LES ECHANGES



Le ciment: le secteur du bâtiment en forte progression

Le secteur du ciment a été marqué ces derniers temps par une instabilité de l'offre. Alors que la demande ne cesse de s'accroître, les usines manufacturières de ciment du Bénin, du Niger et du nord du Nigeria ont eu d'énormes difficultés pour assurer l'approvisionnement régulier du marché. Une telle situation a entraîné une envolée des prix au Niger et au Bénin. Les magasins officiels béninois se sont transformés en marchés noirs, distribuant leurs produits dans tous les coins de rues pour vendre plus cher.

La stabilité des prix qui caractérise ce secteur au Bénin a fait place à une instabilité inquiétante. Au plan régional, une partie de la demande béninoise est assurée par la production togolaise, celle du Niger par les productions nigérianes, béninoises et togolaises. Les prix officiels pratiqués dans certains pays du sous-espace (Bénin, Niger et Sokoto au nord du Nigeria) sont respectivement 54 500, 86 000 et 70 000 Fcfa. Mais, au dernier trimestre 1997, les consommateurs des différents pays ont acheté le ciment respectivement à 60 000, 88 000 à 93 000 et 70 000 Fcfa. Opportunité oblige, pendant que les consommateurs béninois manquaient de ciment, leurs homologues du Niger ont le ciment du Bénin sur le marché de Niamey à 92 000 Fcfa la tonne, soit 4 600 F le sac. La forte demande du ciment au Niger est une chose curieuse parce que la situation générale du trimestre est caractérisée par une baisse du pouvoir d'achat de la population. Cette situation contraste avec celle de Maroua (Nord-Cameroun), où les prix sont restés inchangés depuis le début de l'année (soit 3 700 Fcfa le sac de 50 Kg). Cela est peut-être due à une stabilité de la demande. Etant donné les écarts de prix (voir tableau n° 2), il n'est pas exclu que le ciment camerounais soit exporté au Nigeria par le marché de Amchidé-Banki. Quant à la demande tchadienne, les observations sur le marché de N'djaména prouvent que celle-ci est satisfaite grâce à l'offre camerounaise en 1997. Les importations officielles à partir du Cameroun s'élèvent à 16 196,25 tonnes en six mois (juillet à décembre) selon les données du Bureau de Douane de Nguéli.

Tableau 2 : Prix du paquet de ciment dans le sous-espace en 1997. (en FCFA)

Année 1997

Maidug

Kano

Sokoto

Lagos

Cotonou*

Niamey

Maradi

N'djam

Maroua

Banki

Trim1

2928

2667

2375

2811

3000

3717

3813

-

3700

-

Trim2

3620

3135

2576

2917

3000

4567

4105

5086

3700

-

Trim3

3976

3438

 

3121

3200

4500

4283

4824

3700

3976

Trim4

3414

3292

 

3126

3200

 

4200

4774

3700

4082

* Le prix officiel au cours de l'année est de 2725 F/paquet, soit 54 500 F la tonnes. Mais la plupart des consommateurs n'avait accès au ciment qu'au prix du marché noir comme indiqué dans le tableau.

Source : RER.

Dans le nord du Nigeria (excepté le cas de Amchidé-Banki), le prix du ciment a légèrement diminué au cours du dernier trimestre. La baisse est plus importante à Maiduguri (15%) qu'à Kano (4%). Cette tendance du prix du ciment dans cette région contraire à la situation générale est le signe de la baisse des travaux du bâtiment.

Céréales : dans la spirale de la hausse des prix.

Sur le plan conjoncturel, la variation des prix entre le 3ème et le 4ème trimestre 1997 confirme la tendance saisonnière habituelle. Sur tous les points d'observation, les prix du mil et du maïs ont beaucoup baissé avec une baisse beaucoup plus importante pour le maïs que pour le mil (-33% et -25% respectivement à Maigatari et à Ndjaména) Cf. Graphique n°5). Mais, entre les derniers trimestres de 1996 et de 1997 l'évolution des prix présente deux cas de figure : Au Nigeria et au Niger elle confirme la mauvaise récolte au cours de cette campagne. Le prix du mil a enregistré d'importantes hausses comprises entre 34 et 74% au nord du Nigeria (Kamba et Katsina) et entre 27 et 50% au Niger (Zinder et Gaya). Le prix du maïs a connu les mêmes variations : entre 18 et 39% (Gaya et Maradi) au Niger et entre 34 et 74% (Kamba et Katsina) au Nigeria. Cette mauvaise récolte est à attribuer à deux facteurs déjà énumérés : la mauvaise pluviométrie et la non disponibilité des intrants agricoles. Au Bénin, c'est plutôt une baisse des prix céréales. La baisse est beaucoup plus importante pour le maïs (-49% à Cotonou) que pour le mil (-15,6% à Cotonou) Cf. Graphique 9 dans les perspectives (p.7).

Les hydrocarbures : fin des perturbations du marché parallèle.

