Bénin, la résolution des problèmes de délestages en mai permettant à deux (sur trois) cimenteries du pays à reprendre leurs activités et l'octroi d'agrément d'importation à des opérateurs privés, ont favorisé une baisse des prix. Ceux-ci restent cependant supérieurs aux prix officiels (qui est de 2800 Fcfa le sac) car le marché noir persiste.

...Et les autres produits manufacturés ?

Quant aux échanges des autres produits manufacturés, deux caractéristiques ont marqué l'actualité de ce trimestre.

Les difficultés éprouvées par le pays à alimenter les principales zones urbaines en électricité (N'djaména, Lagos et Cotonou entre autre) ont affecté la nature des produits échangés et l'intensité de ces échanges. Le Nigeria a pour partie pallié aux besoins spécifiques provoqués par cette situation. Cotonou a en particulier été approvisionné en groupes électrogènes bien sur, mais aussi en divers objets (lampe rechargeable, réchaud à gaz, etc.). La vitesse avec laquelle les commerçants ont pu s'adapter à ces nouveaux besoins a d'ailleurs permis de mettre en évidence leur efficacité. En revanche, un facteur indépendant de la volonté de ces commerçants a pénalisé ces échanges. Au cours du mois de mars, la NEPA, la compagnie nigériane en charge de la distribution d'électricité a rencontré des difficultés. Les délestages se sont ainsi répandu au Nigeria, avec comme conséquence, l'indisponibilité des groupes électrogènes les plus puissants.

Le deuxième élément est une confirmation d'une intensification des relations commerciales entre le Cameroun et le Tchad. En effet, il nous a été signalé des flux importants de produits manufacturés camerounais à destination du Tchad (produits de brasserie, tôles, liqueurs, piles...). Le pendant de cette constatation est une relative perte d'influence de la production nigériane au Tchad.


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