Marché des intrants: les importations d'engrais et de carburant nigérians continuent dans les pays de la zone franc.
Les pays de la zone franc importent des engrais en provenance du NIGERIA (ceux-ci sont produits sur place ou importés en franchise -depuis 95- par le Nigeria). Au BENIN et au CAMEROUN, ces importations frauduleuses d'engrais permettent aux producteurs de coton d'échapper en partie à l'emprise des offices nationaux (censés fournir les intrants et assurer l'égrenage et la commercialisation). Ainsi, les producteurs peuvent vendre (en fraude) une partie de leur production de coton-graine aux opérateurs nigérians (qui paient mieux et cash). Par ailleurs, en août la SODECOTON (CAMEROUN) a importé 7500 t d'urée fabriquée au Nigeria par National Fertiliser Compagny.
Les flux de carburant nigérian vers les pays voisins de la zone franc continuent mais à un rythme moins soutenu que les années passées en raison des augmentations de prix à la pompe d'octobre 94 au Nigeria (cf. fiche thématique n°1). Ce trimestre a été marqué par une augmentation (de 16%) des prix à la pompe au CAMEROUN le 01.07.95 (qui a dynamisé les importations de carburant nigérian) et par une pénurie de carburant nigérian au début septembre 95 au Sud-Niger (lié au nettoyage des cuves des raffineries nigérianes). En raison de l'insuffisance du système officiel nigérien de distribution au Sud-Niger, le carburant nigérian continuait à se vendre, (à un prix plus élevé que celui des stations: 500 CFA/l contre 310).
Ralentissement des échanges de produits alimentaires de base.
D'une manière générale, la saison des pluies est peu favorable au commerce des produits agricoles parce que les pistes sont souvent peu praticables et parce que nombre de commerçants (qui sont aussi paysans) travaillent aux champs à cette période de l'année. En revanche, elle permet parfois la navigation fluviale, par exemple entre Garoua et Yola (au Nigeria).
Le NIGER et le BENIN (dans une moindre mesure) ont importé du maïs du NIGERIA. Cependant contrairement à l'an dernier, le Niger n'a quasiment pas importé de mil. En effet, du fait de l'abondance des récoltes au Niger et d'inondations au Nord-Nigeria, le mil était moins cher au Niger qu'au Nord-Nigeria: moins de 6000 CFA/sac à Maradi contre l'équivalent de 8000 CFA à Kano (en convertissant au taux de change du marché parallèle). Le maïs importé ne sert pas à couvrir un déficit alimentaire au NIGER (qui a des excédents de mil cette année) mais à diversifier l'alimentation des populations. Au BENIN, également les importations ne visent pas à combler un déficit (il semble que ce pays soit autosuffisant en maïs), mais à permettre un commerce de réexportation du maïs vers le Togo et surtout vers le Gabon (par cargos).
D'importants échanges de produits maraîchers ont eu lieu entre le BENIN et le NIGERIA. Ainsi, le BENIN importe des pommes de terre et des oignons. En revanche, il exporte des tomates vers le NIGERIA (en cette période de l'année car les flux s'inversent de janvier à mai).
Il exporte aussi quelques dérivés de tubercules (gari, cossettes d'igname et de manioc) vers le NIGER. Pour le NIGER, peu d'exportations de niébé vers le NIGERIA ce trimestre. En effet, les exportations se font immédiatement après la récolte (vers décembre) et le niébé est ensuite stocké au Nigeria. C'est ce qui explique que ce trimestre le niébé était moins cher à Katsina qu'à Maradi.
Par ailleurs, le BENIN a réexporté vers le NIGERIA d'importantes quantités de riz et un peu de blé et de farine de blé. Les réexportations frauduleuses de riz vers le Nigeria ont continué à être dynamique malgré la levée du système de licence au Nigeria. En effet, le riz est grevé d'un droit de douane de 100% au Nigeria (depuis la levée du système de licences en février 95). Du coup, pour les Nigérians, il n'est plus intéressant d'importer du riz directement. Ainsi, sur le trimestre, tout le riz consommé à Lagos venait de Cotonou. Le CAMEROUN quant à lui exporte du paddy produit localement (dans la zone SEMRY). Ainsi, la moitié de la récolte de juin (soit 7500 t) a été acheminée au Nord-Nigeria par Amchidé-Banki.
