LES DETERMINANTS DES ECHANGES FRONTALIERS



Les Fêtes : contexte favorable aux échanges

Une animation plus grande des marchés de la sous-région, l'accroissement des importations, au Bénin, des produits de réexportation dont la destination finale est le Nigeria, sont des témoins d'une augmentation générale de l'activité transfrontalière.

Les Fêtes de fin d'année expliquent pour beaucoup ce dynamisme, car c'est généralement une période pendant laquelle la consommation est plus soutenue. Mais les fêtes font plus que générer une augmentation quantitative des flux régionaux. Elles provoquent également une modification de la structure des produits échangés. Les produits haut de gamme, ou ayant un caractère festif (tissus, sucreries, jouets, etc.) laissent provisoirement les produits plus ordinaires (comme les fripes) au second rang.

Ce trimestre, d'autres déterminants d'ordre macro-économiques (taux de change et prix) ou stratégiques sont venus compléter cet élément saisonnier du commerce transfrontalier.

Nigeria - Zone Franc : le match des changes toujours en faveur du Naira

La fermeté du Naira du trimestre passé ne s'est pas démentie. La monnaie nigériane a continué à s'apprécier face au Fcfa et face aux devises internationales (dollar, livre et franc français).

Par rapport au trimestre précédent, les gains du Naira face au Fcfa oscillent autour de 2%. En apparence modeste, cette augmentation est malgré tout significative. Elle fait tout d'abord suite à une appréciation d'environ 3% entre le 3eme et le second trimestre de l'année. Ensuite, dans plusieurs localités, cette augmentation a permis de s'approcher, voire de crever, le plancher de 1 Naira contre 8 Fcfa. Enfin, elle participe à une appréciation annuelle moyenne comprise entre 8 et 12% selon les localités.

Après un an d'affaiblissement continu du Fcfa face au $ (soit une dépréciation totale de 11% entre 1996 et 1997), ce trimestre a également été marqué par la réappréciation de 2,3% de la monnaie de la zone franc par rapport au billet vert. Ce résultat est même meilleur que celui obtenu par le Naira face au $ (sur le marché parallèle) sur la même période, puisque son appréciation n'a été que de 1,8%. Conséquence directe : le pouvoir d'achat du Fcfa en produits importés en $ a davantage augmenté que le pouvoir d'achat du Naira.

Mais méfions-nous des conclusions hâtives. Il suffit de changer de perspective temporelle ou de se tourner vers le dynamique marché des changes officiel nigérian (l'AFEM) pour avoir une toute autre vision des choses.



Perte de compétitivité des produits nigérians dans les pays de la Zone-Franc

La stabilité des prix au Nigeria...

L'appréciation du Naira face au dollar (et face aux autres devises) a eu un effet déflationniste immédiat sur les prix des produits manufacturés importés du Nigeria (produits RN). Par rapport au 3eme trimestre l'indice perd 1,6%, ce qui donne une chute de 12,6% sur l'ensemble de l'année.

Dans les derniers numéros, nous ajoutions à cette explication monétaire de la baisse des prix, le facteur "faiblesse de la demande nigériane". Loin de conclure à une reprise sensible et durable de la demande au cours de ce dernier trimestre, fort est de constater une légère amélioration de la situation. Il y a d'abord les Fêtes qui, encore une fois stimule la consommation ; il y a également le déblocage tardif des allocations budgétaires de dépenses et d'investissement.

Au bout du compte, la tendance d'évolution des prix des produits manufacturés fabriqués localement (les produits FN) a été inversé. Après deux trimestres de chutes consécutives, l'indice regagne un modeste 0,6%.

...a du mal à se répandre dans les autres pays de la sous-région

Pour le Tchad et le Bénin, la compétitivité des produits manufacturés nigérians s'est dégradée au cours du trimestre.

Au Tchad, pour l'acquisition d'un même panier de produits manufacturés de grande consommation (piles Tiger, tissus Superprint et Real wax, Fanta et détergent Eléphant) les consommateurs ont dépensé 4% de plus ce trimestre que le trimestre précédent. Selon l'institut national de statistique, qui ne distingue pas les origines, le taux d'inflation trimestrielle des produits manufacturés était pratiquement nul.