Les prix des hydrocarbures, particulièrement ceux de l'essence semblent revenir à la normale dans les pays du sous-espace. Les marchés parallèles des hydrocarbures des pays de la Zone-Franc ont bénéficié d'une régularité dans l'approvisionnement. Mais cette régularité n'a pas suffit pour ramener les prix à leur niveau de janvier 97, début des pénuries au Nigeria. Les prix pratiqués au cours du trimestre sur les marchés frontaliers des pays voisins sont relativement plus élevés. Ainsi, à Cotonou, l'essence a coûté 48% plus cher en novembre et décembre 97 qu'en janvier 97. Son prix a été plafonné à 210 Fcfa, peut-être à cause des difficultés de transfert du produit mais, surtout de fait du mauvais approvisionnement des stations officielles au cours de la période. A Konni, elle a coûté en octobre et novembre respectivement 42 et 39% plus cher qu'en janvier 97. A Maradi, elle a coûté aussi respectivement 50 et 35% plus cher qu'en janvier 97. Toujours au Niger, en octobre et novembre, les consommateurs des villes de Zinder et de Maradi ont même acheté l'essence plus cher sur le marché parallèle que dans les stations officielles. Ces cas peuvent s'expliquer par la situation intérieure du Nigeria. Certes, l'approvisionnent semble régulier mais, il n'est pas totalement revenu à la normale. On continue d'assister à des files aux stations à essence de temps à autres dans le nord du pays. Cela est dû aux dispositions particulières prises par chaque Etat fédéré pour limiter les fuites d'essence. Cf. les échanges d'hydrocarbure dans l'écho n°9., On note, par exemple une forte augmentation des prix de l'essence dans l'état de Borno. Le litre d'essence a coûté en octobre, novembre et en décembre respectivement 61, 25, et 31% plus cher que son prix de janvier 97 qui était de 13 Naira sur le marché parallèle. Même à Lagos, on a assisté à l'apparition du marché parallèle d'hydrocarbures. En octobre et novembre, l'essence a coûté respectivement 5 et 2% plus cher que son prix de 11 Naira. A Ndjaména enfin, comparativement au mois de janvier 97, le prix du litre d'essence a connu une hausse de 13% en décembre. Rappelons que N'djaména est la ville du sous-espace où les hydrocarbures coûtent le plus cher. Les consommateurs tchadiens en général ont dû ressentir plus la crise des hydrocarbures au Nigeria. Les importations officielles d'essence ont dû baisser comme l'indique le graphique ci-dessus. C'est sans doute, pour pallier à cette difficulté en approvisionnement que des sociétés de distribution détenues par les Toubou (ethnie installée de par et d'autres de la frontière entre le Tchad et la Libye) se sont tournés vers la Libye pour importer des hydrocarbures. En septembre, une de ces sociétés dénommée AL BARAKA a eu à importer 29 citernes d'essence super et de gas-oil, soit 580 m3 au total. En novembre la même société en a importé 40 citernes, soit 860 m3 au total dont 632 m3 d'essence super et 228 m3 de gas-oil.

Les engrais : arrêt des importations par les pays de ZF

Le dysfonctionnement dans la distribution des engrais au Nigeria a perduré du début de l'année jusqu'au quatrième trimestre. Les fermiers et autres utilisateurs d'engrais ont été victimes de la politique de dérégulation adoptée dans le budget 1997. Ils ont acheté le NPK et l'Urée à des prix très élevés : entre 1000 et 2000 Naira par sac suivant les localités. Dans une logique de libéralisation, le gouvernement nigérian entend vendre les engrais à leurs prix réels. Le prix-usine annoncé est de 1350 Naira le sac et le prix du marché se situe autour de 1500 Naira (soit 10 500 Fcfa au taux de change de 7 Fcfa pour un Naira). Dans les pays voisins de la ZF, cette augmentation signifie un arrêt total des importations d'engrais du Nigeria car ce prix sans les coûts de transport est déjà trop important par rapport au pouvoir d'achat de nombreux producteurs.

L'écart entre prix officiel au Nigeria et prix dans les pays de la ZF n'est pas de nature à favoriser les échanges d'engrais. Si l'on doit tenir compte des frais de transport et des autres frais inhérents au transfert du produit, les engrais en provenance du Nigeria ne sont plus compétitifs dans les pays de la ZF. Mais, les maraîchers nigériens et tchadiens sont ceux qui vont ressentir le plus les conséquences de dysfonctionnement : la défaillance du système de distribution interne ne leur laisse pas le choix. D'autres alternatives sont malgré tout recherchées. Au Niger par exemple, des négociations sont en cours entre les responsables de l'ONAHA (Gaya) et des fournisseurs béninois pour permettre aux riziculteurs de disposer d'intrants pour la campagne prochaine.

Tableau 3 : Ecart entre le nouveau prix des engrais au Nigeria (en Fcfa) et les prix dans les pays voisins de la zone franc

Pays

Bénin

Niger

Tchad

Cameroun

Ecart

-10,5%

+8,7%

nd

+19%

Source RER

Autres produits manufacturés

Dans le sous-espace, les piles ont baissé de prix au Bénin, au Tchad et dans le nord du Nigeria. Les prix sont restés stables au nord du Cameroun. Seul le sud du Nigeria en particulier Lagos a connu une hausse des prix. Certains produits nigérians tels que les pagnes ont connu une évolution variée suivant la nature du tissu. Mais, Cotonou et N'djaména ont connu une forte demande de ces tissus nigérians. Le sucre St louis a baissé de prix dans le sud du sous-espace (Cotonou et Lagos) et a connu une légère augmentation dans le nord du sous-espace peut-être par anticipation du mois de Ramadan.

Tableau 4 :Variation entre le 3eme et 4eme trim 97

Produits

Villes

Piles

Pagne

Superprint

G. Real

Wax

Sucre

St Louis

Lagos

+4%

-4%

+1%

-10%

Cotonou

-7,4%

+6%

+3%

-6%

N'djaména

-23%

+6%

+7%

+2%

Maïduguri

-15%

-11%

-8%

+4%

Amchidé

Stable

-5%

+0,3%

+2%

Maroua

Stable

Stable

-0,7%

-

Source : RER


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