Concernant le blé et la farine de blé, le commerce de réexportation a sensiblement diminué par rapport aux mêmes mois de 1994 du fait de l'augmentation du prix mondial du blé.
Faiblesses des exportations de bétail et de produits animaux.
Produits agricoles "de rente": commerce au point mort.
Peu d'exportations de souchet par le Niger du fait d'une chute de la demande des brasseries nigérianes (du coup le prix du sac est passé de 12000 FCFA à 6000 pendant le mois d'août).
Le BENIN et le CAMEROUN exportent des quantités importantes de coton-graine vers le Nigeria dans la période qui suit immédiatement les récoltes (octobre-novembre). Les flux de coton-graine vers le Nigeria devraient donc reprendre au cours des prochaines semaines.
Dynamisme des échanges de matériaux de construction entre le Bénin et le Nigeria.
Le ciment est un produit faisant l'objet d'un commerce important entre tous les pays de la sous-région. Traditionnellement, le Bénin exporte du ciment vers le Nigeria (d'ailleurs la cimenterie bénino-nigériane d'Onigbolo au Bénin était censée réserver 60% de sa production au marché nigérian). Depuis le début de l'année 95, les exportations de la firme CIM-Bénin vers le Nigeria avaient stoppé du fait de la forte demande intérieure (préparation du sommet de la francophonie). Le relais avait alors été pris par CIM-Togo qui exportait vers le Nigeria par le biais de CIM-Bénin (le ciment était reconditionné par la compagnie béninoise). Il semble bien que ce trimestre les exportations vers le Nigeria aient été importantes sans qu'on puisse se prononcer pour l'instant sur l'origine du ciment (Bénin ou Togo). Le Niger quant à lui importe des quantités massives de ciment du Nigeria: les services douaniers ont enregistré 35000 t entre janvier et août 95 (à quoi il faut ajouter une fraude importante). Cependant, ce trafic aurait diminué en août du fait du mauvais état des pistes.
La préparation du sommet de la francophonie (qui se tiendra à Cotonou en décembre 95) a engendré des importations importantes de bois d'oeuvre (par barque) et de fers à béton (par camion Titan) venant du Nigeria. Les volumes ont été d'environ 30 t par semaine pour chacun de ces produits. En outre, à partir de septembre, des biens nécessaires pour la finition ont également été importés en grande quantité (climatiseurs, TV, montants de porte, nacots...). En revanche , les douaniers ont empêché le passage de certains de ces produits (fers à bétons, tôles noires), ce qui n'a gêné que momentanément leurs importations (le temps de trouver un circuit pour les faire rentrer en fraude).
Forte pénétration des produits manufacturés nigérians au CAMEROUN. Au BENIN, échanges saisonniers liés à la rentrée des classes et à la préparation des fêtes de fin d'année.
La baisse des prix au NIGERIA (accompagnée d'un léger déclin de la naira) a augmenté la compétitivité des produits nigérians au CAMEROUN (où les contrôles douaniers n'ont pas été renforcés). On a donc assisté à d'importantes importations d'insecticides, de lessives et de cigarettes provenant du NIGERIA. En revanche, pour les pagnes, c'est le produit camerounais (le " CICAM ") qui s'est imposé. Pour le sucre, on assiste à un partage du marché entre sucre local et venant du Nigeria.
Les produits importés du Nigeria par le BENIN concernent surtout les fournitures scolaires et les biens destinés aux fêtes de fin d'année (pagnes, boissons alcoolisées...). En revanche, les produits cosmétiques et les boissons gazeuses (produits qui se sont fortement renchéris à Lagos) se vendent plutôt mal.
Relatif dynamisme du commerce de réexportation.
Ce sont les mêmes produits qui font aussi l'objet de commerce en sens inverse (réexportations des pays francophones vers le Nigeria): tissus, friperie, alcools. Les Nigérians importent aussi des tomates en boîte, du lait concentré et des sandalettes en plastique (ce qui engendre une augmentation du prix de ces produits à Cotonou). En outre, chaque mois 500 à 800 véhicules usagés sont réexportés vers le Nigeria à partir du port de Cotonou via le NIGER.