Au Bénin, les produits fabriqués au Nigeria (FN) ont vu leurs prix croître entre le 3eme et le 4eme trimestre de l'année 1997. Les prix de ces produits ont en effet augmenté de 3,7% alors que dans le même temps les prix des autres produits manufacturés importés perdaient 0,3%. Aidés par l'appréciation du Naira sur le dollar, les produits RN vendus à Cotonou, s'en sortent mieux. Leur prix baisse d'environ 0,2%.

La situation au nord Cameroun est sensiblement différente, car les prix des produits manufacturés en provenance du Nigeria (notamment les produits FN) sont stables.

Les produits nigérians sont-ils remplaçables

Ce trimestre, entre le Bénin et le Nigeria, le système de fraude qui prévaut depuis l'abandon du système des acquis a été aménagé pour donner davantage confiance aux importateurs de produits manufacturés nigérians. Les marchandises sont comme dans le temps rassemblées au niveau des entrepôts, chargées sur des camions "35 tonnes" et acheminés vers la frontière béninoise. A quelques kilomètres du poste frontalier les marchandises sont déchargées et rechargées dans de plus petits véhicules. Et il passe la frontière en fraude. Ce système a permis de réduire les risques inhérents au système de la fraude et à accroître la confiance des commerçants.

Selon nos observations, il est par ailleurs évident que le commerce transfrontalier s'est intensifié ce trimestre aussi bien par voie terrestre que par voie lacustre.

Mais n'est ce pas une contradiction de parler d'une perte de compétitivité des produits nigérians d'un côté et d'intensification des importations de ces mêmes produits de l'autre ? Au fond, un facteur explique la persistance des produits nigérians sur les marchés de la zone-franc. Même s'ils subissent des augmentations de prix plus sévères que les produits d'autres origines, ils restent moins chers. A Cotonou par exemple, on paye régulièrement entre 15 et 50% moins en achetant un produit nigérian que son substitut importé directement.

Tableau 1: variation de prix selon la nature et l'origine des produits

Pays

Produits

Var.trim

1997

1996

 

IPC

3%

8,5%

24%

Nigeria

RN

-1,6%

-12,6%

 
 

FN

0,6%

-2,3%

 
 

IPC

2%

3,9%

4,8%

Bénin

Céréales

-1,9%

9,9%

17,6%

 

Prod manuf

-0.7%

3,7%

 
 

FN

3,7%

2,7%

 

Niger

IPC

-0,9%

2,9%

5,33%

 

Céréales

-5,2%

7,8%

12,2%

 

IPC

-4,4%

   

Tchad

Céréales

-12%

   
 

Prod manuf

-0.3%

   

Source : Nigeria :FOS, Bénin : INSAE, Niger : DSCN, Tchad DSEED
Indices FN et RN : RER


Encadrés

Conjonction de facteurs favorables à la réexportation

  • Appréciation du Naira face au Fcfa : rend les produits de la réexportation moins chers, une fois transcrits en Naira.
  • Appréciation du Fcfa par rapport au dollar et aux devises : permet aux importateurs situés dans les pays de la zone-franc d'obtenir des marchandises à moindres frais. Cela ne fonctionne pas lorsque les marchandises importées proviennent de France puisque la parité F/Fcfa est fixe.
  • Période de Fêtes : plusieurs produits faisant l'objet de la réexportation voient leur consommation stimulée à l'approche des Fêtes. C'est notamment le cas des tissus (wax hollandais ou anglais, Fancy chinois, etc.).

    L'Autonomous Foreign Exchange Market

    Développement : l'efficacité de l'AFEM en tant qu'instrument de distribution de devises auprès des opérateurs économiques s'est beaucoup améliorée depuis quelques années. Les interventions de la Banque Centrale du Nigeria se font depuis mi 1996 à un rythme hebdomadaire, et les montants concernés ne cessent de croître. En 1997, les ventes de devises, avec environ 3 milliards, ont dépassé de 11% les prévisions budgétaires et de 61% les ventes effectuées en 1996.
    Taux de change politisé : un élément politique s'ajoute à l'offre et à la demande de devise dans la détermination du taux de change de l'AFEM. En 1997, les autorités monétaires ont clairement voulu montrer aux opérateurs, en retardant les dévaluations inévitables et en devançant les tendances à l'appréciation, que le Naira était fort. Presque toute l'année durant, le Naira valait plus cher sur l'AFEM que sur le marché parallèle. L'écart entre les taux s'est d'ailleurs considérablement accru au cours du dernier trimestre, le ministre des finances ayant annoncé par avance qu'il voulait atteindre le taux de 1$ pour 75N.
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