Les consommateurs de tous les pays de la zone bénéficient des baisses de prix au Nigeria (qui se répercutent dans les pays voisins où elles sont encore renforcées par la baisse de la naira).
Ils ont probablement vu leur pouvoir d'achat augmenter du fait de la baisse des prix. Cependant, celle-ci n'est pas uniforme: par exemple, à Cotonou, les boissons gazeuses, les produits cosmétiques, le riz, les tomates en boite, l'huile King's et les pagnes voient leurs prix augmenter. En outre, au BENIN et au NIGER, le renforcement des contrôles douaniers empêchent les consommateurs de profiter pleinement des produits bon marché venant du Nigeria. Par contre, les producteurs agricoles nigériens bénéficient d'une augmentation de leur revenu disponible pour acheter des produits du fait de l'abondance de leurs stocks de céréales. En revanche, ce même phénomène (l'abondance des récoltes de céréales au Niger) renchérit le prix de la viande au Nord-Nigeria (cf. § sur le bétail dans la partie " les échanges "). Les consommateurs du Nigeria aurait pu être en outre victimes de la nouvelle baisse de la naira, mais les mesures d'abaissement généralisé des droits de douanes (de 35% à partir du 01 juillet 95) et de réduction des frais prélevés par les ports nigérians sur les marchandises importées (de plus de 60% à partir du 01 septembre 95) ont probablement largement compensé cet effet. Au total les consommateurs sortent gagnants des changements de ce trimestre (même si ils perdent sur certaines opérations: par exemple l'abaissement de 35% des DD sur les produits cosmétiques n'aurait pas été effectif) .
Les industriels nigérians qui avaient vu leur situation économique se détériorer durant le premier semestre 95, ont-ils vu leur situation s'améliorer ce trimestre?... Les industriels des pays francophones connaissent une situation de statu quo (excepté au CAMEROUN).
Deux rapports sur l'évolution économique nigériane au cours du premier semestre 95 (celui de la CBN et celui de la Manufacturers Association of Nigeria) avaient fait état de graves difficultés dans les industries nigérianes liées à la cherté des importations (du fait du faible niveau de la naira et du montant élevé des droits de douanes). Du coup, les intrants importés étaient chers (les intrants locaux eux étant " peu adaptés ") et le pouvoir d'achat des nigérians était des plus faibles (contraction de la demande). Les secteurs les plus touchés étaient la brasserie, l'alimentaire et les cigarettes. Cependant, les mesures prises par le gouvernement en juillet 95 (baisses des DD et des frais de port) ont dû orienter à la baisse les prix des biens importés, relâchant ainsi la pression qui pesait sur les coûts et les débouchés des industries nigérianes. Mais ceci a aussi renforcé la concurrence pesant sur les produits nigérians, si bien qu'on se demander si la situation des industries nigérianes s'est améliorée ce trimestre .
Pour les industries du BENIN et du NIGER, pas de changements majeurs. En effet, du fait du blocage aux frontières des importations venant du Nigeria, la concurrence des produits nigérians ne s'est pas intensifiée malgré la baisse de leurs prix. Au CAMEROUN en revanche, la concurrence des produits nigérians s'est faite plus rude (en particulier pour les industries produisant des cigarettes, des détergents ou des insecticides). Cependant la firme textile CICAM a dû réembaucher certains agents compressés précédemment pour pouvoir répondre à la demande adressée à ses pagnes.
Globalement, les producteurs agricoles des pays de la zone franc gagnent aux échanges informels.
En effet, les importations (à bas prix) d'engrais du NIGERIA leurs permettent de développer la production de coton (Bénin, Cameroun) et de riz (Cameroun) qu'ils exportent ensuite vers le NIGERIA (à des prix très intéressants pour le coton-graine). En outre, les importations de maïs nigérian ne concurrencent pas les productions locales et on observe une belle complémentarité saisonnière pour la tomate entre BENIN et NIGERIA.
Les budgets des Etats n'ont pas connu de modification sensible ce trimestre. Dans l'avenir, les recettes douanières pourraient enregistrer une baisse à la fois au Nigeria (du fait des baisses de taxes consenties) et dans les pays de la zone franc (du fait d'une diminution du commerce de réexportation).
La politique d'open market (ventes de bons du Trésor par les autorités nigérianes pour un montant de 2 milliards de nairas) a engendré un accroissement supplémentaire de la dette intérieure de l'Etat NIGERIAN. En outre, les récentes baisses de DD (de 35%) pourraient entraîner une contraction des recettes douanières au second semestre, mais ceci n'est pas certain car les importations directes pourraient augmenter (en volume) au Nigeria (du fait de la baisse des DD et des frais de ports). En outre, la procédure de dédouanement a été améliorée (intervention de 3 sociétés agrées), ce qui devrait permettre une diminution de la fraude. Dans les pays de la zone franc, le renforcement des contrôles douaniers a peut être accru les recettes fiscales (ce n'est pas certain car le commerce a décliné) mais la probable contraction du commerce de réexportation (suite à la baisse des frais portuaire et taxes tarifaires au Nigeria) pourrait orienter les recettes douanières à la baisse.
Au CAMEROUN, l'Etat aurait pu augmenter ses recettes grâce à la hausse de la taxe sur les produits pétroliers, mais les pertes de part de marché face au carburant nigérian (le " Fédéral ") doivent limiter cet effet (augmentation du taux de la taxe mais contraction de la base taxée).
Le même raisonnement s'applique pour le BENIN (et sans doute au NIGER) où le renforcement des contrôles douaniers a entraîné un doublement des taxes perçues par camion, mais a aussi engendré une diminution des échanges.
Pour les commerçants, situation très variable selon les produits.
A priori, la bonne tenue du commerce de certains produits de réexportation (lait concentré, tomates en boite, tissus, riz, alcools, voitures d'occasion, cigarettes, pneumatiques...) a probablement satisfait ceux qui les commercialisent. Il en est de même pour certains produits exportés par le Nigeria (vers le BENIN: alcools, tissus, matériaux de construction, cahiers, maïs et vers le CAMEROUN: carburant, insecticides, lessives et cigarettes). En revanche, le renforcement des contrôles douaniers et la crise de certains produits de réexportation (comme le blé) a mis d'autres commerçants en difficulté. Par exemple, certains des entrepôts de Lagos desservant le Bénin en produits manufacturés ont presque cessé de fonctionner (du fait de l'insuffisance de l'activité, les employés n'étaient pas payés, des marchandises se perdaient...). Mais certains ont pu se reconvertir dans le commerce des matériaux de construction (bois d'oeuvre, fer à béton...).